‹ Les lois économiquesChapitre 81 sur 239 · CHAPITRE VH · texte numérisé non relu

CHAPITRE VH

torité donnent un texte différent : Mutuum date neminem desperantes. C’est-à-dire, prêtez sans désespérer l’emprunteur par vos îefus continuels ^ c’est-à-dire, prêtez, multipliez les forces du faible ou du pauvre par le crédit.

Jusqu’à ces derniers temps, cependant, les plus savants docteurs de l’Église, y compris Thomas, surnommé le docteur séraphique ou l’Ange de l’École, ont tous prétendu que l’Église interdisait le prêt à intérêt, parce que l’argent est de sa nature improductif et se consume dans les mains de T emprunteur. Ils ont, par la même raison, condamné le prêt de hlé, d huile, de bois, de toutes les choses, en un mot, qui, disent-ils, périssent par l’usage.

Est-ce donc nous qui devons rappeler à ces savants docteurs que tout en ce bas monde est périssable, et que la plupart des choses sont plus hautement périssables que l’argent : la maison se détériore, le cheval se fait vieux, le soc de la charrue s’use au contact du sol, et le sol luimême s’amaigrit et perd sa fertilité!

Ceux qui ont anathématisé le prêt à intérêt n’ont commis cette énorme erreur que parce qu’ils ignoraient la vraie nature du capital, la vraie fonction de l’argent. Ils ignoraient que le

L’INTÉRÊT v

capital, sous quelque forme qu'il se présente, n’est autre chose qu’une réserve de travail, qu’une accumulation de produits, que des forces économisées; ils ignoraient que l’argent n’est autre chose que le signe représentatif, le gage de ces économies, de cette réserve, de cette accumulation.

Le fait de la création du capital a dû paraître un phénomène inexplicable dans les premiers âges du monde, et sa représentation par le signe monétaire a été pendant longtemps un mystère économique dont on ne savait trouver le mot énigmatique.

On a jusqu’à ces derniers temps méconnu l’identité de certaines valeurs qui n’étaient dissemblables qu en apparence, et dont la nature et l’origine étaient les mêmes. Mais il est aujourd hui impossible de nier que si le travail a droit à une rémunération, le capital y a droit pareillement, car le capital n’est autre chose, nous l’avons prouvé surabondamment, qu’un travail économisé, que des forces mises en réserve et dont la puissance est accrue par leur agglomération même.

11 importe peu, ce nous semble, que ce capital, ou ces forces ou ce travail soient sous une forme

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