CHAPITRE VIL
incessamment, et le propriétaire de capitaux immobiliers qui voit les siens s’accroître presque jour par jour, il faut que le premier retire un produit immédiat plus élevé en compensation du produit lointain dont le second jouira plus tard.
C’est pour cela que les maisons qui se détériorent à la longue et qui, après une certaine série d’années, ont besoin d’être reconstruites, donnent des revenus plus élevés que les terres qui ne demandent presque jamais une nouvelle avance de fonds; c’est pour cela encore que les capitaux employésdans les entreprises de cheminsdefer construits sur concession emphytéotique doivent donner des revenus plus élevés que toute autre entreprise dont l’exploitation devra êtrecontinuée pendant une période indéfinie.
Avant de dire quelques mots sur la liberté de l’intérêt, nous éprouvons le besoin de revenir encore sur quelques objections que font les casuistes à l’occasion du prêt à intérêt.
Ils disent d’abord que celui qui prête renonce, pendant toute la durée du prêt, à la propriété de son argent, et que le bénéfice fait par l’emploi de cet argent ne pouvant appartenir qu’à son propriétaire, le prêteur ne peut y prétendre sans injustice.
L’INTÉRÊT
Cet argument pourrait être vrai si le prêteur cessait en effet d’être le propriétaire de la chose prêtée, mais comme il ne s’en sépare pas pour en faire don, il conserve sa propriété tout entière, il en permet seulement la possession temporaire à l’emprunteur. Que l’on fasse la distinction entre le mot propriété et celui de possession et l’on reconnaîtra que le prêteur est propriétaire au même titre que celui qui donne une terre on une maison à loyer, puisque l’un et l’autre rentrent en possession de leur chose à l’expiration du bail ou du prêt.
ils ajoutent que, puisque la somme rendue est égale à la somme prêtée, le prêteur rentre dans toute sa propriété, et Fque le paiement d’intérêts, s’il avait lieu, détruirait l’égalité qui doit exister entre ceux qui contractent ensemble.
Nousvenons de voir que la somme rendue n’est pas toujours égale en valeur à la somme prêtée, puisque les capitaux mobiliers décroissent incessamment en valeur ; mais nous devons ajouter en outre que l’emprunteur ayant retiré des bénéfices de l’usage de l’argent emprunté, ces bénéfices détruisent l’égalité à son avantage s’il ne la rétablit pas par une compensation quelconque donnée au prêteur.