Dans le monde hypothétique des atomes, par exemple
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L'origine ancestrale de la logique impose des bornes à la logique. Pour avoir compris qu'il iiest hii-même quun phénoniène naturel^ l'homme doit renoncer à philosopher sur les phénomènes naturels autres que ceux qui sont directement connus de lui. Pour tout savant convaincu de l'origine évolutive de Thomme, la métaphysique n'est qu'un ramassis de mots vides de sens.
D'autre part, pour nous qui sommes convaincus de notre formation progressive par voie d'évolution^ il se présente une difficulté qui, au premier abord, prend l'aspect d'un redoutable cercle vicieux. Il faut en effet commencer ses études en se servant de sa logique ; il faut donc commencer par attribuer à sa logique une valeur absolue dans les raisonnements par lesquels on entreprend l'étude du monde et de soi-même; comment sortir sans sophisme de ce mauvais pas qui se présente dès qu'on veut établir l'ordre des questions de physique? Je m'imagine volontiers le monologue suivant d'un athée :
« Mes études, mes raisonnements font que je ne suis pas satisfait de ce qu'on m'a enseigné au catéchisme ; je ne puis comprendre ce qu'on veut dire quand on m'affirme qu'une âme immatérielle est logée dans mon corps ; le simple fait qu'un coup d'épée peut chasser de moi cette prétendue âme, qu'une série trop copieuse de libations peut lui enlever sa raison, me conduit à penser qu'il n'y a pas de différence essentielle entre cette prétendue âme et les agents physiques ou chimiques capables de l'émouvoir. C'est là un résultat trop anciennement acquis pour que je songe à modifier mes idées à ce sujet; il faut que je ^ cherche quelque chose de plus satisfaisant. Mais alors, si ma raison, ma logique, ne sont pas d'essence surnaturelle, je ne dois accepter leurs indications que sous bénéfice d'inventaire, et avec quoi fer ai-je l'inventaire? Quelle est l'origine de ma logique *? Une fois que je m'en serai rendu compte, je devrai chercher dans quelles limites ses iixdv-
cations sont acceptables. En particulier, je devrai me demander si les raisonnements auxquels je dois d'être athée ne sont pas dénués de valeur.
« Avant Lamarck et Darwin, celui qui se serait posé une telle question serait devenu fou. Ignorant révolution et les adaptations successives, Thomme n'avait aucun moyen de comprendre qu'il fût raisonnable. D'Holbach, niant Tâme au nom d'une raison dont il ne pouvait connaître l'origine naturelle, a nui pour toujours au renom de logique des athées. Je ne lui jetterai pas la pierre, j'ai commencé comme lui, c'est-à-dire que j'ai senti Tinanité des théories animistes avant de savoir par quoi je pourrais les remplacer; il est d'ailleurs toujours permis de se refuser à admettre une théorie qu'on trouve fausse, môme quand on n'a rien à mettre à la place, mais cela est particulièrement délicat quand il s'agit de l'outil même dont on se sert pour condamner les théories.
« Heureusement, quand, de l'étude objective des autres, j'ai passé à l'étude de moi-même, quand je me suis demandé comment mon mécanisme, semblable à celui de mes congénères, peut être raisonnable, j'ai trouvé une réponse dans l'évolution.
« La logique est le résumé héréditaire de l'expérience ancestrale. Voilà une formule qui me satisfait suffisamment. L'hérédité des adaptations acquises et la sélection naturelle m'expliquent pourquoi les renseignements que je puise dans le contact des objets extérieurs et les déductions que j'en lire ne me trompent pas sur la situation et la nature de ces objets extérieurs. Lamarck me montre comment cette adaptation s'est produite chez mes ancêtres, successivement; Darwin m'apprend que tout individu chez lequel un désaccord s'est produit, a, par là-même, disparu. Mais je ne dois pas oublir un seul instant^ quand je regarde et quand je déduis, que le mécanisme de l'observation et le mécanisme de la déduction se sont perfec-
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tiennes pelit à petit chez mes ascendants. Dès que je cesse de penser à l'évolution, je perds pied. »
On ne manquera pas de trouver un défaut capital aux raisonnements de ce personnage et d'y montrer un cercle vicieux; mais ce cercle vicieux on le trouvera dans tous les raisonnements, si on Ty cherche bien, par suite même de ce fait qu'un raisonnement est exprimé en langage humain et que le langage humain, dont nous ne pouvons nous dispenser de nous servir, contient déjà une théorie toute faite; il est, lui aussi, un résidu ancestral ; il a été fabriqué par nos ancêtres en môme temps que leur expérience construisait notre logique, et il se trouve que ce langage ancestral, avec ses théories préconçues, est justement aujourd'hui Tobstaclele plus considérable à l'emploi pur et simple de la logique.
« Ce qu'il y a de meilleur en nous vient d'avant nous », a dit le bon Renan ; on pourrait rééditer à ce sujet la plaisanterie que fit Ésope sur les langues. Dans ce que nous tenons de nos ancêtres, il y a du bon et du mauvais. Il y a sûrement beaucoup de bon, puisqu'il y a le mécanisme tout entier de notre corps, et ce qui en est peut-être la partie la plus précieuse, le bon sens! Mais il y a aussi du mauvais, surtout dans le langage articulé qui contient toutes les erreurs résultant de l'ignorance des premiers hommes ; le langage articulé est le plus puissant instrument de réaction ; il ne se plie pas aux théories nouvelles et leur donne un air rébarbatif; souvent même il empêche qu'on puisse les formuler.
Enfin, dans ce que nous tenons de nos ancêtres, outre le bon et le mauvais, il y a aussi du douteux : il y a le sens moral, résumé héréditaire de conventions sociales qui aujourd'hui peuvent être en désaccord avec les besoins de notre société actuelle ; il y a le sentiment religieux, survivance d'une croyance à l'absolu que la science moderne nous défend d'atteindre, etc..
Nous devons nous résigner à employer le langage courant si nous vaulons exprimer des idées et ^tre compris; et si Ton veut bien faire la part de cette nécessité, on ne trouvera pas trop illogique le raisonnement de Tathée hypothétique de tout à l'heure. Et ceux qui souscriront à ce raisonnement devront en tirer la conclusion suivante, relativement à Tordre dans lequel on doit étudier les questions de physique :
11 faut commencer par étudier les êtres vivants que nous connaissons, sans nous préoccuper d'abord de ce fait que nous-mêmes sommes vivants; en d'autres termes il faut commencer par Tétude objective des êtres vivants. Cette étude objective, il faut la réduire à une simple description, une simple narration des faits observés.
Les résultats les plus généraux de cette étude sont que les êtres vivants vivent, se reproduisent, et meurent ; une étude grossière nous montre que les êtres vivants se reproduisent seynblables à eux-mêmes ; mais ce n'est là qu'une loi approchée. Une étude plus attentive nous prouve en effet que les êtres varient et cette variation se superpose à la reproduction vraie (c'est-à-dire, au sens étymologique, à la reproduction parles êtres d'êtres identiques à eux).
Voilà des conquêtes que peut faire immédiatement un homme dépourvu de toute connaissance antérieure du monde. Or ces conquêtes, qui résultent de la seule observation, suffisent à établir le langage fécond que Darwin a imaginé.
Ce langage s'applique à la narration des faits, toutes les fois que les corps observés ont les propriétés précédemment signalées, de vivre, de se mulliplier, de varier et de' mourir. On aura donc le droit de l'appliquer non seulement aux individus, mais aux parties des individus chez lesquelles on aura reconnu ces propriétés. En usant convenablement du langage darwinien \ tant pour les indi-