CHAPITRE Y
leur race sans accroissement et sans amoindrissement. »
La valeur du travail, autrement dit le salaire, est, sans aucun doute, fixée comme le prix de tout ce qui se vend ou s’achète, par l’offre et la demande. Si les travaux sont abondants et les travailleurs peu nombreux, le salaire est élevé; si, au contraire, les travailleurs sont une multitude et les travaux rares, le salaire est au taux le plus bas.
Il n’est donc pas vrai de dire que le taux naturel du salaire est le prix qui suffit à maintenir l’existence du travailleur, à prolonger sa vie de peine et de labeur sans accroissement et sans diminution. Si cela était vrai, il faudrait inscrire sur la porte de toutes nos usines et de tous établissements industriels ou agricoles les mots que le Dante a burinés sur la porte de son enfer, il faudrait chasser l’espoir du coeur de tous les travailleurs. Cela n’est pas vrai, parce que la loi économique de raccroissement et de la répartition des richesses est essentiellement une loi de progrès et qu’elle embrasse dans son action l’uni- ~ versalité des producteurs ; n’oublions pas, en effet, que quiconque produit reçoit un salaire directement ou indirectement, sous une forme ou
LE SALAIRE
sous une autre. Cela n’est pas vrai, car l’expérience de tous les siècles prouve que le sort des travailleurs va s’améliorant, et que, de génération en génération, ils participent de plus en plus aux jouissances que donnent les produits qui sortent deleurs mains et celles que procurent les connaissances intellectuelles qui résultent du développement de la civilisation.
S’il était vrai que le prix naturel du travail ne doit pas s’élever au-dessus de la limite en dedans de laquelle les rai es se perpétuent sans accroissement de bien-être, sans augmentation de nombre, le progrès ne serait pas : le monde se trouverait encore dans les conditions où il était au lendemain de la création. Ce qui est vrai du labeur des classes ouvrières est également vrai des autres classes : les lois économiques fonctionnent impartialement pour tous. Ce n’est pas seulement aux capitalistes et aux patrons qu’il a été dit de croître et de multiplier.
Le taux naturel du salaire, si tant est qu’il y ait un taux naturel, est, selon nous, celui qui permet aux travailleurs de vivre, eux et leurs familles; celui qui leur assure un accroissement incessant et graduel de bien-être; celui qui leur laisse le loisir d’augmenter constamment leur