CHAPITRE VIII
teur à son tour laisse à l’industriel des villes tout travail autre que celui des champs.
II y a là une de ces admirables harmonies économiques que Ton rencontre partout, harmonie qui résulte d'une des lois invisibles qui régissent le monde social. Mettez tout le genre humain à cultiver la terre et cette harmonie est détruite, la civilisation disparaît, d’homme retombe dans l’ignorance, la misère et l’abrutissement.
C’est par l’échange, la communication et le frottement de leurs idées que les hommes se sont mutuellement éclairés : or cet échange et ce commerce d’idées n’ont eu lieu que parce que obéissant instinctivement aux lois économiques, les hommes se sont groupés en familles, en tribus, en races, qu’ils se sont partagé les différents genres de travaux dont on reconnaissait la nécessité, et que les uns sont restés occupés à la production agricole, tandis que les autres se sont adonnés aux travaux industriels.
Or, l’homme qui a passé plusieurs années à étudier, à apprendre à fond un métier manuel ou à se créer une occupation intellectuelle, cet homme possède un avoir, une propriété au même titre que celui qui a passé plusieurs années à défricher et fertiliser un champ.
LA PROPRIÉTÉ
Pourquoi, vous qui réclamez contre la propriété du sol, ne réclamez-vous pas aussi contre la propriété industrielle, la propriété ouvrière? Direz-vous qu’il n’y a pas identité entre ces divers genres de propriété, parce que le producteur industriel ne base pas son droit sur l’occupation antérieure, mais sur son labeur journalier?
Vous vous trompez, il y a identité parfaite; vous êtes forgeron, vous êtes dans un village où il n’existe de temps immémorial qu’un forgeron et cela par une raison très-simple, c’est que les travaux du village ne peuvent alimenter qu’une seule forge. Pourquoi n’iriez-vous pas dire au maréchal qui tient son marteau et son enclume de son père, qui les tenait de son grandpère et celui-ci de son bisaïeul, pourquoi n’iriezvous pas dire à ce maréchal : le travail est de droit commun et tu le monopolises, tu froisses le droit imprescriptible que j’avais de fonder ici une forge ; retire-toi, car mon droit est égal au tien !
Et voyez jusqu’où va l’identité ; le premier forgeron qui avait créé cette forge avait eu mille difficultés à surmonter, l’ouvrage ne venait pas, les recettes étaient presque milles. Non-seulement la forge, y compris l’enclume et le marteau, était une propriété, mais le travail assidu du premier