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CONSIDÉRATIONS SUR LA MÉGANIQUE DU MOUVEMENT VISIBLE

L'arithmétique et la géométrie sont des langages précis qui nous permettent de décrire les objets extérieurs tels qu'ils sont à un moment donné. Si nous faisons une série d'études successives des objets qui nous entourent, nous constatons que ces objets changent, soit dans leur forme, soit dans leur position relative, et nous obtenons par conséquent une série de descriptions différentes. Supposons que nous ayons conservé et numéroté toutes ces descriptions différentes et que, d'autre part, nous ayons déterminé Tépoque de chacune de nos observations (ce qui suppose que nous savons mesurer le temps), la mécanique^ se propose d'établir une relation mathématique entre ces descriptions successives et les durées qui les séparent, de telle manière que, étant donné un certain nombre de descriptions successives d'un système d'objets, considéré à des époques connues, on puisse prévoir ensuite quel sera l'état du système à un moment quelconque, arbitrairement désigné à Tavance. Remarquons tout de suite que, avec cette définition, la mécanique n'exploite effectivement que la sensation de durée et celle de vision des formes. On ne saurait affirmer à priori que ce but ambitieux puisse être atteint, même dans les cas les plus simples,

1. La statique ne peut s'étudier dans le canton optique que comme un cas particulier de la dynamique.

Lb Dantbc. — Lois. 6

si rexpérience humaine n'avait précisément constaté un ordre fatal dans la succession des phénomènes naturels, ordre fatal que Ton traduit en disant que « les mêmes causes produisent les mêmes effets ». Les causes, ce sont les descriptions de l'état d'un système à un certain nombre de moments choisis avant celui où Von observe l'effet, c'est-à-dire, la description actuelle du système^. C'est là l'expression, en langage courant, du déterminisme sans lequel toute science serait vaine. La croyance au déterminisme résulte de l'expérience ancestrale et de l'expérience quotidienne, mais il est évident que la vérification de celte croyance est subordonnée à la connaissance complète des faits. Si, dans les descriptions successives d'un système d'objets, on néglige, par inadvertance, certaines particularités importantes, il est évident que ces descriptions incomplètes ne permettront pas de prévoir l'état ultérieur de ce système.

II est donc fort curieux que Thomme soit arrivé à cette notion du déterminisme, à une époque où beaucoup de particularités importantes échappaient à son observation grossière ; mais je répéterai ici ce que j'ai dit précédemment à propos de la géométrie : c'est l'imperfection de nos organes des sens qui cause la pureté de nos concepts". Jusqu'à l'époque où les investigations rigoureuses de la science ont permis de tenir compte de tous les facteurs d'action, on peut affirmer que l'homme n'a jamais observé un cas de déterminisme parfait^; le déterminisme était parfait pour lui et cela suffisait. Lorsque, par hasard, ce déterminisme lui paraissait en défaut, il lui arrivait bien

1. La croyance aux» commencements absolus » est nettement en contradiction avec cette définition ; elle suppose en effet que l'état actuel n'a pas été précède d'autres états d'où il dérive, en d'autres termes qu'il y a des effets sans cause.

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