‹ Les lois naturellesChapitre 80 sur 98 · Leibniz. Loc. cit„ p · texte numérisé non relu

Leibniz. Loc. cit„ p

cartes et de Huygens, pousser l'analyse des effets naturels jusqu'à ce qu'ils soient réduits aux phénomènes les plus simples; mais, lorsqu'on sera parvenu à ces propriétés premières des corps, qui expliquent toutes les autres, on trouvera qu'elles ne consistent « pas seulement dans l'étendue ^, c'est-à-dire dans la grandeur, figure et mouvement, mais qu'il faut nécessairement y reconnoistre quelque chose qui aye du rapport aux âmeSy et qu'on appelle communément forme substantielle » ou force y comme dit Leibniz en maint endroit ^. »

Ces dernières lignes de la citation empruntée à Duhem montrent clairement quelle conclusion biologique on veut tirer de la physique des qualités. De la considération des qualités dans la nature physique on conclura au dualisme vital, à la différence essentielle entre Tâme et le corps. Mais ce ne sera là qu'un cercle vicieux; on reviendra simplement à son point de départ, car la notion métaphysique de la force entité est venue de la croyance première à l'existence d'une âme dans l'homme. Ainsi que j'ai essayé de le montrer plus haut (chap. xv), l'introduction de la notion de force provient simplement du remplacement du système mécanique complexe qu'est l'homme, par une divinité hypothétique qui prend à son compte cette action complexe. El celte divinité hypothétique a paru si commode qu'on l'a introduite même dans des systèmes mécaniques oii il n'existait aucun homme, mais où on remplaçait par des hommes certains facteurs plus simples, mais moins familiers à l'homme. Encore a-ton dû renoncer immédiatement à considérer effectivement cette divinité hypothétique ; pour pouvoir introduire son action dans les équations il a fallu lui donner une définition purement mathématique, my, qui

i. Leibniz. Loc. cit., p. 434.

2. P. ÛUHEM. Revue généi^ale des sciences, janvier 1903, p. 7J, 72.

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est susceptible d'addition et de multiplication, alors que l'effort de l'homme ne pouvait être justiciable du langage algébrique. Mais le nom était donné, et Ton a continué de croire que Ton s'occupait réellement des forces, définies par Taclion humaine, alors qu'on avait seulement été conduit à la considération d'une fonction mathématique, m y, commode pour la narration humaine des mouvements.

Il en a été dé même pour les autres qualités; ces qualités définies par les sensations de l'homme, ou, comme nous l'avons vu, par la place qu'occupe la vie de l'homme dans l'activité universelle, il a fallu les abandonner bientôt pour les remplacer par des fonctions mathématiques dont elles avaient seulement, et de plus ou moins loin, donné l'idée. C'est à cette seule condition que « la mécanique nouvelle raisonne des qualités, mais, pour en raisonner avec précision, les figure par des symboles numériques *. » Si c'étaient des qualités au sens où l'entendait la Scolastique, on ne pourrait pas « en raisonner avec précision et les figurer par des symboles numériques ». On ne pourrait pas, surtout, les introduire dans une même équation ainsi que nous y autorisent les principes expérimentaux d'équivalence. Si l'on veut absolument conserver le mot qualité, il faut changer sa signifioation scolastique, de manière qu'il ne soit plus qu'un trompe-l'œil, propre seulement à égarer les philosophes; les qualités ne sont pas inhérentes à la nature, mais aux relations de l'homme avec la nature, elles dépendent des dimensions relatives de la vie humaine, d'une part, et des activités particulières auxquelles elles correspondent, d'autre part. La chaleur est une activité qui, par rapport à la vie humaine, est de la dimension chaleur et voilà tout; mais l'équivalence du travail mécanique et de la chaleur prouve qu'il n'y a pas de différence

i. DuHEH. Revue générale des sciences, 30 avril 1903, p. i29.

Lb Dantec. — Lois. 17

cssenlielle enlrc les mouvements visibles et la chaleur; il n'y a qu'une différence de dimension. Le grand avantage du langage mathématique basé sur les principes d'équivalence est précisément de faire disparaître Thétérogénéité des documents humains, de faire oublier la dimension particulière des phénomènes vitaux du calculateur. C'est ainsi que la mécanique générale est, comme dit Duhem, « fille de Descartes, en ce qu'elle est une mathématique universelle »; mais il ne s'ensuit pas que, comme le veut le môme auteur, elle soit « fille d'Aristote en ce qu'elle est une théorie des qualités ^ », caries qualités entre lesquelles il y a équivalence mécanique, ne sont plus les qualités d'Aristote et des Scolastiques; je le répète, les qualités de la physique moderne dépendent uniquement des relations de l'homme avec la nature. Et c'est là ce qui résulte le plus immédiatement du fait que le canton optique a, petit à petit, recouvert tous les autres cantons, au point que, aujourd'hui, un homme qui pourrait vivre avec le seul sens de la vue serait capable de comprendre toute la science...

Quant à savoir s'il y a dualisme dans les phénomènes vitaux, cela revient à savoir si, dans un homme vivant, la pensée se produit immatériellement, sans correspondre à une dépense d'énergie chimique ou autre; les dualistes le prétendent, mais comme ils n'ont jamais vu une âme penser sans être logée dans un corps et que d'autre part le corps, pour rester vivant, doit consommer des aliments ^> il ne me semble pas que personne soit autorisé à croire que l'homme petise sans dépenser. Pour ma part, quand je pense, je me fatigue, et c'est là un phénomène chimique; je crois donc que la pensée correspond à un phénomène chimique et qu'il y a équivalence entre de la pensée et du travail. Les dualistes le nient, c'est leur affaire;

1. Duhem. Revue géne'rale des sciences, 30 avril 1903, p. 429.

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