‹ Les lois économiquesChapitre 91 sur 239 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

n'a dit que le morceau de silex que Pierre avait emmanché au bout d’une branche de pin pour attaquer la surface du sol, devait appartenir par moitié, par quart, ou par huitième, à Paul, Jean, Philippe ou Jérôme! Personne n’a osé dire que le lait obtenn de la première vache habituée à vivre dans un enclos ou sous un couvert de feuillage, devait être partagé entre tous ceux qui avaient regardé faire et celui qui avait travaillé jour et nuit, peut-être, pour faire oublier à la vache la vie libre et sauvage des forêts.

Personne, nous le répétons, ne conteste la légitimité de ces propriétés ; comment se fait-il donc que d’autres propriétés soient violemment attaquées? Est-ce qu’ elles ne reposent pas toutes sur la même base, est-ce qu’elles ne sont pas toutes le produit du travail?

Nous ne connaissons, pour notre part, de propriétés légitimes que celles provenant du travail manuel ou intellectuel, direct ou indirect de l’homme.

La propriété dont on conteste le plus ordinairement et le plus àcrement la légitimité, est celle du sol. On a dit que nul n’avait le dro t d occuper une partie du sol qui devait rester propriété indivise du genre humain ; qu’il ré- ■

LA PROPRIÉTÉ

sultait du système actuel de propriété un privilège injuste à l’égard de quelques-uns, et une exclusion coupable à l’égard du plus grand nombre ; que ce privilège et cette exclusion ne pouvaient provenir que de l’abus de la force, que de l’emploi de la ruse et du triomphe de l’iniquité.

Il semblerait, en effet, au premier abord que les droits primordiaux des hommes étant absolument égaux, ceux qui viennent au monde aujourd’hui et qui, regardant autour d’eux, voient* une immensité de champs occupés et à peine un endroit où le prolétaire puisse poser le pied et dire ce que je couvre est à moi, il semblerait, disons-nous, que ces déshérités sont en droit de demander au propriétaire ses titres à la possession perpétuelle et indéfinie de tel ou tel coin de terre.

Nous avons dit qu’il n’y a d’autres limites au droit inhérent à l’homme de jouir du fruit de son travail que celles posées par les droits égaux et identiques de son semblable. Il résulte de là que l’homme n’a pas le droit de s’approprier une parcelle de terre à l’exclusion de son voisin, s’il n’en reste toujours une portion libre que ce dernier puisse s’approprier pareillement.

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