CHAPITRE I
hauteurs sur lesquelles elle tend aujourd'hui à se placer, avait nécessairement éloigné d'elle une foule d’esprits généreux qui voyaient dans les nations autre chose que des ateliers de production, et ne pouvaient se résigner à ne regarder l’homme que comme un instrument de travail et une machine à consommer î L’économie politique aujourd’hui s’occupe de la morale comme du bien-être, de l’éducation comme du travail, de la justice comme de l’utilité; car elle sait que l’homme n’est complet que si son intelligence s’est développée en même temps que son cœur s’est ouvert et que ses forces physiques se sont révélées. Ce n’est pas pour le plus grand nombre possible quelle prétend trouver les causes du bien-être et du bonheur, car cette formule pourrait faire supposer des élus et des exclus ; elle montre à tous les hommes sans exception le chemin de l’aisance, les avantages de la moralité, et les moyens d’acquérir la richesse.
Ce que l’observateur ne peut remarquer sans admiration, et ce qui prouve outre mesure l’existence et l’irrésistible puissance de ces lois invisibles et immuables sur lesquelles se basent les doctrines économiques, c’est la persistance avec
laquelle, gouvernants et gouvernés se sont résolument mis à la recherche du bien-être de tous par le travail, en dépit de toutes les clameurs, de toutes les imprécations même de ceux qui prophétisaient et prophétisent encore la ruine de la société et de la civilisation sous un excès d’industrie et de misère, sous une avalanche de travail et de besoin. Il y a au fond des sociétés comme un instinct qui les force à marcher en avant, elles entendent comme une voix prophétique qui les appelle et elles obéissent aveuglément à cet instinct, elles accueillent cette voix avec respect et soumission. Et si elles marchent avec tant de résolution dans la carrière qui leur a été définitivement ouverte le jour où la révolution française a proclamé les droits de l’homme, si elles ne s’arrêtent pas, indécises et épouvantées, aux doléances passagères que poussent de temps en temps quelques-uns de leurs membres, c’est qu’ elles savent, encore d’instinct, que les souffrances ne sont pas le fruit du progrès, et qu’ elles viendront plus facilement et plutôt en aide aux malheureux en hâtant encore la course commune vers l’avenir.
Cet instinct, cette voix intérieure ne se se fait