LA MÉCANIQUE DU MOUVEMENT VISIBLE
de crier au miracle, mais, chose étonnante et qui prouve Timportance énorme des croyances fixées dans notre hérédité par l'expérience ancestrale, il lui est arrivé souvent aussi (et cela lui arrive tous les jours depuis que la période scientifique est ouverte), il lui est arrivé, dis-je, de penser que cet accroc au déterminisme n'était qu'apparent et de chercher si, dans les descriptions des phénomènes, il n'avait pas négligé un facteur. C'est comme cela que Le verrier a découvert Neptune. Ainsi donc, sans avoir jamais élé en droit de croire rigoureusement au déterminisme, Thomme y a cru à la suite d'observations grossières et cette conviction, devenue héréditaire, lui a servi ensuite de base pour trouver précisément les causes de ses premières erreurs d'observation. C'est là l'histoire des lois naturelles!
Avec nos moyens d'étude actuels, nous constatons que, dans les objets qui nous entourent, la mécanique du mouvement visible n'est jamais rigoureuse; nous ne savons pas réaliser d'expériences de mouvement macroscopique^sans produire, en même temps, des phénomènes physiques (chaleur, électricité) qui ne sont pas négligeables. C'est seulement en mécanique céleste que l'on trouve des vérifications tout à fait précises. Il ne faut donc pas demander aux expériences sur le mouvement visible des corps une rigueur absolue, mais il faut se dire qu'un grand nombre de vérifications approchées créent une aussi forte présomption de loi qu'une vérification parfaite. (Voy. plus bas, les lois approchées, chap. xxvii.)
Je spécifie qu'il s'agit ici de la mécanique du mouvement visible ou du mouvement macroscopique des corps; nous verrons plus loin que Ton a étendu cette mécanique à des mouvements microscopiques ou même plus petits que les mouvements visibles au microscope, à des mouvements hypothétiques par lesquels on a tenté d'expliquer les phénomènes qui, à notre échelle, sont des phéno-
mènes de chimie, de chaleur, d'électricité, de lumière, etc., et qu'on a essayé d'établir un déterminisme plus rigoureux en faisant intervenir, dans les équations, ces mouvements hypothétiques. Pour le moment, nous supposons que tous ces phénomènes accessoires sont négligeables dans les cas que nous étudions et que nous pouvons considérer comme complète notre description macroscopique des faits, ce qui, je le répète, n'est jamais rigoureusement réalisé si ce n'est en astronomie. Nous n'obtiendrons donc, expérimentalement, que des résultats approchés, si nos moyens d'observation sont très précis; mais cela ne nous empêchera pas de découvrir des lois rigoureuses. La première condition à réaliser pour faire de la mécanique est de savoir inesurer le temps; oi* nous avons bien la sensation de durée, mais cette sensation n'est pas de nature à nous fournir des mesures précises. Nous sortons d'embarras en appliquant notre principe général du déterminisme, que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Si donc, un mouvement s'est produit une première fois d'un point à un autre, dans des conditions données, nous devons penser que ce même mouvement, se produisant une seconde fois, dans les mêmes conditions^ durera le même temps que la première fois; c'est le principe du sablier, de la clepsydre, etc.. Le pendule est un instrument qui permet précisément de réaliser, plusieurs fois de suite, un même mouvement dans des conditions constantes. Si l'on s'arrange, de manière à ce que le pendule décrive toujours le même trajet et si Ton enregistre mécaniquement le nombre de ces oscillations (ce qui se fait au moyen de l'échappement de Huygens), on a une excellente machine à mesurer le temps, un chronomètre, une horloge. Il suffira alors de lire avec les yeux le nombre enregistré entre le moment initial et le moment final d'une observation et l'on aura la durée de l'observation, exprimée par un certain nombre de durées élémen-