‹ Les lois économiquesChapitre 57 sur 239 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Charlemagne , dont nous parlions tout à l'heure, essaya de tirer une ligne de démarcation, que la valeur de certaines choses ne devait pas franchir: c’était vouloir élever une barrière de roseaux devant une marée montante. Il défendait, par un capitulaire de 808, de vendre ou d’acheter un savon au-dessus de 20 sous ou au-dessous de 10 sous.

C était établir d’un seul coup le maximum et le minimum ; c’était dire à ceux qui ne pouvaient dépenser à cet achat plus de 6 à 8 sous, allez nus de par la loi; c’était dire, en même temps, aux plus habiles artisans, réduisez votre adresse ou votre savoir-faire au niveau de ceux qui font moins bien que vous.

C’était l’organisation du travail au profit de la médiocrité, au détriment des plus habiles ouvriers et des pauvres consommateurs. Cela n’a pas empêché l’argent de perdre quinze pour un de sa valeur et le coût de l’étoffe de s’élever dans une proportion toute autre.

En thèse générale, la valeur du travail de l’homme est toujours proportionnelle à celle des denrées de consommation qui lui sont indispensables. Il y a cependant, par exception, certaines périodes pendant lesquelles le rapport établi de-

LA VALEUR

puis longues années se trouve tout à coup changé. Les positions sociales semblent modifiées : ici la gêne fait place à l'aisance, et l'abondance succède tout à coup à la pénurie. Cela n’a lieu que dans des périodes de convulsion sociale ou d’évolution économique.

C’est sous ce dernier point de vue qu’il nous importe surtout d’étudier ce phénomène qui s’est déjà produit il y a trois siècles.

Quand, par suite de causes naturelles ou artificielles, les valeurs monétaires de toute nature en circulation se sont accrues rapidement , ceux qui les ont obtenues par leur travail ou les ont créées par leur crédit, les échangent assez volontiers contre tout objet dont ils ont envie ou besoin. Ces valeurs, se répandant dans tous les rangs et circulant de main en main, facilitent et activent les échanges, c’est-à-dire qu’ils accroissent la consommation.

Quand cet accroissement des échanges et ce développement delà consommation se font sentir d’une manière générale chez une ou plusieurs nations, les demandes dépassent presque toujours les moyens préexistants de production. De là résulte nécessairement une rareté relative. C’est ce qui eut lieu au seizième siècle, quand

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