‹ Les lois économiquesChapitre 82 sur 239 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

ou sous une autre ; il importe peu que j'aie employé mes forces à construire une maison, défricher un champ, élever un cheval ou amasser quelques centaines de pièces d'or. Si en vous prêtant ces pièces d'or je vous rends absolument le même service qu’en vous louant ma maison, ne semble-t-il pas de toute justice que vous me rémunériez de ce service d’une manière toute semblable?

Pierre prête à Paul une somme de mille francs que ce dernier emploie à l’achat d’une chaumière dont il fait sa demeure, ou Pierre loue à Paul une chaumière dont la construction a coûté mille francs. En quoi ces deux opérations diffèrent-elles?

Pourquoi accepterait-on ce dernier contrat et réprouverait-on le premier?

Condamnez le prêt à intérêt et vous condamnez du même verdict le louage et le fermage, vous condamnez encore la propriété!

Certains rêveurs sont allés jusque-là, nous le savons 5 mais si nous adoptions cette manière de voir, nous serions plus logiques, et adoptant dans toute sa rigueur le mutuum date, nihil in de sper antes de l’Évangile, nous dirions au travailleur : produis sans rien espérer de ton tra-

L’INTÉRÊT

vail, car il doit être gratuit; nous dirions au voiturier, au portefaix : faites vos transports sans salaires, ils doivent être gratuits ; nous dirions au laboureur : bêche, sème et récolte, et donne ton grain sans en rien espérer, tout cela doit être gratuit!

Il est impossible d’admettre en effet que le travail d’aujourd’hui puisse être rémunéré si celui d’hier n’a droit à aucun salaire. Quoi! le maçon qui taille une pierre qu’il n’a pas créée sera payé pour la fatigue, pour les forces qu’il a dépensées pendant quelques heures à la façonner en parallélogramme ou en quadrilatère , et moi qui ai dépensé des mois ou des années de fatigues et de soins à élever et dresser un cheval, je n’aurais droit à aucune rémunération ?

Le tailleur qui coupe le drap et l’assemble eu habits aura droit à un salaire, et celui qui a imaginé une machine à fabriquer le drap et aura dépensé son temps à la construire se verra privé du résultat de son travail ?

Est-ce que le cheval, est-ce que la machine ne sont pas en un mot un capital, tout comme la force musculaire de l’ouvrier, tout comme l’adresse du travailleur ?

L’intérêt, le louage et le fermage ne sont autre

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