‹ Les loisirs d'un banniChapitre 49 sur 65 · II · texte numérisé non relu

II

je n'ai pas besoin de dire à mon lecteur que je ne compris rien à son langage. Bieniôt je vis arriver un jeune dogue vêtu comme nos clégaus, et une jeune bourique , comme nos modistes; je crus distinguer que c'étaient-là les héros de la pièce , c'est-à-dire, les amans persécutés par des parehs cruels et barbares. Un jeune chien la suivaitde très-près; mais elle le repoussait avec douceur, lui parlait par monosyllabes j ce qui ne plaisait nullement à ce jeune héros : aussi , voulant mieux la comprendre, s'approchait-il toujours d'elle afin de l'approfondir. Ils chantèrent un duo charmant , qui fut beaucoup applaudi du parterre. J'aperçus un certain nombre de chiens placés dans son milieu , qui aboyaient trèsfort , et souvent à plusieui's reprises : je jugeai que , comme chez nous , c'étaient les amis de l'auteur ou, pour mieux dire, lesLustriens.

Yint ensuite un loup sous les habits d'un moine : c'était le traître ; puis après parut un sanglier et une truie ; celle-ci était mise en jeune villageoise , et le sanglier en Colin. La truie praissait triste, langoureuse, et avait l'air de regrçUcr un moment d'écart. Après beau-

coup de paroles, dont je ne pus saisir le sens , elle se mit à chanter les couplets commençant 4iinsi :

Hom, hom, y an, honi , kan kan.

Je laisse à penser combien je m'ennuiai pendant le cours de cette pièce, f aurais , je crois , aimé mieux assister à la représentalion d'un des chefs-d'œuvre de M. Henri- Simon.

Lorsqu'elle eut terminé de chanter les couplets, mon singe , me les ayant vantés , et voyant que je désirais en avoir la traduction en français , s'empressa de me la donner. En voici le seiîs i

l'A TRUIE.

Jadis il n'aimait qu'une belle (i), 11 est bien changé roaintettant :

Monsieur est volage , infidèle , 11 est perfide, il est mccbanf.

(i) Ces couplets peuvent se chanter sur l'air -.Sous T'ot' bon plaisir. Monseigneur, de la pièce des JDeux Jatoujc^

Ah ! malgré moi , je sens encore Combien je chéris ce trompeur ; Plus il me fuit , plus je l'adore :

Jugez ce que souffre mon cœur.

Il me disait que , de la vie , Il n'aimerait d'autre que moi ; Pour lui je ne suis plus jolie , Et je ne comprends pas pourquoi !

Mais \ hélas! ce que je n'ignore,

Cest que je l'aime avec ardeur

Plus il me fuit , plus je l'adore :

Jugez ce que souffre mon cœur.

Je liai beaucoup de la malice du sanglier , et ne fus plus étonné , après avoir entendu ce couplet composé par une béte , dont le nom était encore un mystère pour moi , de ce que cbaque jour on donnait des pièces nouvelles au Vaudevillej certes, ce couplet ne serait point déplacé dans une production de MM. Théaulon , Dartois , Gentil, Francis, et même du directeur Désaugiers : on sait que ccsdits messieurs nous en ont fait de plus mauvais..... Demandez plu tôtà M. Gosse, qui s'y connaît!., en fait de mauvais couplets , s'entend.

Enfin, arriva un vieux raminagrobis qui fai-

sair le gros dos , et paraissait être en colère ; il s'adoucit cependant en voyant une belle chate , blancbe comme la neige , lui faire les doux yeux. Elle lui chanta un couplet dont voici le refrain qui fut répété en chœur :

Miaou, miaou, ki ki , miaou , miaou.

Ce couplet parut faire sensation sur toute l'assemblée ; aussi fut-il vivement applaudi : mon singe lui-même y goûta quelque plaisir , car il cria trois fois krouc , krouc , krouc , ce qui signifie bravo.

Le vieux chat , prenant délicatement la pâte de la blanche minette , et la regardant d'un air fort tendre, lui répondit sur le même ton , et son couplet ïwlbisé. D'après un pareil succès^ je voulus avoir la traduction de la romance qui venait de se chanter ; et nion singe , qui savait le français y un peu mieux que M. Cuvelier, l'auteur inépuisable des mélodrames de boulevard du TempL^ , me la donna j elle était ainsi conçue :

Page 1