II
«f vit-il à l'un de ses neveux , Vimportant ce est d'avoir l'estomac plein et les pieds ce chauds. ^:> Lorsqu'on a payé par les sacrifices qu'il a dû faire de pareilles jouissances , il est probable qu'on n'a clé ni un bon chrétien, ni un bon musulman. Néanmoins , Bonneval qui pour Rome n'est qu'un apostat , est un coiiçerti pour Constaniinople , où nous ne sommes nous autres que des infidèles.
Renégat , apostat, se disaient aussi d'un moine, d'un [irêtre qui désertait le cloître , ou se parjurait par des actes interdits au caractère monacal ou sacerdotal.
Henri IVj qui riait de tout, quoiqu'il n'ait pas toujours eu sujet de rire , étant un jour au balcon avec le maréchal de Joyeuse, et remarquant que le peuple les regardait avec curiosité, dit assez gaîment : ce Mon cousin , 35 ces gens-ci me paraissent fort aises de voir » ensemble un apostat et un renégat. » Ce Joyeuse-là était frère Ange, si connu par ces vers de la Henriade :
Ce fat lui cjuo Paris vit passer tour à tour
Dm siècle au fond du cloître , et du cloître à la cour ;
Vicieux, pénitent, courtisan , «olitaire,
il prit , rjuilla , reprit la cuirasse et la îiaire.
Frère Chabot (i), le cnpucin,clomGalIais, le Lénédiclin, et sa i^iandeur moïïseii^neur l'evéque trAuUui , ont tait bénir leur mariage à l'autel même où naguères ils béuissaient celui
(i) I! est né en 17^9 à Sainl-Geniez, dans leRotiergne. François Cliabot était fils du cuisinier du colléi;e de Rhodes , et y fit ses études : il avait un esprit vif et naturel et une imagination Irès-ardenlc. Après avoir été capucin, puis grand vicaire de l'évêque de Blois , il se maria à une Autrichienne nommée Léopoldine Frey, de Briinn en Moravie. Chabot fut un des plus ibrcénés terroristes de la révolution, et un des hommes qui contribuèrent le plus à la chute totale du trône des Bourbons en 1792. Chabot cependant fut arrêté comme accusé de vouloir s'enrichir sur des effets de l'ancienne compagnie des Indes, en falsifiant une loi rendue à cet égard , et fut mis au cachot de la prison du Luxembourg. Malgré les. suppliques qu'il adressa vainement n Roberspierre , et voyant qu'il n'y avait auQUfl.espoir de se sauver, il résolut de s'arr.acher la vi^: apssi demauda-t-il du poison à sa femme, qui vint à bout de lui en faire parvenir. Il l'avala courageusenientî mais, sentant ses entrailles déchirées, il poussa des hurlemens si affreux, qu'il mit toute la prison dans une alternative effroyable 5 mais les prisonniers se rassurèrent en apprenant le motif du bruit. Ce fut le
d'aulrui. Ce sont de véiilcàAes'apostatSf encore fjiio deux d'enti 'eux aient fait bon ménage.
Ces noms de renégat j d'apostat, s'appliquent par extension , comme dit le Dictionnaire de V Acaclémie (i) ^ aux personnes qui violent certains engagemens d'honneur 5 et cela est juste, car l'honneur est aussi une religion: et, dans cette acception^ que de rejîégats j que d'apostats ^ surtout en politique !
Il y aurait cependant injustice à donner celte ignominieuse dénomination à l'homme de bonne foi qui , éclairé par les lumières de la raison, se serait détaché d'un parti devenu odieux par sa déviation de tout principe honnête. On ne doit voir en lui qu'un homme fidèle à l'honneur et à la probité auxquels les hommes , dont il se sépare, ont seuls fait infidélité. Ce
docteur Saiffert qui lui fit prendre un contre-poison et put lui prolonger la vie pour aller la jjerdre sur un échafaud trois jours après. Il mourut donc le 5 avril 179'i, Agé de 35 ans. A. L
(1) C'est i\ tort que M. Arnaiilt fait cette citation , elle n'existe pas dans ce dictionnaire. A. I.
n'était pas un apostat , que ce courageux conventionnel qui, disant : Je suis las de ma part de tyrannie , abjura des intérêts de parti pour ne pas traliir ceux de la liberté.
Mais c'est bien un re/zegr^^, c'est bien un apostat y que ce déserteur infatigable de tout parti malheureux j que ce courtisan de la forlune qui , fidèle à elle seule , toujours prêt à trahir ceux qu'il sert, se vendant sans cesse et ne se livrant jamais, trouve dans chaque révolution , une occasion d'avancement , et * compte par le nombre des malheurs publics , celui de ses perfidies et de ses propérilés.
Que je vous plains, hommes droits et fermes , qui avez persisté dans l'une des innombrables opinions reniées par cet apostat! Que n'avez-vous pas à redouter d'un acharnement entretenu par les passions , par les calculs d'iui traître, qui croit se montrer d'autant plus fidèle au parti auquel il se prête , qu'il se montre plus perfide envers le parti auquel il se rend ! Chacun de vous n'est-il pas coupable du plr.s grand des crimes à ses yeux. Celui de ne pouvoir s'offrir à lui sans le faire rougir de ce <pi'il était et de ce qu'il est j celui d'(;f[rir sans cesse
à sa conscience, un accusateur , un juge , un bourreau !
Il est rare qu'un apostat ne soit pas un persécuteur. Rien de plus cruel que ces misérables en politique, comme en religion! le secret de leur haine est dévoilé tout entier , dansées vers A^ A thalie, oùAbner dit en parlant de Malhan :
Ce temple rimportime , et son impiété, Voudrait anéantir le Dieu qu'il a quitte.
Que si V apostat sim[>le est si fort à redouter , que ne faut-il pas craindre de Vapostat complexe ? de l'homme qui , ayant été revélu de tous les caractères , se serait signalé par toutes les apostasies 5 qui ^ noble, prêtre, philosophe, républicain , impériahste j reniant la noblesse, le sacerdoce , la philosophie , la république et l'empire, aurait trahi tous les partis, servi toutes les tyrannies , souscrit toutes les proscriptions, déshonoré tous les honneurs, et profané tous les sacremens, excepté l'exlrémeonction , que Dieu veuille bientôt lui permettre de profaner aussi ?
Un pareil ^hommc , dira - on , u'exisle
pas. Il existe j et pour le trouver , il n'est pas besoin d'aller à Rome. Point de pardon pour un apostat de celle espèce. Au défaut des lois^ c'est à l'opinion à en faire justice.
Tous les apostats ne doivent cependant pas être traités avec cette sévérité j ne refusons pas notre pitié à ces bonnes gens qui, pour être toujours honnêtes, n'ont besoin que d'être braves j et qui professeraient toujours les mêmes principes , s'ils ne disaient jamais que ce qu'ils pensent. Ces bonnes gens ont fins toutes les couleurs, ont parlé tous les langages, ont sacrifié à toutes les idoles. Mais toutes ces démonstrations prouvent qu'ds ne sacrifiaient qu'à une divinité, que les Romains encensaient aussi , la Peur : et puisqu'ils ne lui ont sacrifié qu'eux-mêmes , ils ne sont pas plus coupables que ces dévots qui immolaient un poulet à Esculape , ou un verrat ( i ) à Hercule. J.\ n^y a pas là mort d'homme. Rions donc de ces inuocens apostats.
Rions aussi de ces autres apostats plus ma-
(0 Un verrat est un pourceau qui n'est point cliiltré,
lins peul-èlre,mais non pendables pourtant, qui ne changeaient d'opinion tous les quinze jours, qu'en conséquence de spéculations excusaLles dans un homme qui veut faire la fortune de sa famille , ou la sienne. Leur portrait me semble assez heureusement tracé dans les quatre vers qu^on va lire , espèce de parodie de quatre vers qu'on a lus :
Au gré de l'intërêt , passant du blanc au noir , Le matin royaliste et jacobin le soir , Ce qu'il blâmait hier, demain pr<5t à l'absoudre , 11 prit, vjuitta , reprit la perruque et la poudre.