CHAPITRE VI
Nous pourrions suivre ainsi, heure par heure, tout le travail des productions industrielles, et les montrer marchant tonjoursquelquespas en avant de la consommation. En thèse générale, la richesse mobilière ne diminue donc pas par la consommation. Le consommateur, d’ailleurs, donnant toujours un produit en échange de celui dont il a besoin, la production va chaque jour plus vite que la consommation; c’est en vertu de cette loi que se fait l’accroissement continu des richesses.
Rien de plus admirable que l’ordre, la régularité, la pondération qui s’établissent, sans que* l’on sache comment ni pourquoi, entre les diverses branches du travail, entre la production et la consommation! Et jamais l’équilibre n’est plus exact que lorsqu’il se fait de lui-même, sans réglementation de la part du pouvoir, sans intervention ni direction extérieure aucune.
L’économie politique, que l’on a tant appelée une science sèche et aride, a ses merveilles et ses mystères comme toute autre branche du savoir humain, comme toute autre partie de lf organisation invisible du monde. Connaissez-vous quelque chose de plus extraordinaire, de plus merveilleux que l'approvisionnement quotidien
LA RICHESSE
d’une grande ville, que l’apport et la distribution de toutes les denrées qu elle dévore incessamment?
Il y avait là une forêt, un cours d’eau, des marais, des terres incultes ; quelques pêcheurs s’y arrêtent, ils fondent un humble hameau. Des bûcherons se joignent aux pêcheurs, le hameau devient bourgade; on établit un bac dont se servent les voyageurs, la bourgade devient ville, elle se peuple, elle s’agrandit, et vous voyez peu à peu surgir, tant au dedans qu’au dehors, une foule d’industries dont • les inventeurs n’ont d’autre but que de gagner leur vie en subvenant aux besoins toujours croissants de la cité.
Mais la cité est devenue une grande ville, elle compte ses habitants par centaines de mille; le sol tout alentour est couvert de jardins d’agrément, de parcs, de palais, de maisons de campagne; il faut marcher plusieurs heures avant de trouver le long des chemins des terres à blé ou des prairies, des bergeries ou des étables. Où donc sont les greniers que l’on aura remplis pour les besoins de la cité? Où sont les caves dans lesquelles on a amoncelé tonneaux sur tonneaux? Qui se chargera de fournir le combustible et les matériaux, les vêtements et les