AME ET FORCE
qu'on ne me condamnera pas légèrement quand on sçaura que j'ay assez médité sur la philosophie moderne, que j'ai donné bien du temps aux expériences de physique et aux démonstrations de géométrie, et que j'ai esté longtemps persuadé de la vanité de ces estres, que j'ay esté enfin obligé de reprendre malgré moi et comme par force, après avoir fait moy-même des recherches qui m'ont fait reconnaître que nos modernes ne rendent pas assez de justice à saint Thomas et à d'autres grands hommes de ce temps-là, et qu'il y a dans les sentiments des philosophes et théologiens scolastiques bien plus de solidité qu'on ne s'imagine, pourveu qu'on s'en serve à propos et en leur lieu. Je suis môme persuadé que, si quelque esprit exact et méditatif prenait la peine d'éclaircir et de diriger leur pensée à la façon des géomètres analytiques, il y trouverait un trésor de vérités très importantes et tout à fait démonstratives. »
« Non pas qu'il faille approuver ni surtout imiter ces méthodes de physique ridicules qui avaient si fort discrédité la Scolastique : « Je demeure d'accord, dit Leibniz*', que la considération de ces formes ne sert de rien dans le détail de la physique et ne doit point être employé à l'explication des phénomènes en particulier. Et c'est en quoi nos Scolastiques ont manqué, et les médecins du temps passé à leur exemple, croyant de rendre raison des propriétés des corps en faisant mention de formes et de qualités, sans se mettre en peine d'examiner la manière de l'opération, comme si on voulait se contenter de dire qu'une horloge a la qualité horodictique provenant de sa forme, sans considérer en quoy tout cela consiste. »
« Bien loin, dit Duhem, d'imiter cette physique, qui croyait avoir donné une explication, alors quelle avait seulement créé un nom, on devra, à l'imitation de Des-