‹ Les lois économiquesChapitre 71 sur 239 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

l’antagonisme et l’exploitation du peuple par les classes privilégiées créaient des barrières insurmontables devant lesquelles le travail et le génie s’arrêtaient impuissants.

L’accumulation des richesses se fait en raison du degré de liberté morale et matérielle dont jouissent les nations ; comparez, pour avoir la preuve de cette loi économique, les richesses de la Hollande, des États-Unis, de l’Angleterre, de la France, avec celles des pays où la liberté n’existe ni dans les lois ni dans les mœurs.

Aussitôt, qu’en France, la propriété, c’est-àdire la richesse immobilière eut été légalement affermie, eut été affranchie du bon plaisir royal, quand elle ne fut plus subordonnée qu’à l’intérêt public, quand elle eut devant elle un long avenir, elle s’accrut et se multiplia rapidement. Le développement parallèle et simultané de la richesse immobilière aidant, elle s’est triplée ou quadruplée peut-être en un demi-siècle.

Nous devons noter d’abord, comme cause immédiate de cet accroissement, la meilleure direction donnée au travail agricole, qui a pu doubler la quantité des produits qu’il retire du sol.

L’hectare de terre qui, il y a soixante ans, rapportait en moyenne onze hectolitres de fro-

LA RICHESSE

ment, en donne aujourd’hui vingt-deux et plus. Cette augmentation des produits coïncidant avec l’extension des débouchés, a naturellement accru la valeur échangeable du sol.

Malgré l’accroissement de la production, la valeur des produits s’est élevée, parce que, conséquence inévitable de principes plus justes dans la constitution de la famille, de la proclamation du devoir du père envers ses enfants, de la constatation des droits égaux de ces derniers, et de la plus grande liberté donnée au travail, la population s’est immensément augmentée. Mais cette élévation des prix est loin d’avoir été une charge pour le consommateur, parce qu’elle a été et devait être proportionnelle à l’accroissement de la richesse mobilière et parce qu’elle repose sur une plus grande masse de travail, sur une plus grande somme d’échanges effectués.

La richesse immobilière n’existe donc pas par elle-même : elle est le produit des efforts combinés des travaux intellectuels et des travaux manuels. Elle est comme l’Apollon ou l’Antinous que le ciseau du sculpteur fait sortir du bloc de marbre : plus le sculpteur est habile, mieux il est inspiré, et plus la statue est riche de beau-

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