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Revue universelle, décembre

que des transformations infiniment plus importantes qui s'effectuent en lui au moment môme où nous Tobservons, transformations qui constituent à proprement parler la vie du plant étudie^. En d'autres termes, nous voyons à chaque instant le plant de blé comme s'il était mort.

Il n'en est pas tout à fait de môme pour un animal chez lequel se produisent souvent des mouvements macroscopiques rapides; encore est-il certain que ces mouvements macroscopiques n'ont qu'une importance secondaire au point de vue de l'élude de la vie, quoiqu'ils frappent plus immédiatement l'observateur; de même les vagues de l'océan pendant le mouvement ascendant de la marée. Dans l'animal, comme dans le végétal, s'effectuent à chaque instant des transformations lentes qui constituent, à proprement parler, la vie de l'être étudié. Tenonsnous-en pour le moment au végétal afin d'éviter d'être détourné de l'objet principal de notre recherche, par des phénomènes de moindre importance. Un appareil célèbre nous permettra de remédier à la lenteur défavorable des phénomènes évolutifs et de les rendre plus rapides en apparence chez les êtres observés, que chez l'être observateur. Je veux parler du cinématographe.

Supposons que nous ayons cultivé un plant de blé dans une atmosphère calme et qu'un cinématographe, braqué dessus, ait enregistré de jour eu jour les apparences successives de ce végétal, depuis la germination du grain jusqu'à la floraison, la maturité et la mort; il nous sera facile ensuite de projeter sur un écran, en quelques secondes, l'histoire évolutive totale du plan considéré

Et ce sera un spectacle très frappant et très instructif, car il nous montrera que les formes sont provisoires; l'évolution de la forme nous apparaîtra plus importante que la forme figée à un moment donné. L'augmentation factice de la rapidité des variations morphologiques nous montrera le plant de blé jaillissant de terre comme une

LA FLAMME ET l'ÉTRE VIVANT 263

llanime jaillit par la fente de la bûche dans le foyer, avec cette différence cependant que, son évolution une fois finie, le plant de blé ne disparaîtra pas entièrement comme la tlamme, mais laissera une trace morphologique, son cadavre et ses graines.

Ce n'est pas d'ailleurs la seule différence extérieure qui existe entre la flamme et Fôtre vivant, et il ne sera pas inutile d'étudier attentivement ces différences, car l'analogie qui persiste malgré elles est encore suffisante pour que beaucoup d'expressions du hmgage courant s'appliquent indifféremment aux flammes et aux ôtres. La théorie du phlogistique de Sthal est exactement parallèle à la théorie vitaliste et contient la môme erreur \ Enfin, cette étude comparative aura pour avantage, tout en nous permettant de poser nettement les questions relatives à la vie, de nous empêcher d'oublier jamais le caractère provisoire et successif des formes d'un être vivant depuis sa naissance jusqu'à sa mort, et ce résultat, essentiel pour la compréhension des phénomènes, est très difficile à obtenir parce que, je le répète, l'évolution individuelle des êtres est très lente par rapport aux sensations de l'homme observateur.

La flamme est, dit le dictionnaire de Douillet, « un corps subtil, lumineux, ardent, qui se dégage des substances en ignition et qui est formé par des particules subissant une action chimique énergique ». L'emploi du mot corps est peut-être dangereux à cause de son caractère staiiçKe^ car la flamme n'est qu'une manifestation momentanée de certaines réactions chimiques. Nous ne connaissons, il est vrai, aucun corps qui n'évolue et ne se

1. Voy. Théorie nouvelle de la vie. Introduction, Paris, F. Alcan.

transforme, mais nous considérons comme stables ceux qui se transforment moins vite que nous-mêmes. J'aime mieux néanmoins la définition suivante qui, si elle emprunte des termes au langage géométrique, bénéficie aussi de la précision de ce langage : Une flamme est la figure formée dans Tespace par Fensemble des points où s'accomplissent, au sein d'un mélange de gaz, des réactions capables de produire de la lumière. Avec cette définition, on comprend immédiatement que la flamme est un phénomène dont la morphologie varie à chaque instant avec la disposition relative des gaz actifs; pour continuer le langage mathématique, on peut dire que la figure lumineuse qui constitue la flamme est fonction du temps. L'étude des êtres vivants conduit à accepter pour eux une définition rigoureuse du même ordre et à déclarer que : ranimai est une figure formée dans l'espace par un ensemble de points où s'accomplissent à chaque instant certaines réactions particulières. Il pourra sembler étrange que nous redoutions d'employer pour l'être vivant la dénomination de corps qui a certainement été créée principalement pour lui à une époque où Ton croyait à la statique ! Peu de gens accepteront de n'être qu'une figure fonction du temps, un lieu de points, comme on dit en géométrie. Et cependant il faut bien s'en rendre compte, en appliquant à l'être vivant la dénomination statique de corps, on court le même danger qu'en l'appliquant à la flamme; la seule différence est que l'évolution apparente de la flamme est beaucoup plus rapide que l'évolution apparente de l'individu vivant; encore peut-on, en réglant convenablement le débit des substances combustibles, obtenir des flammes dont l'évolution morphologique apparente, soit presque nulle, comme dans un bec de gaz ou une lampe.

Cette définition géométrique commune met en évidence un caracière commun aux flammes et aux êtres vivants.

celui d'être constitué à chaque instant par des réactions chimiques localisées; la localisation à chaque instant détermine à chaque instant la forme de la flamme ou de i'ôtre vivant; ces deux phénomènes peuvent donc être considérés également comme étant des j'éactions chimiques qui créent des formes^ des réactions morphogènes. Et comme c'est la forme que nous constatons, nous oublions facilement qu'elle n'est qu'un résultat d'un phénomène plus essentiel.

C'est donc surtout à cause de ce caractère commun de réaction morphogène que la flamme a été rapprochée de Têlre vivant par des observateurs superficiels; il est évident, par suite, que tout mouvement morphogèhe, même s'il n'est pas d'origine chimique, pourra être l'objet d'une semblable comparaison; on a, par exemple, comparé la vie à un tourbillon et l'expression « tourbillon vital » est bien souvent employée. Mais c'est surtout de la flamme qu'on a rapproché les êtres vivants; d'une flamme qui s'éteint, on dit ordinairement qu'elle meurt. Nous allons voir d'ailleurs que, de tous les mouvements morphogènes, c'est la flamme qui a, avec la vie*, les rapports les plus étroits. Il y a entre ces deux phénomènes des ressemblances et des différences; étudions-les successivement.

Une flamme à laquelle on fournit des substances combustibles, des ali?nents^^ comme on dit couramment, se propage dans ces substances combustibles et les transforme de proche en proche en une flamme analogue à ellemême et dont la durée est éphémère comme celle de la

1. J'emploie sans cesse cette expression « la vie » parce qu'elle est courante, mais elle n'est pas précise. Il faudrait dire que Ton compare « un être vivant » à une flamme. Parler de la vie d'une manière générale c'est pr-êter le flanc à l'interprétation vitaliste.

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