‹ Les lois économiquesChapitre 94 sur 239 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

travail, à multiplier chaque année la semence que nous lui confions.

Voulez-vous prendre ces champs? Les voici ; mais rendez-nous le travail qui les a fertilisés, qui de marais fétides a fait des vertes prairies, de bruyères stériles a fait des plaines arables, et de plants sauvages a fait des arbres à fruit.

11 est un avoir commun qui court gratuitement le monde, c’est cette science populaire, enfantée par une longue série de générations, science qui vous donne à vous, nouveaux venus, des connaissances que ne possédaient pas vos aînés, des richesses mêmes tombées à la longue dans le domaine public, comme la domesticité des animaux, l'invention des instruments et outils, le perfectionnement des races animales et végétales, dont vous pouvez faire votre profit. Mais si vous ne voulez pas rémunérer le travail de celui qui a fécondé ce champ, et si vous ne voulez en aller féconder un à votre tour là où il en reste encore à fertiliser, le monde social vous offre d’autres moyens encore d’existence que celui de bêcher la terre, de semer et récolter le grain.

Nous ne voulons faire aucune insinuation injurieuse contre qui que ce soit; mais il est à remar-

LA PROPRIÉTÉ

quer que, probablement à leur insu, les détracteurs de la propriété attaquent plus particulièment les propriétaires que la propriété ellemême. Ce qu’ils voudraient, ce qu’ils demandent , ce n’est pas un champ qu’ils puissent labourer, herser, ensemencer et moissonner, c’est un champ qu’ils puissent louer, pour vivre du loyer qu’ils en retireraient à la manière des propriétaires.

Si le nombre des hommes était limité sur terre à tant par hectare, nous concevrions que l’on pût demander une égale division du sol entre tous les habitants, et que chacun eût le petit morceau suffisant pour produire sa nourriture, ses vêtements et son abri, lopin de terre qu’il cultiverait lui-même. Nous concevrions une sorte de ruche dans laquelle chacun aurait sa case, son travail et son produit.

Mais puisqu’il y a de grandes agglomérations d’hommes ici et là, puisque en raison des besoins qui se produisent dans une société civilisée, une partie de la population seulement doit s’adonner aux travaux de la terre, tandis qu’une autre partie s’occupe de production industrielle, et une autre encore de labeur intellectuel, il est de toute justice que les instruments de production

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