‹ Les lois naturellesChapitre 16 sur 98 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

variées qui ont été réalisées autour de lui ; il était donc doué de manière à tirer parti de ces circonstances, ce qtie Ton exprime en disant qu'il était intelligent...

D'autre part Lamarck nous montre l'adaptation progressive des animaux, leur intelligence croissante; nous comprenons Torigine de notre bon sens, résumé héréditaire de Tèxpérience de nos ancêtres ; connaissant Torigine de notre bon sens nous savons dans quelles limites il est valable, ce qui n'est pas inutile quoiqu'on puisse en penser.

En effet, nous nous servons aisément de notre logique sans nous demander quelle est son origine ; la logique fait partie du mécanisme humain au même titre que les bras ou les jambes; or, nous nous servons de nos bras et de nos jambes sans avoir besoin de connaître leur structure, sans nous demander surtout comment, de révolution des espèces dans le temps, il résulte que nous avons des bras et des jambes. Il est même certain que la connaissance de la structure et de Torigine évolutive de nos membres ne nous rend pas plus aptes à nous en servir; le moindre facteur rural marche mieux que ne Teût fait Lamarck ou Cruveilhier. Et par conséquent, si la connaissance de Torigine de notre logique ne doit pas nous aider à nous en mieux servir, on peut se demander si toutes les recherches que nous faisons à ce sujet ne sont pas absolument inutiles.

Elles ont cependant leur raison d'être ; en effet, Tusage que nous pouvons faire de nos membres est restreint par leur nature même; nous ne pouvons nous servir de nos jambes pour marcher sur l'eau ni de nos bras pour voler dans les airs et cela ne nous étonne pas car nous constatons de bonne heure cette impossibilité; au contraire, Tusage de notre logique nous paraît illimité, parce que nous ne nous heurtons pas d'une manière évidente aux bornes de son empire ; nous en sortons sans éprouver de

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souffrance, tandis que celui qui voudrait s'envoler par la fenêtre s'écraserait sur le pavé ; on ne meurt pas toujours d'une erreur de raisonnement.

Donc, puisque les bornes de notre logique ne se manifestent pas directement à nous par l'impossibilité matérielle de les outrepasser, nous devons ne rien négliger pour les connaître d'une autre manière, sans quoi notre science serait vaine. Et c'est pour cela qu'il me paraît indispensable de modifier, par Tintroduction de la biologie au début des sciences, r ordre des questions de physique que nous a enseigné Descartes. C'est ce que j'ai essayé de faire dans ce livre, dont j'ai d'ailleurs résumé le plan dans le chapitre xxviii, auquel j'ai donné pour titre celui de la cinquième partie du discours de la méthode ; et cette nécessité de placer la biologie dans les sciences est la seule excuse que puisse invoquer un biologiste en publiant des réflexions sur la mathématique et la physique.

Une autre excuse, c'est que les physiciens font de la biologie; les énergétistes, considérant l'énergie comme une entité, y trouvent un modèle physique pour 1 explication animiste des phénomènes vitaux. Us concluent de la force à Vdme^ ; les biologistes, qui n'ont jamais rencontré dans leurs études une seule manifestation de l'âme, ont donc le droit de se demander ce que c'est que la force et de faire de la mécanique ; cela vaut mieux que d'accepter des mots comme représentant des entités sans en avoir discuté la valeur. C'est donc le point principal que je me suis proposé en faisant les études réunies ici ; je me suis permis d'introduire, dans rétablissement des principes des sciences, la considération sans cesse présente de la

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