‹ Les lois naturellesChapitre 13 sur 98 · INTRODUCTION IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION IX

pour satisfaire leur sentiment religieux. Mais cette hypothèse n'intervient aucunement dans les recherches relatives à la physique et à la chimie ; elle modifie seulement le langage et n'a plus aucune importance en ce qui concerne les sciences dites exactes.

Il n'en est pas de même pour l'étude des êtres vivants et de l'homme en particulier. Car si l'homme a imaginé naguère, pour expliquer l'activité extérieure, des êtres invisibles semblables à lui et plus puissants, rien ne lui est plus facile aujourd'hui que à' expliquer sa propre activité en imaginant en lui-même nn principe d'action calqué sur ces êtres invisibles qu'il a naguère calqués sur luimême ; revenant ainsi à son point de départ, il est certain qu'il ne rencontrera aucune contradiction, pourvu qu'il n'ait doté les dieux que de qualités qu'il possédait réellement lui-même.

Mais si l'étude objective de ses semblables amène l'homme à croire au déterminisme humain, à penser que l'homme lui-même est une machine comme le reste de l'univers, il s'apercevra qu'il s'est trompé dans ses anciennes hypothèses ; ne trouvant plus de Dieu en lui il n'en trouvera plus nulle part, ou plutôt, car un mot qui a une aussi longue prescription ne s'abandonne pas ainsi à la légère, se considérant lui-môme comme une synthèse de parties coagissantes, il construira un Dieu sur le même modèle; il confondra Dieu avec le monde. A l'homme personne correspondait un Dieu personne ; à l'homme synthèse correspondra un Dieu synthèse; c'est tout à fait normal.

C'est pour cela que les amis de l'ancienne hypothèse théologique veulent trouver un Dieu dans l'homme; c'est pour cela que le déterminisme, admis par tout le monde dans le domaine physico-chimique, est si fortement discuté dès qu'il s'agit du domaine humain.

Ce n'est pas ici le lieu de développer les arguments des

Page 1