CHAPITRE VI
chenille, ni riz : en sont-elles plus pauvres? Non : l'une donnera l’excédant du fer, de la houille ou des cotonnades dont elle foisonne; l’autre donnera ses vins, ses fruits, ses soieries, ses productions artistiques et elles auront en abondance tout ce qui leur faisait défaut.
Et cependant l’homme s’est imaginé qu’il pouvait combiner un système plus favorable à la création des richesses, et il s’est imposé des privations, il s’est surchargé de travail ; il a traité les produits de ses voisins et ses voisins euxmêmes en ennemis, et au lieu de richesses il a répandu partout le besoin et la misère.
La richesse se présente à l’observateur sous deux formes bien distinctes, celle que l’on appelle immobilière et celle qui porte le nom de mobilière. La richesse immobilière est celle qui consiste dans la possession, l’exploitation ou la culture du sol ; elle a toujours été regardée comme la première de toutes les richesses, comme celle qui offre le plus de gages de sécurité, comme celle qu’il est désirable d’acquérir à tout prix . Nous verrons plus loin la vraie loi économique qui détermine et justifie cette préférence.
La possession du sol a toujours été la cause
LA RICHESSE
et l’effet (le la puissance politique : c’est que posséder, c’est être libre, c’est être souverain. Aussi, nous ne connaissons rien de plus naturel, rien de plus vrai que ce sentiment inné qui vibre au fond du cœur de toutes les populations, sentiment qui s’est révélé en France quand l’abolition du pouvoir absolu, quand la limitation de la puissance royale sont venues, à partir de 1789, affermir et consolider le droit légal du propriétaire.
Nous disons le droit légal, parce que, depuis cette époque, nul propriétaire n’a pu être dépossédé sans indemnité préalable, et il n’a plus suffi d’un ordre royal pour confisquer ceci ou cela, en priver les vrais propriétaires et l’octroyer gracieusement à celui-ci ou à celui-là.
La richesse immobilière consiste dans l’accumulation des travaux au moyen desquels des générations innombrables ont mis le sol en culture, amélioré la nature des produits, imaginé et créé des instruments d’exploitation et rendu productive et habitable la partie du globe que nous peuplons. Sous l’empire de l’ancienne législation, il était difficile, pour ne pas dire impossible, que le progrès allât beaucoup plus loin : les privilèges, les monopoles, l’exclusivisme,