CHAPITRE VI
tés, plus ses formes sont vraies et gracieuses.
Un grand pays comme la France contient en germe toutes sortes de richesses immobilières; il ne s’agit que d’ôter leur enveloppe, que de les dépouiller de leur écorce. Noublions jamais que les institutions que nous devons au grand mouvement philosophique du dix-huitième siècle nous ont permis de tripler ou de quadrupler en un demi-siècle les richesses immobilières que nos pères avaient mis quatorze cents ans et plus à amasser.
Autrefois on ne connaissait d’autre moyen d’augmenter son avoir que d’aller voler ou piller les terres de ses voisins.
Nous disons que nos richesses immobilières se sont triplées ou quadruplées depuis un demisiècle ; car, outre la richesse provenant des travaux agricoles, dont le produit, nous l’avons vu, s’est plus que doublé, il a été créé depuis cinquante ans une foule de richesses qui n’existaient qu’à l’état de rudiment ou d’embryon.
Nous avons creusé et exploité de nombreuses et abondantes mines de fer, de plomb, d’antimoine, de bouille et autres; nous avons creusé et ouvert des ports et des canaux, approfondi et redressé des rivières, remplacé presque tous nos
LA RICHESSE
anciens chemins par des routes spacieuses et faciles, substitué des ponts à presque tous les bacs et presque tous les gués; nous avons établi de longues lignes de chemins de fer et nous y avons ajouté kilomètre après kilomètre; nous avons construit des usines sans nombre pour fondre, forger, laminer, filer, tisser, teindre, imprimer, lustrer, distiller, raffiner et faire subir en un mot aux matières premières les mille transformations dont elles ont besoin pour être livrées à la consommation; nous avons utilisé toutes les chutes d’eau, et porté par l’irrigation la fertilité dans les terres arides.
L’industrie n’avait qu’un berceau d’enfant au maillot, il nousafallu lui construire des demeures gigantesques.
Une partie de la richesse immobilière du pays est restée immobilisée dans les mains de l’État : ce sont les routes, les ports, les ponts, les canaux, les phares et divers autres grands établissements créés dans le but d’assurer la tranquillité du pays ou de faciliter les transactions des divers producteurs entre eux.
Mais une autre partie créée par des intérêts privés s’est, on peut le dire, mobilisée dans la main de ses propriétaires : l’invention de la mobi-