‹ Les lois naturellesChapitre 68 sur 98 · Op. cit., p · texte numérisé non relu

Op. cit., p

Lb DiiiirBC. — - Lois. ^^

côté les conventions numériques, la possibilité de transformer Tune dans Tautre les diverses activités extérieures que l'homme connaît de manières si différentes, par ses divers organes des sens. La possibilité de les transformer Tune dans Tautre prouve qu'elles ne sont pas essentiellement différentes, et il devient naturel, par conséquent, de les comparer à la forme d'activité que nous connaissons le mieux, l'activité mécanique.

Ce qui distingue les uns des autres les divers motivements^ c'est la place qu'occupe la vie de l'homme dans l'échelle des dimensions naturelles ; c'est à cause de cette place de la vie dans les phénomènes naturels que quelques-uns de ces phénomènes sont connus de nous comme mouvements visibles, d'autres d'une dimension moindre, sont connus de nous comme phénomènes sonores ; d'autres de dimensions beaucoup plus petites, sont connus de nous comme phénomènes thermiques, lumineux, etc. Dans l'ensemble des mouvements naturels, la vie crée des qualités par la manière différente dont elle perçoit les mouvements, et ces qualités n'indiquent rien de plus que la place des phénomènes vitaux par rapport aux mouvements auxquels elles correspondent.

Nous ne pouvons pas sortir de notre nature d'homme, mais pour mieux faire comprendre la signification des phrases précédentes, nous pouvons laisonner comme s'il existait des êtres différents, capables comme nous de connaître, et dont les phénomènes vitaux occuperaient une place différente dans l'échelle des dimensions naturelles.

Nous dirons donc que, pour tel de ces êtres, ce sont les mouvements qui sont pour nous les phénomènes thermiques, qui seront les mouvements visibles ou mécaniques, mais cela n'empêchera pas que d'autres mouvements, ayant dans Téchelle une place différente, seront connus de cet être comme des qualités analogues à nos qualités, chaleur, lumière, etc.

Pour tel autre de ces êtres, la chimie correspondra à notre astronomie, mais peut-être connaîtra-t-il des mouvements qui lui donneront une sensation analogue à notre audition, peut-être même connaîtra-t-il, sous forme d'une qualité particulière, tel mouvement très petit que nous ne connaissons en aucune manière, etc.

Autrement dit, quelle que soit la place que nous supposions occupée par un être dans Téchelle des dimensions naturelles, nous n'avons pas le droit d'admettre que la totalité de l'activité du monde puisse être connue de lui dans un seul langage qui corresponde à celui de notre mécanique du mouvement visible ; nous ne pouvons pas imaginer un être pour lequel Tactivité extérieure ne présente qu'un seul canton.

Que faut-il donc entendre par Texpression monisme? Uniquement, qu'il n'y a pas de différence essentielle entre les activités que nous connaissons sous forme de qualités différentes, puisque Tune des activités peut se transformer dans une autre; autrement dit, ces qualités différentes, qui proviennent uniquement de notre manière de connaître, ne sont pas des qualités au sens des scholastiquès. En termes vraiment précis, le monisme se réddit k l'établissement des principes d'équivalence.

Mais nous pouvons nous proposer de construire un langage dans lequel nous raconterons indifféremment les phénomènes de n'importe quelle qualité. L'unité de ce langage sera la plus vivante expression du monisme universel. Ce langage existe,, grâce aux principes d'équivalence ; c'est le langage mathématique, le langage de la mécanique générale.

Si l'on se borne à employer ce langage dans lequel chaque portion de l'énergie sera simplement introduite avec l'étiquette que lui fournit le mode humain de connaissance, c'est-à-dire dans lequel nous appellerons l'activité thermique chaleur, l'activité lumiuew?»^ Iximx^re^^V^A

nous emploierons la langue de VÉnergétique qui est une des formes du monisme. Celle langue ne parle pas à notre imagination visuelle.

Si, au contraire, nous traitons la chaleur de mouvement, nous pourrons, dans le langage mathématique, appliquer, à des corps plus petits que ceux que nous connaissons, les formules mathématiques de notre mécanique du mouvement visible; en réalité, cela ne parlera pas davantage à notre imagination visuelle, puisque les faits ne nous arriveront qu'à travers un appareil mathématique qui n'est pas un langage imagé ; et cela n'empêchera pas que nous soyons assurés de ne jamais pouvoir connaître autrement que sous forme de chaleur, les mouvements de la dimension chaleur. Mais nous pourrons, par un abus qui n'est peut-être pas sans danger, appliquer notre langage courant aux corpuscules imaginaires dont le mouvement se manifeste à nous sous forme de chaleur, c'est-àdire, au fond, nous mettre provisoirement dans la peau d'êtres semblables à nous et ayant notre logique, mais dont la vie serait de dimension telle que notre chaleur fût pour eux la mécanique du mouvement. Je le répète, cela est loin d'être sans danger, car c'est une bien grosse et bien gratuite hypothèse que celle que nous faisons en supposant chez un être de la dimension chaleur une logique identique à la nôtre.

Le plus souvent, les savants qui emploient ce langage spécial, le langage de Vatomisme^ seconde forme du monisme, ne se rendent pas compte de cette hypothèse inexprimée qui se trouve à la base de tous leurs raisonnements, parce que, en général, les physiciens considèrent la logique comme une entité absolue et ne se préoccupent pas de son origine expérimentale, et que, d'autre part, on parle de faits qui se passent à une échelle très petite sans se demander qui peut les connaître à cette échelle. Bien peu de savants se donnent la peine de penser, lorsqu'ils parlent

d'un phénomène à une échelle quelconque que, pour que ce phénomène soit connu, il faut que quelqu'un le connaisse ^ Mais il faudra encore longtemps pour que ces considérations biologiques soient présentes à Tesprit des physiciens !

Quoi qu'il en soit des dangers qu'il présente, le langage atomiste a le grand avantage d'être fécond parce qu'il met et tient constamment Tesprit en éveil, tandis que le langage si peu imagé de l'énergétique ne met pas le cerveau en mouvement. Mieux valent des hypothèses dangereuses, si elles peuvent être fécondes, que des considérations précises et stériles.

1. On évite cette difficulté en appliquant les règles de similitude de la géométrie et supposant grossi le monde des atomes ; mais c'est seulement dissimuler l'hypothèse ; admettre que notre logique peut s'appliquer à ce monde grossi, cela revient absolument à admettre un petit homme de dimension atomique et ayant même logique que nous. (Voy. la note p. 187.)

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