‹ Les loisirs d'un banniChapitre 8 sur 65 · II · texte numérisé non relu

II

solide étaient duesj fut appelé SerriÇrépU" tation établie. ) Le second , qui n'avait pas moins bien mérité que son frère , et qui devait aussi prospérer en ce bas jnonde et devenir maître de notre Europe, reçut le nom de Japhet, lequel veut dire : Xétendit, Vélargiy Xenjlé. Quant au troisième, liomme ardent j violent , emporté, son premier nom fut Cham(^chaiid, chaleur)-, et son second, car il en a deux , Chanaan ( marchand , négociant, brocanteur^', nom qui présage évidemment la condition modeste à laquelle il fut condamné par la malédiction de son père, en juste châtiment de son insigne polissonnerie.

Tous les noms propres, dans la Bible, sont significatifs , à commencer par celui à' Adam, qui veut dire hommeroux, homme de boue-, ce qui explique comme quoi le chevalier Mariinvillc peut à toute force descendre de notre premier père , quoique nous ne soyons pas cousins.

Chez lesi Romains, chaque individu conservait le nom de sa famille , mais y ajoutait un prénom, ou un surnom, qui lui était propre.

Le prénom précède le nom , le surnom le

(35) suit. Quand ce dernier est ironique, quand il porte sur un défaut , sur un ridicule , il s'appelle sobriquet (i).

Il est facile de juger, par l'éiymologie ^ que , chez les Romains , le nom des familles dérivait de la profession , de la qualité , ou même de la défectuosité de leur premier chef. Le premier des Claudius pouvait bien avoir été boiteux (à claudo); les Lentulus descendaient d'un cultivateur de lentilles (à lente)} les Fabius d'un planteur de fèves Cà fahis ). Des considérations particulières et souvent très-indifférentes , détermi-

(i) Le mot de Ca^e/ que porte l'illustre tige de la troisième race de nos rois, lui fut donné à cause de sa grosse tête. On voit que ce nom , quoique sobriquet , devint célèbre. II existe une grande différence entre sobriquet et surnom j et cependant on voit tous les jours confondre ces deux mots. Le sobriquet est une sorte de surnom qu'on donne presque toujours par dérision; au lieu que le suïTiom, proprement dit, désigne quelque qualité ou quelque circonstance parliculière. Scipion eut le surnom d'Africain 5 Philippe, iîls du roi Saint-Louis, eut celui de Hardi: Henri lY , Louis XIV et, de nos jours, Napoléon, eurent, par

leurs belles actions, le surnom de Grand.

( 36- ) fièrent le choix des préuoois et des surnotiisj lin enfant né au point du jour, était appelé Lucius ; naissait-il en juin , on le nommai î Juniiis ; usage nécessaire dans les familles devenues si nombreuses à la longue , que la seule maison Fabienne a pu , sans s'éteindre , perdre dans une même année , au siège de Véïes , trois cent six héros , tous de son nom. Le grand Fabius , celui qui par sa prudence opposa tant d'obstacles aux succès d'Annibaly n'est pas le Fabius auquel fut donné le surnom de Maximus , très-grand', c'est à son trisaïeul qui, pendant sa censure, avait fait une opération plus utile au sénat qu'au peuple , que ce beau surnom avait été décerné par les Pères conscrits. Le sauveur de Rome, qui avait une petite verrue à la lèvre , n'était distingué que par le sobriquet de Verucosus , lorsque sa prudence héroïque lui mérita le surnom de Cunctalofj temporiseiir, qui, dans i'inlcnlion première, ne fut peut-être aussi qu'un sobriquet dont quelques impatiens l'avaient affublé.

Que de sobriquets sont devenus des noms illustres! En tcte , il faut mettre celui de Briilus , mot qui signifie stupide , et ne rappelle que des héros.

(37) Ce nom de César, devenu le titre des empereurs, et que le Grand-Turc n a pas encore songé à prendre , bien qu'il règne dans la ville de César-Constantin ; ce nom de César, qui, entre tous les membres de la famille Julienne, distinguait Caïus-Juliiis , ne rappelait d'abord que la malheureuse opération dans laquelle avait succombé , pour le mettre au jour, la mère de ce destructeur de la liberté romaine ^ opération nommée encore césarienne. Tous les surnoms ne font pas une fortune si brillante.

Les usages romains ont passé en France. Souvent on retrouve dans les premiers noms des familles les plus illustres, des noms d'artisans , quand ces noms sont français. Il est probable qu'il en est ainsi de ceux qui ne sont pas français, comme je le démontrerais si j'étais membre de l'Académie celtique. Tous tant que nous sommes , et je n'en excepte pas les rois, nous n'avons besoin que de remonter un peu plus haut que le fils d'un berger, d'un laboureur, d'un soldat ou d'un artisan, pour trouver parmi nos ancêtres un honnête homme de l'une de ces professions.

Du temps de la féodalité , et l'on en peut

juger par ses restes, les enfans d'une même famille se distinguaient en France par des noms de terre : cela était naturel. Qu'un Lamoignon, seigneur de Malesherbes , prît ou reçût le nom d'un domaine qui lui appartenait, on ne saurait y trouvera redire; mais n'étail-il pas ridicule de voir des bourgeois, qui n'avaient pas un pouce déterre, donner à leurs enfans le nom des villages où ils avaient été en nourrice ? D'où il résultait que le fds d'un épicier de la rue St. -Denis, paré d'un nom usurpé, qu'il préférait, comme de raison, àson nom propre, pouvait, sans sortir de France, recevoir les honneurs dus à l'une des maisons qui se fournissaient dans la boutique de son père. On en a vu même qui les exigeaient, tels que les comtes de Baruel et de R'warol , dont les titres de noblesse sont inscrits à Bagnols , sur l'enseigne de l'auberge dite des Trois- Pigeons , le premier château qu'aient possédé leurs communs ancêtres.

Celte maladie a été guérie , comme bien d'autres, par la révolution. Pour se distinguer entre frères, on se contente aujourd'hui de joindre son nom de baptême au nom de famille, qui n'est plus porté exclusivement par l'aîné, ce qui était une espèce

( 39 ) d'exliérédation. Les trois Dupatj conservent le nom de leur père , à l'honneur duquel ils ajoutent par les moyens qui leur sont propres. Mais suivant qu'ils font précéder ce nom du prénom Emmanuel, Alphonse ou Maurice, vous savez que vous avez affaire à l'un des poètes , des magistrats ou des sculpteurs les plus recommandables de l'époque présente.

JLe sentiment qui nous porte à approuver Tusage d'après lequel chacun garde à présent le nom de son père , comme il y a intérêt quand ce nom est honorable^ doit nous faire convenir que les malheureux héritiers d'un nom déshonoré sont très- excusables d'y vouloir renoncer et de recourir, dans ce but, à l'autorité du prince.

Si l'on conçoit que tant de gens en sollicitent une illustration que leur père ne leur a point transmise , à plus forte raison doiton concevoir que dlionnétes gens y recourent pour s'affranchir d'un déshonneur qui ne leur est paspropre^ pour être débarrassé d'un nom qui les calomnie.

L'héritier Guillotin a pu raisonnablement prendre en répugnance son nom^ qui , bien qu'il ait été porté par un citoyen respec-

table , par un médecin habile , réveille des souvenirs affreux et se trouve diffamé par l'atroce application qui en a été faite.

Mais qu'un séminariste importune la puissance royale pour être autorisé à changer publiquement, contre un nom insignifiant, un nom qui après tout ne signifie rien , voilà ce qui peut paraître moins fondé en raison.

L'un s'est défait par une ordonnance d^un nom odieux que tout le monde connaissait. L'autre a dénoncé à tout le monde , par une ordonnance, le ridicule d'un nom dont on ne soupçonnait pas l'existence. Il a donné même le nom qu'il quitte à toutes les personnes qui portent le nom qu'il prend; et tout bien considéré, l'auteur des Bardes qui est assez processif de sa nature , l'abbé Lesueur, est peut-être en droit de faire un procès à Tabbé Merda. Il y a^u moins lieu à consultation.

Mais le théologien a beau se faire nommer Lesueur par ordonnance, il sera toujours Merda pour Tliabitude; les séminaristes, iaà enfans de chœur et les sacristains ne donneront jamais d'autre nom à M. labbé. Si peu que cette ordonnance lui coûte, quand ce

ne serait pas plus que ne valent des lettres de noblesse , voilà de l'argent bien employé ! Remarquons, au reste, que lordonnance qui tire Tabbé Lesueur de sa vilainie a été rendue en carnaval ^ époque où les autorités les pins graves s'égayent, époque où se plaident les causes grasses. On ne pouvitit mieux choisir son temps pour décider en pareille matière. En France tout se fait à propos.

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