La science au xx« sièclcy mars
ii. Ou une cellule quelconque, spore, œuf parthénogénélique, etc.
(l'un temps quelconque sera entièrement déterminé si l'on connaît toutes les conditions réalisées autour de lui à chaque instant depuis l'origine jusqu'au moment considéré ; et l'on voit ainsi deux facteurs distincts de l'évolution individuelle : 1° l'œuf, 2" l'ensemble des conditions réalisées autour de lui jusqu'à l'époque où l'on observe Tindividu. On donne le nom d'hérédité h l'ensemble des propriétés de l'œuf; on donne le nom d'éducation à l'ensemble des conditions réalisées pendant le développement ; cela posé il devient évident que l'individu, à un moment quelconque de son existence, est le produit de son hérédité et de son éducation.
La question la plus importante de la biologie est la détermination de Tinfluence relative de ces deux facteurs dans la genèse d'un être vivant, et cependant, au premier abord, il semble que les variations dues à l'éducation doivent être illimitées car il est bien évident qu'un ensemble chimiquement défini comme l'œuf est susceptible des réactions les plus variées en présence des réactifs si nombreux que nous fournit la chimie, et dans les conditions si diverses que la physique nous apprend à réaliser.
Un œuf de poule peut devenir un œuf dur, un œuf poché, une omelette, etc., mais peut aussi devenir un poussin et, si les trois premiers cas intéressent le gastronome, le dernier seul intéresse le biologiste. En d'autres termes, nous ne parlerons d'hérédité et d'éducation que tant que l'individu observé sera vivant, et si nous avons pris cette décision, nous n'aurons plus le droit de laisser à l'éducation une indétermination totale ; les conditions ambiantes devront être choisies toujours de manière à ce que l'individu observé reste vivant; autrement, ce qui se passera ne nous intéressera plus. Mais qu'est-ce qui limitera le champ de l'éducation permise? Ce sera la nature de l'individu étudié, les besoins spéciaux de son espèce,
son hérédité en un mot. Il est évident, par exemple, que réJucation d'un hareng sera différente de celle d'un ténia ou d'une algue barégine. Là où Tune de ces trois espèces vit et prospère, les deux autres périraient infailliblement. En d'autres termes, il y a, entre Thérédité d'un être et son éducation sous peine de mort, des relations que Ton peut comparer aux équations de liaison de Lagrange. Il est d'ailleurs à prévoir que ces relations se modifieront avec l'âge de l'individu, parallèlement aux modifications que son organisme aura subies, jusqu'au moment considéré, sous l'influence de l'éducation des âges passés ; ainsi le poussin sort de sa coque, l'enfant de l'utérus maternel, la grenouille de l'étang où elle a vécu têtard ; voilà trois changements considérables dans les conditions de vie. Les nécessités de l'éducation à un moment donné sont guidées par l'état actuel de l'individu lequel résulte lui-môme de l'hérédité et des éducations passées.
Mais si l'éducation ne peut être, sous peine de mort, complètement indéterminée, elle n'est pas pour cela non plus entièrement déterminée. A chaque moment de l'existence, les conditions ambiantes devront être comprises entre certaines limites, en d'autres termes, elles seront assujetties à vérifier certaines inégalités et non des équations précises proprement dites. La température, par exemple, devra être inférieure à un certain maximum et supérieure à un certain minimum, pour une espèce donnée, mais, en aucun cas, cette nécessite ne se traduit par une égalité précise ; il y a toujours plus ou moins de marge. Sans cela l'hérédité fixerait complètement à l'avance l'éducation possible et l'on pourrait affirmer que l'être est entièrement déterminé par son hérédité. Mais il suffit de réfléchir un instant pour s'apercevoir que, dans ce cas, aucun être ne pourrait rester vivant dans le monde que nous habitons.
Ainsi donc l'hérédité introduit certaines entraves dans la liberté de l'éducation, mais l'éducation conserve cependant, dans toutes les espèces, une indépendance plus ou moins considérable et il s'agit de savoir quel est le degré d'indétermination qui en résulte pour un individu d'hérédité donnée. Cette question est capitale en sociologie; elle revient à se demander dans quelle mesure on peut corriger par une éducation savamment combinée une hérédité provenant de parents atteints d'une tare physique ou mentale. Les avis sont partagés sur ce sujet et je n'ai pas la prétention de discuter, dans ce chapitre, tous les côtés du problème ; je voudrais seulement indiquer les conclusions que Ton peut tirer, dans cet ordre d'idées, des expériences de mutilation.
Chassez le naturel il revient au galop, dit le proverbe ; je me souviens qu'un de mes voisins éleva jadis un jeune renard, et que l'animal, nourri dans l'abondance et n'ayant jamais faim, se conduisit pendant huit mois comme un petit saint, jusqu'à ce qu'enfin, un jour, il étranglât toutes les poules du quartier; son hérédité de renard avait fini par l'emporter, malgré tout, sur son éducation de chien. Beaucoup d'expériences de mutilation, surtout celles qui ont été exécutées sur de jeunes animaux nous donneront un résultat analogue, du moins quant à la forme du corps qui est le seul caractère dont nous devions nous occuper ici; mais la psychologie n'est-elle pas une conséquence de la morphologie du cerveau ?