‹ Les lois naturellesChapitre 9 sur 98 · INTRODUCTION III · texte numérisé non relu

INTRODUCTION III

lent, le domaine de chaque spécialiste se rétrécit de plus en plus ; chacun se cantonne dans un champ d'investigations de plus en plus restreint et y acquiert une compétence de plus en plus grande. Il y avait des entomologistes du temps de Latreille; aujourd'hui il y a des savants qui s'occupent d'hyménoptères, ou qui limitent même leurs investigations à un groupe choisi parmi les coléoptères. Tous se déclarent fervents adorateurs de la science et le sont en effet, mais pour chacun d'eux la science se compose principalement du pelit domaine dans lequel il exerce son activité.

En affirmant qu' « il n'y a de science que du général » les philosophes mettent, de gaieté de cœur, au ban du royaume scientifique, tous ces spécialistes consciencieux, qui leur répondent d'ailleurs en traitant la philosophie de pur bavardage. Ainsi, même parmi les adorateurs de la nouvelle Idole on ne s'entend pas; il n'y a pas une science, il y a des sciences, comme il y avait autrefois des dieux. Toutes les abstractions sont dangereuses; il serait plus prudent de parler de savants sans leur attribuer une divinité commune.

Il n'est pas indifférent à l'homme de connaître tous les éléments du monde qu'il habite ; l'œuvre des spécialistes qui dressent des catalogues est assez utile en elle-même pour qu'on ne leur demande pas de sortir de leur sphère d'activité et de discuter les questions générales qui, pour quelques-uns, constituent la Science. Ces spécialistes s'adonnent à ce qu'on appelle les sciences descriptives et, en réalité, si Ton y réfléchit bien attentivement, on arrive à cette conviction qu'il n'y a pas d'autre science ! Seulement, outre les résultats acquis par les chercheurs, il y a la langue dans laquelle on les rapporte, dans laquelle surtout on les résume quand on peut, et c'est souvent à la construction de cette langue que Ton réserve le nom de science proprement dite.

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