‹ Les lois économiquesChapitre 78 sur 239 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

chaussures dont on aura besoin clans cette immense cité ? Connaissez-vous quelque règlement qui force celui-ci ou celui-là à veiller à 1 approvisionnement des toiles ou des draps, des cuirs ou des fers, des vins ou du lait, cet article qui, produit de chaque jour, doit être consommé chaque jour ?

Non! Et cependant tout cela vient, circule, se vend, s’achète et va se faire consommer dans les plus humbles mansardes comme dans les palais les mieux dorés.

Dès avant le jour, pendant que la cité est livrée au sommeil, de nombreux chariots s’approchent lentement des campagnes; iis viennent par tous les chemins chargés des fruits de la terre et vont les porter là où le consommateur viendra s’approvisionner. Quelque grande que devienne la cité, quelque peuplée qu’elle soit, les denrées alimentaires, les matériaux qui servent à la construction des bâtiments, les matières employées à l’éclairage public ou particulier, au chauffage domestique ou industriel, les articles destinés à la confection des vêtements, tout cela arrive chaque jour, à l’heure voulue et en quantité suffisante : tout cela vient sans interruption, sans encombrement; tont cela cir~

LA RICHESSE

cule de rue en rue, passe de main en main, se divise et se subdivise en portions presque égales, et le mouvement ne s’arrête qu’au moment même où le cœur de la cité lui-même en est rassasié. , Personne ne dirige ce mouvement, personne n’ordonne aux producteurs d’apporter leurs denrées, personne n’avertit les acheteurs; si, par suited un accident imprévu, l’approvisionnement est un jour en retard ou quelque peu faible, il y a des réserves auxquelles on a recours, et des le lendemain un surcroît d’arrivages vient réparer la brèche. Vous ne voyez de règlements que ceux relatifs a des mesures d’ordre, et leur opportunité même est quelquefois très-contestable.

Le travail s’est divisé de lui-même ; les rôles se sont répartis tout naturellement, et cependant tout est à sa place, tout fonctionne avec une régularité, une ponctualité que l’on ne trouve pas toujours là où l’homme impose sa volonté à son voisin. C’est le plus magnifique exemple que nous ayons de l’ordre économique, c’est la preuve la plus frappante de l’existence de ces lois invisibles qui règlent la création et la répartition des richesses.

La régularité et l’exactitude qui président à

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