CHAPITRE VI
Un seul exemple suffira à prouver la vérité de cette assertion :
Le cultivateur des environs d’Alger obtient 29 fr. par hectolitre du blé qu’il récolte sur sa terre; le producteur agricole des environs de Teniet-el-Hàad, dans la même province, n’échange son froment qu’à raison de 12 fr. 50 l’hectolitre. Ne résulte-t-il pas de celte différence dans le prix d’une même mesure de blé que ce produit n’a guère d’autre valeur que celle que lui donne l’échange, c’est-à-dire la consommation ?
Le producteur de cent hectolitres de blé à Teniet-el-Hàad est donc moitié moins riche que le propriétaire de cent hectolitres de blé aux environs d’Alger. Pour que, dans ces circonstances, ils fussent également riches, il faudrait que les besoins du cultivateur de Teniet-el-Hàad fussent moindres de moitié que ceux du producteur des environs d’Alger.
L’homme le plus riche est celui dont le travail est le mieux rémunéré. Ce n’est pas, davantage, la quantité du produit qui constitue la richesse ; car si, tout restant en état, le producteur de Teniet-el-Hàad récoltait moitié plus de blé, il ne pourrait 1 échanger qu’à un taux considérable-
LA RICHESSE
ment inférieur à la moitié du prix qu’il obtient aujourd’hui. Produisez tout ce que vous voudrez dans le désert, et en aussi grandes quantités que vous pourrez, vous n’aurez créé d’autres richesses que les denrées dont vous aurez besoin pour votre consommation; les autres resteront dans vos mains aussi inutiles que le sable des plaines, que la feuille sèche des chemins : vous aurez des produits sans emploi possible et, partant, sans valeur.
La richesse résulte donc de l’harmonie qui s’établit entre la production et la consommation : la richesse du producteur agricole, celle du travailleur industriel, proviennent de la valeur que l’échange donne à leurs produits.
Il est évident que la production prise isolément ne constitue pas la richesse : c’est une œuvre qui n’est complète que si elle est accompagnée de l’échange et suivie d’une consommation adéquate.
Ce que nous venons de dire de la production agricole est également vrai de toute autre : c’est vrai de l’industrie manufacturière, minière, maritime ou autre ; c’est encore vrai de la production intellectuelle et de la création des valeurs mobilières. Tous les produits de ces industries