CHAPITRE VUI
L'EXPÉRIENCE INDIVIDUELLE ET L'EXPÉRIENCE ANCESTRALE EN ARITHMÉTIQUE ET EN GÉOMÉTRIE*
Sur la route de Lannion à ïrégastel^ au petit village de Guaradur en Pleumeur-Bodou, il existe une pierre de forme assez irrégulière et qui ne mériterait pas de retenir Tattention si la crédulité populaire ne Tavait dotée d'une légende; on l'appelle min bé roué Gralon^ ce qui veut dire « la pierre tombale du roi Gralon », et la fantaisie d'un tailleur de pierres Ta décorée d'un assez grand nombre de petites croix sculptées en creuxet disposées sansaucune régularité. Ces croix, évidemment récentes, n'ont aucune valeur archéologique, mais les gens du pays affirment qu'il est impossible de les compter, ou, du moins, si Ton s'y essaie, d'arriver deux fois de suite au même nombre.
Dans ce pays où, grâce à l'ignorance générale, le surnaturel particulier court les chemins, on doit s'attendre à rencontrer des miracles de toutes sortes; celui-ci présente néanmoins un intérêt spécial parce qu'il prouve, que des gens n'ayant jamais étudié les sciences voient une véritable diablerie dans une exception aux lois de l'arithmétique.
Si l'on met sur une table une quantité quelconque d'objets solides et distincts, on sait que le nombre de ces objets sera déterminé indépendamment de la manière dont on s'y prendra pour les compter. Cette certitude est