NOMS , PRÉNOMS , SURNOMS , SOBRIQUETS
Les journaux de France apprennent à l'Europe que M. l'abbé Pierre - Louis Nivôse Merda a été autorisé, par ordonnance royale, à changer ce nom de Merda , lequel est son nom propre , contre celui de Lesuew\
M. Merda s'appelle aussi Nivôse , prénom qui ne flaire pas non plus comme baume. Puisqu'il était en train de se débaptiser , que n a-t-il demandé à changer de prénom comme ,de nom ? Il n'en eut coûté de plus qu'un trait de plume. Substituant à ce nom de Nivôse, emprunté au calendrier républicain, le nom que porte dans le calendrier grégorien le mois
d'un coup d'arquebusade qui l'atteignit au visage et lui emporta le nez; c'était au siège de Rabastens. Malgré son grand âge il setrouva encore ausiégedela Rochelle en 1 573. En 1674 le roi le nomma maréchal de France. Alors ii se retira dans sa terre d'EsIillac, y rédigea les Mémuires de sa vie , et mourut vers la fin de juillet 1677 , âgé de suixanle-dix-sept ans.
correspondant, il se serait appelé Janvier Lesueur et aurait pu parvenir à révêché. Nwôse Lesueur sera tout au plus curé de village.
Ce que vient de faire l'abbé Mercla est au reste justifié par de fréquens exemples. Divers intérêts ont amené nombre de personnes à requérir ou à subir un changement dans leur nom.
Au tems de la république, c'est-à-dire au temps où nous n'étions plus en monarchie , cela était très-commun dans notre France, Les Leroi, les jRo/ y courent les rues, comme on sait. La guerre un peu vive que l'on faisait à la qualité royale ^ effraya ces bonnes gens qui rappelaient cette qualité par leur nom. Quantité de bourgeois, impatiens d'abdiquer, sollicitèrent l'autorisation de troquer cette dénomination monarchique contre un sobriquet républicain. Tout à-couples Fabricius^ les Publicola , les Anacharsis ^ les Anaxasoi'e, les Sce'^ola , sortis de dessous le pavé , se multiplièrent comme les masques en carnaval. Quelques-uns d'entre eux ont rendu tristement célèbres ces noms jusqu'alors illustres. Mais beaucoup les ont portés le plus innocemment comme le plus obscuré-
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( 33 ) meut du monde , et n'étaient que des poltrons déguisés en héros.
Leurfaiblesse ridicule était excusable peutêtre dans ces temps de troubles , le grand nombre se laisse si volontiers prendre aux mots ! Les noms sont pour tant de gens l'étiquette du sac !
Cela, au reste, était réel dans Torigine. Un court examen, pas plus philosophique que le sujet ne le comporte , suffira pour en convaincre. Remontons à l'époque où il n'y avait qu'une famille au monde. Prenons celle de Noé au débarquer.
A mesure que les individus dont elle se composait se sont multipliés , n'a-t-il pas fallu trouver des noms distincts pour chacun d'eux? Ces noms, ainsi que l'Ecriture nous l'apprend, furent pris de leurs qualités ou de leurs défauts, et quelquefois aussi de leur fortune. Le boidiomme Noé, en fa veurdu({uel l'exception que lui accorda la bonté divine établit une présomption favorable , et dont le nom signifie repos, tranquillité, uommsL probablement ses trois fils diaprés ces principes, et cela par prévision sans doute. L'aîné,, objet de ses bénédictions particulières, et à qui une bonne renommée et une fortune