‹ Les loisirs d'un banniChapitre 48 sur 65 · II · texte numérisé non relu

II

D'abord je vis un hibou assis sur le siège du président , el qui, de temps en temps , jetait des cris à faire fuir l'auditoire. Un corbeau , un geai , un serin et un sansonnet étaient les quatre autres juges. Le procureur du roi était uu petit cochon de lait qui, à chaque instant, ne faisait que grogner; les huissiers étaient des loups, quoique plus féroces de leur naturel que les autres animaux en -place , ils paraissaient se plier facilement aux volontés de messieurs les juges et de messieurs les avocats. Les avocats étaient des dindons; enfin , tout était en place comme chez nous. Le perroquet convaincu du crime fut condamné à être déplumé , el la séance fut levée.

Rien de plus risible à voir que le moment où le président et les juges prirent leurs volées; mais aussi rien de plus ennuyeux à entendre que les avocats dindons sortant du palais ; on eût dit absolument messieurs les quarante à la sortie de leur grande maison , et se disputant sur l'heure du dîner : c'est à qui parlera le plus haut pour vouloir persuader qu'il a raison ; en cela jeconnaisbeaucoupd'hommes qui sont comme les dindons, et qui pourtant ne sont pas académiciens.

En quittant le palais de justice , mon singe me fît prendre un chemin plus agréable que le premier ; il était couvert de fleurs : au bout seulement était un précipice j mais u^pe barrière en or en défendait Tapprocbe. Au bout du chemin, en tournant à gauche, je me trouvai vis à- vis un superbe palais. Les colonnes étaient en cristal , ainsi que les marches ; le plafond était en diamans , et le parquet en or massif. On y voyait partout des statues en porphyre et en marbre blanc. L'accès de ce palais était défendu à tous les habitans; un chien , semblable au chien Cerbère , en défendait l'entrée j mais lorsque des affaires vous conduisaient dans ce palais , en donnant quelques gibiers à monsieur le suisse, vous pouviez y être admis. Il paraît que les suisses ont toujours été dans tous les pays. Ce palais était la maison des ministres ^du royaume ; derrière ce bâtiment se trouvaient les bureaux du ministère, et les écuries.

En ma qualité d'étranger , je fus introduit dans les salons j là , je vis des animaux de toutes espèces , qui se faisaient beaucoup de salutations et de complimens , et qui ne pensaient point ce qu'ils disaientj vous eussiez dit

( 324 ) être dans l'anlichanibre d'un archevêque , où se trouvaient réunis beaucoup de bous ecclésiastiques , rendant visite à Monseigneur. Introduit dans l'appartement où était Son Excellence j^e vis un gros cochon auprès d'une truie qui paraissait lui faire les yeux doux ; mon approche la fit rougir. Plus loin , et à une distance respectueuse, étaient beaucoup de serpens qui rampaient , sans oser approcher. Son Excellence m'ayant examiné , me fit demander, par son interprète, qui j'étais, d'où je venais , et ce que je voulais? Mes réponses le satisfirent: après en avoir pris congé, je sortis du palais pour visiter les bureaux j mais je m'aperçus que les colonnes et les marches étaient si ternes , qu'à peine si l'on distinguait de quel métal elles pouvaient être. — « Que » cela ne vous surprenne pas , me dit mon » guide qui s'aperçut de mou étonnemenl ! » ceci arrive chaque fois que la Vérité veut 53 pénétrer ici ; mais on a grand soin de l'en 55 tenir éloignée : il me paraît que, par extraor- 55 dinaire , elle a voulu avoir accès auprès de yy Son Excellence. 55

Nous arrivâmes dans les bureaux ; d'abord , je distinguai un nombre prodigieux d'employés ; les uns dormaient , d'autres lisaient

les gazelles} ceux-ci regaidaienl à chaque miiiule à leur montre, et trouvaient que le temps s'écoulait lentement j ceux-là, voulant grimper Pégase, faisaient des chansons pas toul-àfait aussi spirituelles que celles du directeurauteur-omnipolent Désaugiers, mais moins plates que celles de l'auteur de Manon-LescaïU. On me présenta au chef de bureau, qu'on me dit être un personnage illustre : c'était un paon qui paraissait avoir eu un beau plumage , à ce que je pus juger ; car l'animal étant dans la mue, il ne lui restait presque plus de plumes. Ce qui me surprit extrêmement , ce fut de voir un chef de bureau aussi honnête ; il était aifable et point orgueilleux : qualités rares dans un paon , et dans un paon qui a viedli sous le harnais. On m'assura même que cet animal était noble de l'ancienne dyn astie: ce quim'élonna encore bien davantage ', cependant , comme dit le Normand : Il y a de braves gens partout. Le sous-chef de ce bureau était une giraffe qui eut l'air de me regarder de sa hauteur; mais , apercevant que son chef m'honorait de quelque amitié , elle me fit , à son tour , plus d'amitié que son chef : ainsi va le monde. Les autres employés étaient des pou- Icls-dindes et des oies j parmi eux , cependant,

se trouvaient quelques corbeaux , oiseaux carnassiers , et un aigle qui les faisait trembler , comme étant le premier des employés , et en même temps le plus fort.

En me promenant dans cette galerie, j'examinai la figure de ces employés , et je ne pus m'empêcher de rire en voyant un dindon qui avait la vue extrêmement faible, mettre des lunettes qui coûtaient fort cher à l'honnête marchand qui désirait se faire adjuger un marché , et qui en avait fait le cadeau au dindon employé, ou à l'employé dindon. L'air de prétention avec lequel il mit ses lunettes , me fit partir d'un éclat de rire. Tou||ples employés levèrent la tête , pour voir celui qui osait rire dans un endroit ou on ne rit jamais , si ce n'est aux dépens de celui que Ton trompe. Ce mouvemenlsponlané me riLencorerire^avec beaucoup plus de force 5 et un chien , comme M. Malte- Brun a pu en amener un de son pays , c'està-dire , un danois , vint d'un ton fort malhonnête m'inviter au silence j ou l'aurait pris pour un des suisses de Noire - Dame ou de Saint-Roch.

Vers le milieu de la salle, je fus arrêté par \in spectacle aussi gai , et qui me divcriit

davantage. Je vis arriver , et prendre place à un bureau qui était vacant , un vieux lapin de garenne , ne pouvant à peine marcher , et se soutenant même avec une béquille : il sortait d'avoir la goutte. Quand il se fut assis, avec les cérémonies d'usage , c'est-à-dire , qu'il eut tourné et retourné vingt fois le coussin qui est d ssus sa chaise , coussin qui empêche d'attraper des durillons, il ôta une énorme perruque , et me laissa voir la têie la plus dégoûtante qui ait jamais existé sous la calotte d'un frère De même que son cher collègue , il s'appliqua , sur le nez , une énorme paire de lunettes , prit une prise de tabac, et, d'un ton sérieux à faire rire M. Melly-Jauin , autant que sa tragédie a pu nous faire rire , il demanda le journal. Un barbet , faisant les fonctions de garçon de bureau , le lui apporta. Je m'inforiuai quel était ce journal : mon singe me répondit qu'il était rédigé par des chats de toutes couleurs , et que dedans on y retrouvait l'esprit de wowyt Drapeau-Blanc , la justice de nos Débats y et le verbiage de notre Gazette. Lorsqu'U eut terminé son journal , il s'informa s'il était quatre heures. ( Dans ce pays, ces animaux employés, sont de même que ceux de Paris : quatre heures sonnent, et

( 328 ) la plume tombent des mains, souvent même le mot n'est pas achevé d'écrire. ) Ayant appris qu'il s'en manquait environ d'une heure , il bâilla , prit sa tabatière , frappa dessus avec ses doigts , prit ensuite deux ou trois lettres qu'on avait déposées sur son bureau , et lut.

La figure de cet animal était tellement risible , que je ne pouvais me lasser de le regarder j le sang - froid avec lequel il lisait ces lettres réchauffa ma bonne humeur, et j'allais encore éclater de rire , lorsque tout à coup je le vis défaillir : pâle et tremblant , il pose la lettre devant lui , et paraît respirer des sels qui étaient vraisemblablement des Quatre - Voleurs. J'en fis la remarque à mon conducteur : sa situation me fit peine. — Oh! que cela ne vous étonne point, me dit-il! ici les employés sont sujets aux vapeurs. — « Bon , mais il n'est 33 pas question ici de vapeurs : voyez ce bon 55 individu comme il est blême. 33 Le barbet , garçon de bureau , comme je l'ai déjà dit , s'approcha de lui, et du ton le plus respectueux, lui demanda ce qu'il éprouvait. Alors, je m'avançai vers eux , afin d'entendre leur conversation , qui fiit un peu moins gaie que celle de M. le chevalier de M*** , lorsqu'il

( 329 ) dîne chez ses amis , el qu'il a bu largement et longuement le vin de Champagne.

— ce C'est une chose affreuse, disait le vieux 33 lapin : Quoi ! après trente ans d'un service » aussi aciif et aussi fatigant , me mettre à la » retraite î Voilà le monde maintenant j il ne

>3 sait pas reconnaître les bons services Je

33 l'ai tou)Ours dit : ce ministre ne sait pas 33 gouverner , et notre régent n'entend rien 3> aux affaires!... — Il me semble, lui re- 33 partit le garçon barbet , que ce n'est pas 33 là ce que vous disiez dans vos ouvrages j car 33 je les ai lus vos ouvrages. — Il est vrai , ré- 33 pondit le réformé; mais dans ce temps j'étais 33 en place. — Cependant , je croyais , reprit le » pauvre barbet , interdit d'un semblable lan-

3, gage, que — Tous croyez mal , mon

33 ami ; au surplus, demandez à 33 11 lui

chuchota à l'oreille , et je ne pus entendre ce qu'il lui -disait j je pense bien cependant qu'il ne parlait pas de MM. de Châ.... , de Bo.... ,

de Mal , etc. , etc. , etc. , et encore moins

de l'ancien souffleur de Nicolet.

Un instant après, je vis le barbet lui tourner le dos et hausser les épaules ; en vain notre employé le rappela.— «Croyez- vous ^ lui dit le

» garçon , avec humeur , que je ne doive pen-

» ser qu'à vous ? » et il sortit. Cette petite conversation me donna beaucoup à réfléchir :

« Les hommes sont ainsi , me disais-je , ils

» vous encensent lorsque vous êtes au faîte

71 des grandeurs , et vous méprisent lorsque la

» fortune nous a tourné le dos. »

Après avoir traversé toutes les salles du ministère , où je vis régner la même fainéantise que dans certains bureaux voisins du quai Voltaire j nous quittâmes cet endroit j à peine étions-nous sur la place, que nous entendîmes au moins une trentaine d'ànes braire : ils étaient tous couverts d'un manteau noir. Rien de plus désagréable à entendre qu'un concert semblable : j'aurais presqu'autant désiré entendre une ouverture exécutée par les musiciens du Théâtre Français , ou , qui pis est encore, par ceux de rOdéon.

A plusieurs reprises , ils se firent entendre : je fus , à plusieurs reprises aussi , forcé de me boucher les oreilles. Mon Mentor me dit que cette procession était faite par les prêtres de la Métropole , et que tous les ans c'étaiè la coutume d'aller ainsi , en chantant au mont^^zuiiin , adorer l'Etre - Suprême ; leur musique

étant par irop désagréable, je ne pus satisfaire ma curiosité en les suivant : mou conducteur m'assura que je n'y perdais pas.

Une maison de fort peu d'apparence s'offrit à ma vue j je demandai à mon singe ce qu'elle renfermait, car elle ressemblait parfaitement à un cloître habité par de jeunes novices , ou à une prison. «C'est, me dit-il, la maison 35 d'arrêt de la ville.» En disant cela, il se présenta aux portes, et elles lui furent ouvertes à l'instant. Nous entrâmes et fûmes reçus, par le geôlier , d'une manière fort civile. Ce n'était poiut là un de ses habitans de prisons qui, comme j'en ai vu, sont l'effroi des pauvres prisonniers qu'ils ont sous levirs dominalions ; au contraire , ce geôlier, loin de s'enrichir aux dépens des malheureux , s'appauvrissait chaque jour en les soulageant : il était aimé , chéri , et ne voulait, sous ses ordres , que des animaux qui traitassent leurs semblables avec tous les égards dûs au malheur. J'oubliais de dire que ce geôlier était un mouton, qui, possédant une irès-bellt: fourrure, moutrait que, ujalgré son extrême bonté, on ne lui mangeait pas la laine sur le dos.

Je déplorais le sort de mes concitoyens malheureux, qu'une inimitié de ministre ou de quelques grands retenait sous les verroux, ce Quand, me dis- je à l'instant, verra-t-on chez les hommes , soit-disant sages , ce qui se passe ici chez les bètes? et je soupirais !....»

Mon conducteur, qui paraissait être grand ami avec cet animal, obtint facilement la permission de me montrer l'intérieur de ce bâtiment. Il était divisé en deux pavillons séparés par une grande et vaste cour , où les prisonniers avaient la jouissance de se promener.

ce Le premier pavillon à droite, me dit le » singe, ne renferme que des malfaiteurs, » presque tous animaux voraces j aussi sont- 3> ils gardés soigneusement. Le second pavil- 3ï Ion, que. vous voyez-là, me montrant celui 3> de gauche, n'est habité que par des gens ac- 33 cusés et condamnés pour délits politiques j 33 parmi eux se trouvent quelques gens de 33 lettres. Apercevez - vous ces quatre cor- 33 beaux qui se promènent d'un air triste? ce 33 sont quatre de nos premiers écrivains , gens 33 déplume distingués j ils attendent patiem- 33 ment ici le jugement qui doit ou les cou-

5"» damner ou les absoudre. Voilà bieniôt un ï5 an qu'ils y sont renfermes. 53 — Comment ? M m'écriai-je ; comment est-il possible que , >:> pour un délit politique , on les retienne y> prisonniers aussi long-temps? — Ne vous 33 étonnez pas , repartit mon guide , d'une acy tion aussi arbitraire j cela provient d'une » vengeance particulière. Ces messieurs cor- 33 beaux ne sont point accusés d'avoir écrit 33 contre notre souverain ^ mais bien d'avoir 33 publié plusieurs ouvrages judicieux et 33 pleins d'esprit , qui démontraient la con- 33 duite de son premier ministre, et d'avoir 33 blâmé la conduite de son ministère. — Du )) ministère, repartis -je? Ce sont des gens 33 perdus ! — Vous voyez cependant, me dit 33 encore mon singe avec une finesse digne >3 d'un personnage de sa sorte, ou d'un an- 33 cien jésuite j vous voyez que, cbez nous, 5> nous traitons avec plus d'égards messieurs 33 lés auteurs , que dans votre pays : pourtant » vous vous dites policés j vous avez des lois » pour vows conduire ; en vérité , vous êtes >3 semblables à l'enfant à qui l'on met des li- » sières pour guider ses pas. Nous , nous diffé- » rons de beaucoup avec vous autres , il est

yy vrai; mais la nature seule nous conduit, et » nous ne rêvons point la nuit tout le mal 33 que nous ferons le jour. Vous avez l'orcjucil 3> de vous appeler animal raisonnable : » homme sot et rempli de vanité ; apprenez

M donc à vous connaître! qu'un auteur

33 de votre nation vovis a bien défini par ces » vers :

De tous les animaux qui s'élèvent dans l'air , Qui marchent sur la terre ou nagent dans la mer , De Paris au Pérou , du Japon jusqu'à Rome , Le plus sot animal f à mon avis , c'est l'homme.

— 33 Quoi ! lui répondis-je , vous avez donc » lu Boileau ? — Sans doute , me dit - il ,

33 en riant 33 Quant à nos auteurs, nous

savons respecter leur mérite , et nous n'avons pas la barbarie de les confondre avec des brigands enfermés dans les cachots.

Hélas! lui dis-je, cela ne se voit que trop souvent parmi nous..... Eh quoi! les animaux ont donc plus de raisonnemens que les hommes f L'homme courageux, qui veut faire apercevoir des abus , montrer au souverain qu'on le trompe , et au peuple qu'on l'aveu-

gle, n'est-il pas déjà assez à plaindre d'encourir la colère d'un homme puissant , intéressé à le perdre dans l'opinion publique, sans être forcé d'avoir tous les jours sous les yeux des misérables que réclame l'échafaud j des monstres de ce genre sont- ils faits pour jeter les yeux sur des gens qui ne veulent que le bonheur de leur patrie, et dont trop de zèle cause peut-être la perte. En France on en a vu tant de ce genre !!!

Ces réflexions m'attristèrent , et je priai mon Mentor de sortir de ce lieu j ce que nous fîmes.

« Il faut , me dit-il , que je vous divertisse » avec un spectacle beaucoup plus gai. Vous » voyez devant vous celte espèce de baraque 5 33 eh ! bien , apprenez que c'est noire théâtre. 53 — Votre théâtre, m''écriai-je ! — Sans doute, » reprit-il, et nous allons y entrer, m — Je lui fis observer qu'il n'était nullement l'heure à laquelle on levait ordinairement le rideau , puisqu'il me paraissait être tout au plus trois heures de l'après-dînée. « Dans ce pays , me » répondit mon conducteur, on donne chaque » jour deux représentations ; la première est n pour ce que, dans votre langue, vous ap-

5j pelez le peuple', et la deuxième est enlièrew ment destinée aux nobles, aux gens de la >5 cour , et enfin aux riches ', aussi le prix » des places, à cette représentation, est- il » toujours doublé. " Nous entrâmes. Je demandai à mon guide quelle pièce on représentait ce jour-là. «Nous arrivons , repartit-il, n un peu trop tard pour voir le commen- » cernent de la tragédiej mais enfin nous assisse terons à son dernier acte: elle se nomme Le » Monarque empoisonné. »

La toile étant levée , tous les animaux qui parurent sur la scène firent un bruit effroyable, tant par leurs sauts que par leurs hurlemens: ce qui m'empêcha de comprendre quelque chose. Le tapage était si grand , que je me croyais assister à une représentation d'un mélodrame de M. Guilbert-Pixéricourt 5 j'en fis même l'observation à mon singe , qui m'assura que cette pièce ne valait guère mieux.

Quand la pièce fut terminée , je me disposais à sortir, lorsque j'appris qu'on allait jouer un vaudeville nouveau. Un vaudeville ! lui dis- je, parbleu ! je suis curieux de savoir comment les bêtes de ce pays font des pointes et des couplets, et s'ils sont, pour cela^ aussi

( 337 ) habiles que les vaudevelistes de lu Gaîlé et de l'Ambigu- Comique. De mon naturel , j'aime lespremières repre'sen talions^ etraacuriosilé se trouva grandement piquée. Je restai : ce que je vis à celte représentation est trop comique pour ne point le rapporter ici.

Bientôt on annonce Couverture : j'écoule attentivement. Un ours était le chef de l'orchesirej six vieux boucs jouaient du violon ; deux cerfs pinçaient de la harpe j quatre chiens caniches jouaient de la flùie, deux moutons de la clarinette j un loup soufflait dans un haut-bois j deux ânes frappaient sur la grosse caisse , et deux mulets battaient des timbales. Lorsque ce charivari commença, je voulus fuir; mais la bienséance me retint, et je fus forcé d'entendre cette ouverture qui me rappela la musique des théâtres des boulevards. Enfin le souffleur, qui était un oison, vint prendre place dans son trou , et la toile disparut.

D'abord je vis une lionne , qui, habillée en vieille , comme tous les habitans de cette contrée , marchait sur ses pâtes de derrière ; elle vint^ eu soupirant, chanter une romance :

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