‹ Les lois naturellesChapitre 31 sur 98 · L EMPLOI DES INSTRUMENTS · texte numérisé non relu

L EMPLOI DES INSTRUMENTS

mètre la température des corps avant de les approcher ; il aurait bien des chances de s'empoisonner n'ayant ni goût, ni odorat, mais combien de gens doués de goût et d'odorat s'empoisonnent sans s'en apercevoir...

Supposons pour un instant que le canton optique arrive à recouvrir tous les autres; alors, pour tous les phénomènes qui sont du ressort de ces derniers cantons, nous aurions deux modes distincts de connaissance ; l'un d'eux ferait usage du langage propre au sens correspondant, l'autre, par le moyen d'instruments convenables, nous donnerait en langage optique une description également complète du phénomène. Le phonographe nous fournit de ce cas spécial un exemple fort clair. Un son quelconque se produit près de nous en présence dudit appareil. Nous entendons ce son par notre oreille, c'est-àdire que nous en avons une connaissance complète dans le langage auditif. En même temps, sur le cylindre tournant du phonographe s'inscrit une ligne sinueuse qui est la traduction du phénomène sonore et que nous lisons en langage optique. Que cette traduction soit complète, nous nous en assurons en faisant fonctionner le phonographe en sens inverse; il traduit à son tour la ligne sineuse en un son identique au premier et que nous percevons dans le langage auditif. Nous connaissons donc le phénomène extérieur dans deux langages différents et nous avons un dictionnaire, le phonographe, qui nous permet de traduire la première narration dans la seconde et réciproquement.

Je ne vois pas de raison pour refuser d'admettre la possibilité de l'extension à tous les phénomènes, de l'étude optique directe ; dans tous les cas, cette extension n'est pas encore réalisée, il s'en faut. Mais, sans prévoir même qu'elle se complète jamais, nous pouvons dès maintenant constater l'avantage qui résulte pour nous du fait que certaines régions des autres cantons sensoriels sont déjà'

recouvertes par le canton optique. Pour toute l'étendue du canton optique, en effet, les phénomènes viennent à notre connaissance dans un même langage, le langage optique ; et ceci est vrai aussi bien des régions qui sont du domaine purement optique que de celles où le domaine optique recouvre des portions des autres cantons sensoriels; nous pouvons alors comparer entre eux, dans une môme langue, des phénomènes dont nous avons, par le moyen de nos yeux, une connaissance du même ordre, quoique connaissant aussi, dans un autre langage, ceux de ces phénomènes qui appartiennent en môme temps au canton optique et à un autre canton.

Au contraire pour les phénomènes qui appartiennent uniquement à un des autres cantons sensoriels, notre connaissance se réduit à une narration unique, chaque phénomène étant raconté pour son compte dans le langage du canton auquel il appartient; et ces langages disparates ne permettent aucune comparaison entre ces phénomènes, ni aucune comparaison de Tun deux avec un phénomène optique. Quel rapport établirez-vous, par exemple, entre Tamertumc de la quinine, l'odeur du musc et la forme d'une circonférence.^ Voilà trois mots de trois langages différents, langages disparates et entre lesquels il n'existe pas de dictionnaires ; nous serions bien plus satisfaits si nous savions traduire les deux premiers dans le langage optique; employer Toeil pour étudier le son (et on y est pleinement arrivé par les méthodes graphiques), voilà de la bonne science !

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