‹ Les lois naturellesChapitre 61 sur 98 · L ÉÏHER ET LES ENTRAVES DU BON SENS · texte numérisé non relu

L ÉÏHER ET LES ENTRAVES DU BON SENS

les solides; son audace fut féconde, mais il devint, du coup, bien plus difficile à Thomme de s'imaginer Téther, comme cela est nécessaire si Ton veut en parler dans le langage courant.

Beaucoup de gens se demandent si Ton est sûr que Téther existe. Cette question dissimule une préoccupation d'ordre métaphysique. L'hooime ne connaît que les faits qui sont à Téchelle humaine et il les raconte dans le langage humain qui est le langage de la qualité; il parle donc de mouvement, de son, de chaleur, c'est là une narration à l'échelle humaine et la seule qui, pour Thomme signifie quelque chose; les phénomènes d'équivalence l'empêchent de croire à l'existence de différences essen-^ tielles entre ces diverses manifestations de l'activité extérieure et il est amené à penser que les différences qu'il perçoit entre elles tiennent uniquement à sa nature personnelle et à la place qu'occupent les phénomènes vitaux dans l'échelle des mouvements. Supposons pour un instant qu'il existe des êtres capables de connaître, et dont les phénomènes vitaux occupent, dans l'échelle des mouvements, une autre place que la nôtre ^; chacun de ces êtres aura, du monde, une connaissance spéciale, et qui

1. Quand nous parlons d'êtres capables de connaître et dont les phénomènes vitaux occupent, dans l'échelle des mouvements, une autre place que la nôtre, il ne s'agit pas seulement d'êtres plus petits que nous quant aux dimensions d'ensemble de leur corps. Une bactérie, par exemple, est bien plus petite que nous, et cela lui donne une situation à part vis-à-vis des mouvements qui nous donnent l'impression du son et qui sont peut-être pour elle ce que sont les vagues de la mer pour les noctiluques. Mais visà-vis des phénomènes thermiques ou lumineux, la bactérie occupe la même place que nous en ce sens que ses phénomènes vitaux, ses phénomènes intraprotoplasmiques sont de même dimension que les nôtres. La vie est un phénomène chimique, elle est de dimension chimique, c'e.«t àdire de Tordre de grandeur des mouvements que nous appelons réactions chimiques. Un être construit sur un modèle semblable au nôtre et qui serait capable de considérer comme mécaniques nos phénomènes thermiques, aurait un protoplasma justiciable d'une autre chimie, plus petite que la nôtre, réduite de la nôtre dans la proportion qui fait passer des mouvements de notre mécanique à ceux de notre chaleur. Ce serait une chimie d'atomules. Nous n'avons aucune raison de supposer qu'elle existe ; c'est là une simple manière de parler et qui n'est peutrètie ^^"^ ^^t^-^ ^fer\.

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dépendra de la place qu'il occupe dans le monde ; chacun d'eux aura un bon sens adéquat aux choses qu'il connaît et à celles-là seulement. Pour chacun d'eux, il n'existera, dans le monde, que ce qui retentira sur lui ; la description du monde sera spéciale à chacun de ces êtres. Et quand nous nous demandons si une chose existe^ d'une manière absolue, c'est que ncyi^s avons imaginé à l'avance un être qui n'occupe aucune place dans l'échelle des activités extérieures et qui néanmoins les connaît toutes; et c'est là, je le répète, une phrase qui me paraît dépourvue de sens...

La seule question que nous, puissions nous poser en bonne logique est celle-ci : S'il y avait des êtres occupant, dans l'échelle des mouvements, une place autre que la nôtre, auraient-ils le même bon sens que nous? En d'autres termes, feraient-ils les mômes mathématiques que nous ?

Nous l'ignorons totalement, pourvu que nous ayons, de l'origine humaine des mathématiques, l'opinion que doivent professer les partisans de la théorie de révolution. Et alors, cette question qui, telle qu'elle était précédemment posée, ne paraissait pas avoir de portée, se ramène à celle-ci qui est plus intéressante : en appliquant notre langage mathématique aux phénomènes des microcosmes hypothétiques que nous imaginons, ne faisons-nous pas passer ces microcosmes dans un lit de Procuste? Mais comment pourrions-nous faire autrement?

Si nous arrivons un jour à un modèle microcosmique unique résumant toute Tactivité connue de l'homme, la question sera résolue ; non pas que nous puissions être sûrs que ces microcosmes existent ; cela n'a pas de signification humaine ; mais du moins nous aurons obtenu l'introduction du monisme dans notre langage courant.. En attendant, nous nous résignons à des modèles provisoires et incomplets dont chacun permet d'unifier le lan-

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gage pour un canton plus ou moins étendu de l'activité extérieure; la fécondité de ces modèles provisoires s'est montrée très grande, surtout en chimie ainsi que nous allons le rappeler en quelques mots dans le chapitre suivant.

Je n'ai étudié dans les pages précédentes que le mouvement visible, le son et la chaleur; je n'ai pas l'intention de passer en revue tous les cantons de l'activité extérieure; il faudrait faire un cours complet de physique. Chose curieuse, ce sont les phénomènes électriques (phénomènes qui n'ont joué, dans l'expérience ancestrale de l'homme, qu'un rôle à peu près nul, en ce sens que l'homme n'a pas connu directement ces phénomènes par un sens spécial^), qui paraissent aujourd'hui les plus importants ; ils sont partout, et cependant les animaux ne les connaissent pas et ne les exploitent pas, ce qui prouve bien que notre connaissance est relative, non pas à ce qui est important dans la nature, mais à ce qui est important pour nous.

1 . l/homme sent bien une secousse d'un genre spécial au contact d'un corps chargé d'électricité, mais ce sens particulier n'a pas été développé par l'expérience ancestrale parce que, sauf dans les cas d'individus frappés par la foudre, il n'y a pas ordinairement de différences de potentiel électrique sensibles entre l'animal et les objets qu'il rencontre.

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