‹ Les loisirs d'un banniChapitre 16 sur 65 · SALMIGONDIS · texte numérisé non relu

SALMIGONDIS

— Quand on emploie absolument le pronom celui, il faut bien prendre garde qu'it ne soit précédé d'un substantif; car dès- lors il prend un sens relatif, et exprime tout autre chose que ce qu'on a voulu dire. Un écrivain recommandable par l'élégance et la

(93) correction de son style, IM. de Fonlanes , est une fois tombé dans cette faute. « le monstre de Vanarcliie , disait-il en s'adr(,'ssant à Napoléon , a été terrasse' par celvi qui nous gouverne. » Celui , Vu la manière dont il est placé , veut dire ici grammaticalement le monsti'e , et fait, d'un compliment, une assez singulière épigramme. Telle n'était pourtant pas l'intention de M. de Fontanes. On n'en saurait douter , quand on se rappelle cette autre phrase d'un discours qu'il prononça au sujet de l'inauguration de la statue <le Napoléon , dans le local du Corps-Législatif, le jour même où le panégyrique de cet empereur y fut improvisé par M. le comte de Vaublanc. Napoléon na pris la place de personne^ s'écria M. de Fontanes; il na dé" trôné que l' anarcliie .

M. de Fontanes n'a rien dit de plus beau^ et a dit cette fois ce qu'il voulait dire.

Il en est des avantages de l'esprit comme de ceux de la figure, ce sont les défauts naturels qu'il faut avoir l'adresse de se faire pardonner.

— Un gentilhomme avait besoin de faire des preuves qui remontassent à une époque très-reculée. Il s'agissait de faire entrer un

(94) tie SCS fils clans je ne sais quel chapitre, où l'on exigeait bien plus de noblesse qu'il n'en fallait pour monter dans les caresses du roi. Les titres manquaient a noire homme pour quelques degrés. A défeut de parchemins, lui dit le généalogisle^ ne pourrions-nous pas nous appujer sur quelque fait historique ? Cherchez bien dans voire mémoire, ne vous rappelez-vous pas quelque trait d'où il résulte qu'un de vos ancêtres aurait élé publiquement traité en noble, antérieurement à l'époque où les titres vous font défaut? Attendez! dit le gentilhomme, en i35o, un homme de mon nom mourut de mort noble. Convaincu du crime de haute trahison, et condamné à mort comme ses complices qii furent pendus, ilfut décapité. — Excellenl! dit le généalogiste. Vous pouvez prétendre à tout avec un titre pareil. Prouvez la filiation et il n'y a personne de plus noble que vous en France.

— Le comte de Périgord ^ c'était Archambaud de Talleyrand , tourmentant le pays avec le secours des Anj:;|lais, dont il s était cilié, et spécialement la ville de Périgueux qui appartenait au roi, fut forcé dans son château de Monlaiguac , amené en parle-

(95) ment et condamnd à mort. Le roi lui fit grâce de la vie , mais donna sa confiscation au duc d'Orléans (i). >> Ces faits ne sont pas d'hier; ils datent de iSqS. Il en résulte que l 'illnstraiion du nom de Talleyrand n'est pas neuve. ' i , >

' *— Rien de plus fidèle que les SuiëseS ^i disait M. de Bonald. Les rois ne peuvent s'en fier qu'à eux. Ces républicains Sont pour les rois ce qu'étaient les oies pour les Romains. — J'entends , répliqua quelqu'un.

Des oies étaient les .... du Capiiole , et

U des Tuileries.

— Pope était petit et contrefait. Son jurement d'habitude était : Dieu me corrige ! Dieu vous corrige , s'écria un cocher de place, avec lequel il s'était servi de celte expression j iZ aurait moitié moins de peine à en faire un tout neuf. i >» ^ '

— c- On ne fait pas mieux les vers quev M. Baour de Lormian ; mais il lui est arrivé quelquefois , comme à tant d'autres , de revêtir des. charmes de la poésie des idées fausses, et de se voir applaudi dans ses fautes mêmes par le parterre j qui sent plus qu'il

(i) Voyez V Abrégé Chronologique de Mézcrai ^ t. 5 > p. 6^9.

( 96 ) ne réfléchit. De tous les vers de la tragédie

d' Oniasis , le plus applaudi était celui-ci ;

l-*àge de SCS aïeux touche au berceau du monde.

Par ce vers emphatique, le poète voulait établir que le fils des patriarches ne le cédait pas pour rantiquité de sa race aux grands de la cour de Pharaon^ lesquels se prétendaiçnt issus des demi-dieux. L'on publia les vers suivans :

Est-il rien de plus sot , est-il rien de plus vil , , Quctoùs vos demi-dieu\ del'Euphrate et du Nil? Mais sa noblesse à lui n'est pas une chimère j Savez-vous qu'il descend de notre premier père ?

M. de Lormian sentit la justesse delà critique , et loin de s'en fâcher , il substitua au vers applaudi un vers qui mérite de l'être.

— En 1645, Philipper' îî' étant venu a Bruxelles voir Charles - Quint ^ son père , les boureuemestres lui donnèrent la féie dont suit la relation. Elle est tirée d'un livre intitulé : Représentations en musique ^ parlè^ père Méncstrier, dont nous conservons scru'puleusemcnt le texte : « Le diixianche , dans l'octave de l'Ascension , pour la célébrité d'une image miraculeuse do la sainte Vierge, (jui est conservée dans une église que l'ou

(97) nomme du Sablon. » Après avoir décrit les croix et les bannières , et fait Fénuméralion des prêtres et des religieux qui faisaient partie de la procession , « on vit paraître , dit-il , plusieurs chars de triomphe , sur lesquelsétaientreprésenlés les principaux mystères de la vie de noire Seigneur et de la sainte Vierge. Celte pompe mystérieuse commença parla figure d'un diable en forme d'un puissant taureau, qui jetait du feu par les cornes, entre lesquels un autre était assis , et l'un et l'autre étaient conduits par un enfant vêtu en loup , monté sur un courtaud, vêtu d'armes luisantes, avec Tépée et la balance en mains. Sur le pas de cet Archange marchait un cliarriut chargé de la musique la plus sonore et la plus mélodieuse qu'on eijt jamais entendue. C'était un ours assis qui touchait un orgue , non pas composé de tuyaux , comme les autres, mais d'une vingtaine de chats enfermés séparément dans des caisses étroites , où ils ne pouvaient se remuer: leurs queues sortaient en haut par des trous faits exprès, et étaient liées à des cordes attachées au registre de Torgue, dont, à mesure que Tours pressait les touches ^ il faisait lever ces cordes ;, et tirait les queues il. 7

(98) des chats pour les faire miauler et former les tons de basse, de taille et de dessus, selon la nature des airs que l'on voulait chanter, avec tant de proportion que cette musique de chats ne faisait pas un faux ton.

M Au son de cet orgue si bien conduit , dansaient des singes , des ours , des loups , des cerfs et d'autres animaux , autour d'une grande cage, sur un théâtre porté sur un char tiré par des clievaux. Dans cette cage, autour de laquelle dansaient ces animaux, étaient deux singes qui jouaient de la cornemuse , au son de laquelle des enfans changés en bêtes dansaient, pour représenter la fable de Circé qui changea les compagnons d'Ulysse en pourceaux. En un mot , afin qu'il ne manquât rien à cette cérémonie , les reliques des saints étaient portées après , et Ton entendait les chants graves de l'église après avoir ouï les concerts de musique. »

Cette fête innocente que Philippe vit du balcon de THôtel-de- Ville , ne lui déplut pas ; mais il se fût bien agrément diverti, si on l'eût régalé d'un auto-da-fé.

— Quand le pape actuellement régnant vint à Paris, l'empressement à le voir fut grand; mais le nombre des curieux, dans la

(99) foule qui se pressait surles pas de Sa Sainteté, était plus considérable peut-être que celui des fidèles. On lui faisait des complimens , il y répondait par des bénédictions. A chacun sa monnaie. Personne ici ne demeurait en reste. Le pape était même en avance peutêtre; car au compliment qu'un seul lui faisait, il ripostait par des bénédictions qu'il répandait sur tous. Tout le monde de s'incliner alors sous la main du Saint-Père , les uns par croyance , les autres par courtoisie. Une fois, cependant, un homme à la figure . sinistre , au regard farouche , au teint bilieux, non-seulement ne s'inclina pas, mais il regarda avec des yeux courroucés le patriarche qui le bénissait : Pardonnez-moi , monsieur , lui dit Pie VII qui s'aperçut de sa mauvaise humeur , pardonnez-moi ; la bénédiction d'iiTi vieillard ne fait jamais de mal.

— A une des époques les plus dangereuses delà révolution , une des dames les plus spirituelles qui soient en France, passant en Angleterre, lit connaissance, pendant la traversée, avec une femme qui lui était tout-à-fait inférieure et de rang et d'esprit, et ne s'en était pas moins mise avec elle sur le pied de la plus grande familiarité. Ma chère amie

lui dit celle-ci , quand on fut près d^ débarquer, l'espionnage est à craindre ici, il faut changer de noms , il faut en prendre qui ne soient pas connus. Ma chère amie , lui répondit la dame , prenez celui qui vous plaira; quanta moi, mon affaire est toute trouvée, je prends le vôtre.

— Il n'est question depuis quelques jours, dans toutes les feuilles, que de l'enfant voué nu blanc. Si deux journaux philosophiques nous ont scandalisés à ce sujet par leur ignorance , en revanche l'érudilion de la Quotidienne et du Journal des Débats nous a suffisamment édifiés. Le petit garçon , ou le petit monsieur, car il va en carrosse , qui donne lieu à ces discussions , n'estpasen etfet le premier individuqui, en conséquence du vœu d'aiitrui , n'ait pas la liberté de choisir. la couleur de son habit. On racontait l'autre jour, à ce sujet, l'anecdote suivante : Une femme réchappée d'une maladie grave , dit à son mari (pà lui en témoignait sa joie et criait au miracle.: C'est un miracle en effet, et je ne l'ai obtenu qu'en flusant un vœu que vous voudrez bien acquitter , j'espère — Volontiers , ma chère amie, qu'est-ce que ce vœu? — Une bagatelle. — Mais encore? — Jo

( lOI )

vous ai voué au blanc. — Moi? — Vous.

— Allons , vous n'y pensez pas ! — Si , mon ami, j'j pense , et je suis certaine que vous ne vous ferez pas prier^ car ce serait vouloir mamortquedemanquerde paroleà labonne Vierge; et elle se mit à pleurer. •— Calmetoi , dit le mari , dès demain je prendrai le blanc j et le porterai tant qu'il te plaira. Le lendemain, en effet, quand monsieur vint savoir\les nouvelles de madame, il était vêtu de blanc depuis les pieds jusqu'à la tête. Rien sur lui qui ne fût blanc , les souliers et le chapeau y compris. Je ne quitte plus cet habit , dit-il en entrant. Or , il élait vêtu en Gilles. Madame, qui savait avoir affaire à un homme de caractère, le releva de son vœu. — Napoléon consultait le couseil-d'état sur les armoiries qu'il convenait de donner à l'empire français. Quelqu'un proposa le lion , de ia gueule duquel sortent des abeilles ; /o/re et douceur serait la devise. Cela n'est pas mal , dit Napoléon ; mais le lion marche à quatre pattes , cherchons parmi les oiseaux un emblème plus noble. Le co({ , s'écrie aussitôt un conseiller, est le symbole du courage et de la vigilance ; comme le Français , dont il porte le nom , il est gai , même

( 102 ) en amour. Soit , dit l'empereur ; mais il vit sur le fumier et les renards le mangent. Prenons l'aigle.

— Les gentilshommes ont prétendu longtemps que le gibier était fait pour eux seuls. Les moines ont eu aussi la même prétention. K Si les perdreaux, les faisans j les ortolans pouvaient parler, disait un bernardin en chaire, ils s'écrieraient: Serviteurs de Dieu, soyons mangés par vous, afin que notre substance s'incorpore à la vôtre ^ ressuscite un jour avec vous dans la gloire , et n'aille pas en enfer avec celle des impies. »

— Un juge de village en Basse-Bretagne , nomméKerlotin, envoie chercher un témoin par un huissier: le témoin buvait au cabaret^ l'huissier reste à boire avec lui; Kerlotin dépêche un second huissier qui reste à boire avec eux. Il y va lui-même; il boit et s'enivre, et le procès n'est pas jugé.

ÉPIGRAMME

La Roquette en son temps , Périgord dans le nôtre , Furent tous deux prélats d'Autiiii.

Tartuffe est le portrait de l'un.

Ah ! si Molière eût connu l'autre !

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