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CHAPITRE XXV

Depuis qu'on lui a appliqué la théorie atomique, la chimie a fait de tels progrès que la fécondité de cette théorie n'est plus mise en doute par personne. Et même, si on limite la chimie à ce que Ton considérait primitivement comme Tunique objet de cette science,^ on peut dire que la seule notion de l'existence des atomes et de leur groupement en molécules, permet de créer un langage parfait pour les phénomènes chimiques, sans qu'on ait besoin de fixer les hypothèses relativement à la nature des atomes. Bien plus, on a pu créer des modèles factices, certainement différents de la réalité des choses, et qui, permettant de se figurer, dans l'espace, la structure des molécules les plus compliquées, ont conAmili prévoir Texistence de certains isomères que Ton a découverts ensuite ; on a représenté, par exemple, pour l'usage des jeunes gens, l'atome tétravalent de carbone par un tétraèdre portant un crochet à chaque sommet, et des figurations aussi grossières suffisent pour expliquer aux élèves les admirables découvertes de Fischer sur les sucres.

Mais ces crochets hypothétiques sont loin de nous satisfaire dès que nous songeons aux affinités si bizarres qui existent entre les divers corps de la chimie, dès que nous songeons aux réactiofis chimiques; on pourrait dire que ces figurations grossières nous donnent un modèle convenable pour la statique chimique, mais ne nous permet-

tent aucunement de prévoir les réactions possibles entre des corps, ce qili est le but de la science; elles notis sont seulement utiles pour cataloguer les produits et nous empêchent de croire à la possibilité de Texistence, à Tétai stable de certains groupements moléculaires dont les valences ne seraient pas convenablement saturées; en d'autres termes, elles nous servent seulement à donner une figuration stéréochimique un peu plus précise aux vieilles formules par lesquelles on exprimait, dans chaque cas, la loi de Lavoisier, en écrivant que le nombre des mêmes atomes de corps simples devait se trouver le même dans les deux membres de Téquation. L'une quelconque de ces équations pourrait se renverser, c'est-à-dire qu'on pourrait mettre le premier nombre le second et le second le premier; l'équation serait tout de même vérifiée, et pourtant, du moins dans les conditions où Ton s'était placé primitivement, la réaction a lieu dans un sens et non en sens contraire, ce que rien ne met en évidence dans Téquation chimique.

En réalité, ces phénomènes de construction et de destruction de molécules ne sont pas des phénomènes isolés ; une équation qui ne représente que l'égalité des quantités d'atomes et la stéréochimie des molécules est volontairement incomplète; une réaction chimique s'accompagne de phénomènes physiques et ne se produit que dans certaines conditions physiques; il est même facile de citer telle réaction qui, se produisant dans un sens donné à une certaine température et une certaine pression, se produise en sens inverse dans des conditions différenles...

Les réactions chimiques peuvent s'accompagner de manifestations physiques appartenant à n'importe quel canton de l'activité extérieure, activité mécanique, thermique, lumineuse, électrique, etc.. Je n'ai pas à insister ici sxxv Ïéquivaie7ic€ de ces diverses formes de V<i\v^'^^^\

j*ai insisté suffisamment sur Téquivalence du travail mécanique et de la chaleur. Mais les corps chimiques ont ceci de particulier que, tant qu'ils ne sont pas en train de réagir, l'énergie qu'ils sont capables de produire est, pour ainsi dire, latente, parce que ces substances paraissent otre au repos absolu. Ce sont donc des provisions, des magasins d'énergie.

Par exemple, un kilogramme de poudre à canon ne paraît pas, pour un observateur non prévenu, sensiblement différent d'un kilogramme de fer; placés en un même point de Tespace, ces deux masses égales ont la même énergie mécanique, mais la première contient une réaction chimique toute préparée et qui, amorcée par une étincelle, peut développer subitement une énergie mécanique formidable.

Telle autre réaction, la combustion d'une certaine masse de charbon, par exemple, produira, non plus directement du travail mécanique, mais, outre de la lumière, une quantité de chaleur qui pourra actionner une machine thermique douée d'une source suffisamment froide, et produira ainsi secondairement, du travail mécanique.

La dissolution d'une lame de zinc dans une eau acidulée s'accompagnera de production d'énergie électrique qui pourra être aisément transformée en travail ; etc..

Chose très curieuse, nous retrouvons pour les réactions chimiques une particularité analogue à celle que nous avons déjà remarquée pour les actions mécaniques; les réactions chimiques s accompagnent, dans la règle, d'un dégagement de chaleur; nous avons vu que des considérations discutables sur la qualité inférieure de l'énergie thermique ont conduit certains physiciens à énoncer à ce propos la loi de la dégradation de l énergie. Avec ridée que nous nous sommes faite de l'analogie des températures avec des vitesses, nous pouvons nous figurer celle particularité d'une manière qui ne laisse

plus trop de place à rétonnement; la dimension des mouvements de la matière que nous connaissons sous forme de phénomènes thermiques est telle, par rapport à la dimension des phénomènes mécaniques et des phénomènes chimiques, que les phénomènes mécaniques et chimiques ne peuvent se produire sans donner une accélération positive à des mouvements thermiques; en d'autres termes, les mouvements thermiques seraient d'une dimension moyenne parmi les mouvements naturels, de manière à n'être pas indifférents aux variations qui se produisent dans les autres cantons à mouvements plus grands ou plus petits. Celte remarque et celle de la nécessité de l'uniformisation des vitesses de môme ordre dans un milieu limité suffisent à la narration de la plupart des phénomène thermiques.

Ainsi donc, les composés chimiques qui se trouvent dans notre monde sont des magasins d'énergie; on peut donner de la structure de ces composés un modèle atomique qui explique à notre imagination le caractère latent de cette énergie chimique; il suffit de supposer que la molécule est comparable à un système planétaire dont les divers éléments sont en mouvement les uns autour des autres; ces mouvements, se produisant autour d'un centre, ont une amplitude inférieure à celle qui pourrait nous être directement sensible, et la destruction d'un tel système planétaire peut transformer des mouvements de petite dimension en mouvements visibles ou en mouvements thermiques..., etc.

La chimie n'est donc qu'un canton particulier de la physique; l'étude des phénomènes si merveilleux de la dissociation nous a montré, en effet, à partir d'une certaine température, spéciale à chaque composé, des phénomènes de décomposition et de recomposition qui se produisent sur le modèle ordinaire des phénomènes physiques de changement d'état ; d'autre çavt, sv wwsl's» "^^n^w^

produire du travail mécanique au moyen de réactions chimiques, par l'intermédiaire de l'électricité, nous savons aussi faire l'inverse et fabriquer au moyen de travail mécanique, par l'intermédiaire de l'électricité, des substances chimiques ou réservoirs d'énergie ; c'est l'histoire des accumulateurs au moyen desquels nous emmagasinons, dans des composés chimiques, l'énergie des chutes d'eau des Alpes.

Tous les composés chimiques que nous connaissons aujourd'hui représentent peut-être de l'énergie qui a eu autrefois une autre forme, mécanique ou thermique ; c'est grâce à l'existence de ces réservoirs d'énergie jadis accumulés que nous pouvons espérer lutter quelque temps contre le refroidissement progressif de la terre, refroidissement progressif qui (malgré la conservation de l'énergie qui a lieu par définition dans notre système planétaire, si notre système planétaire est isolé) nous intéresse particulièrement, nous hommes, qui avons une place marquée dans l'échelle des températures ^

Si, ce qui paraît aujourd'hui établi, le radium est en voie de décomposition chimique et produit sans cesse de l'énergie libre en même temps que de l'hélium, nous avons sous les yeux le fonctionnement d'un accumulateur qui rend actuellement ce qu'il a accumulé autrefois; et la quantité d'énergie accumulée, par leur formation, dans les corps dits si?nples^ nous paraît devoir être bien plus considérable que celle des corps composés les plus intéressants que nous savons faire et défaire; de sorte que la provision d'énergie qui reste dans notre monde sous forme chimique serait infiniment plus considérable que nous ne l'aurions supposé ; mais saurons-nous nous en servir? 11

1. Je dis nous hommes, mais je pourrais parler des êtres vivants en général, même de ceux qui n'ont pas une température constante et qui ont néanmoins un optimum de température ainsi que le prouve leur engourdissement par le froid.

faudra le trouver avant que la terre soit assez refroidie pour que la vie disparaisse.

D'ailleurs, si Ton en croit certains penseurs, cette mise en liberté de l'énergie des corps simples ou composés se fera d'elle-même dans certaines conditions et rendra à notre monde un aspect analogue à celui qu'il a eu autrefois; et il y aura une suite de recommencements ; dans tous les cas, nous n'y serons plus!...

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