LES SENS DE LA DIRECTION
Nous venons de voir que nos cinq sens chimiques nous donnent, dans des langages différents, des documents complets ou incomplets sur la nature intime des objets extérieurs; si tous ces documents étaient complets, il y aurait superfétation et Texistence de ces langages différents serait un luxe inutile; au contraire, si ces documents étaient incomplets et différents, tous nous seraient utiles et il y aurait avantage, nous l'avons déjà pressenti, à savoir les traduire en un langage unique permettant de les comparer entre eux et de les compléter l'un par Tautre.
Parmi les diverses notions que nous fournissent nos organes des sensations externes, il en est une qui nous est particulièrement utile, c'est celle de la position des objets extérieurs par rapport à nous; aussi cette notion nous arrive-t-elle do diverses manières. Nous connaissons par le toucher la place des corps tout à fait voisins; pour les corps plus éloignés, nous sommes renseignés par la vision, si l'objet est éclairé et n'est pas abrité derrière un écran; par l'audition si le corps est sonore; par l'olfaction si le corps est odorant; voire môme par notre sens des températures si le corps rayonne de la chaleur.
Ces différents renseignements ne* sont pas également précis ; chez Thomme les documents visuels sont les plus précis, mais il y a des cas cependant où ils ne sont pas les meilleurs; combien de fois m'est-il arrivé, cherchant un Ephippigère dans des landes d'ajonc mêlé de fougère de me diriger vers l'endroit où j'entendais le cri strident de cet insecte, dont je n'arrivais à apercevoir que de très près le corps bariolé, mimétique de son support. C'est au moyen de son olfaction que le cochon cherche les truffes,
que le chien de chasse reconnaît la présence du gibier dissimulé dans un fourré...
Indépendamment du degré de précision que peut avoir la notion de direction fournie par ces sens différents, il est fort remarquable que cette notion nous paraisse toujours exprimée dans le même langage, quoique nous arrivant par des récepteurs différents et forcément accompagnée, dans chacun de ces récepteurs, par une sensation de qualité spéciale (couleur ou forme visuelle, timbre, odeur, température, etc.).
Il semble bien que malgré la diversité des langages dans lesquels nous recevons ces sensations qualitatives, nous ayons, par n'importe quel sens, la même notion immédiate de direction; nous pourrions donc penser qu'il y a, là encore, superfétation, si chacun de nos moyens d'acquérir cette notion de direction ne pouvait, dans certains cas, être utilisable à Texclusion de tous les autres.