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qui t'incommodent ; si tu n'avais pas assassiné cette pauvre chouette, elle purgerait ton grenier des rongeurs qui le pillent.
Lorsque les rayons vivifiants du soleil printanier font sortir de leurs écailles protectrices les feuilles et les fleurs, et semblent promettre au cultivateur une riche moisson, des milliers d'insectes et de chenilles dévorantes sortent à leur tour de l'œufet, comme une invasion de barbares, se ruent de tous côtés sur cette tendre végétation. Leur nombre est prodigieux, leurs dégâts incalculables. A peine nés, ils se reproduisent et pondent leurs œufs par centaines; ils envahissent tout. Ils détruisent le gazon des prairies, dévastent les jardins potagers, les champs de blé, de lin et de colza, les arbres fruitiers, les forêts; ils attaquent nos provisions, nos récoltes et iusau' à nos vêtements.
L'homme est interessé à faire dominer certaines plantes nécessaires à ses besoins ; mais en propageant ces végétaux, en les multipliant outre mesure, il tend à rompre l'équilibre, à contrarier les lois de la nature, et celle-ci vient s’y opposer et rétablir l’ordre en multipliant dans les mêmes proportions les insectes et les parasites destinés à empêcher cette perturbation. A la vigne, elle envoie l’oïdium et le phylloxera, à la pomme de terre un champignon destructeur, à nos céréales le charbon et la rouille, à nos arbres fruitiers les chenilles et les charançons; elle lance contre toutes nos plantations les bataillons serrés de ses insectes ravageurs. La nature, nous l'avons dit, ne s'occupe
point des affaires de l’homme; c'est à lui d'employer l'intelligence qu'il a reçue en partage, pour trouver les moyens de protéger ses cultures, et ces moyens, c'est la nature elle-même qui les lui offre; il s’agit seulement de l’étudier et de la comprendre.
Lorsque les insectes ont accompli leur mission, lorsqu'ils ont ramené par leurs ravages la végétation à de justes proportions, leur propagation est ellemême entravée et limitée par de nombreux ennemis, afin que tout rentre dans l’ordre. Parmi ces ennemis, les plus actifs, les plus nombreux sont les oiseaux. L'oiseau est le modérateur-né de la multiplication exagérée des insectes. Lui seul, en effet, peut poursuivre l’insecte au milieu des airs, le trouver caché dans les replis des feuilles, dans les crevasses de Pécorce et jusque dans le calice des fleurs. Sans lui les insectes, ces génres de la destruction, auraient bientôt fait disparaître toute trace de végétation de la surface de la terre. L'oiseau est donc l’auxiliaire de l’homme, le défenseur de sa propriété. Pas tous, il est vrai, mais le plus grand nombre.
Aux approches de l'hiver, la plupart des oiseaux nous quittent pour se rendre dans des contrées plus douces, où ils trouveront une nourriture abondante, qui leur manquerait chez nous. Mais au printemps, dès que le soleil fait éclore à la fois les plantes et les insectes, on les voit accourir en volées nombreuses et se répandre dans les champs, les vergers, les bosquets, les forêts, âpres à la curée et travaillant sans relâche
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à purger la terre et l’air de tous ces vers, de tous ces insectes qui, sans l’aide bienfaisante de cesamis ailés, auraient bientôt anéanti le fruit de nos labeurs.
Les fauvettes, les mésanges, les traquets, les bergeronnettes, les gobe-mouches, les hirondelles, les alouettes, les coucous et cent autres, détruisent les insectes par milliers chaque jour. Par une série de minutieuses expériences qui n’ont pas duré moins de quarante années, un naturaliste éminent, Florent Prévost, estarrivé à reconnaîtremois par mois,semaine par semaine, le régime alimentaire des oiseaux de nos climats. En examinant les débris contenus dans leur estomac il a su combien chacun mange degraines, combien il dévore d'insectes. Les rapaces nocturnes, chouettes, hiboux, chats-huants, les grimpeurs, les passereaux sont tous utiles, y compris le moineau lui-même qu'on a tant accusé : des expériences répétées ont prouvé qu'un couple de moineaux portait à sa couvée une moyenne de 40 chenilles par heure, soit 480 par jour de douze heures.
Florent Prévost conclut ainsi : « Le plus grand nombre des oiseaux sont très utiles à l’agriculture, et le mal que font à nos récoltes, en certains moments, les oiseaux granivores, est compensé, et bien au delà, par la consommation d'insectes qu'ils font en d’autres temps. La plupart des oiseaux granivores sont exclusivement insectivores dans leur jeune âge, et ils le deviennent de nouveau pendant l’âge adulte, lorsqu'ils ont des petits. » Si donc, les granivores eux-mêmes
sont plus utiles que nuisibles ; combien le sont plus les espèces insectivores ! On a calculé qu’un couple de mésanges qui élèvent leurs petits leur donnent en vingt jours ou consomment, elles-mêmes, plus de 30 000 chenilles ou insectes. L’hirondelle détruit plus de 300 insectes par jour, le coucou dévore des milliers de chenilles velues, si nuisibles à nos forêts.
Mais que fait l'homme pour reconnaître de tels services? Respecte-t-il, protège-t-il ces utiles auxiliaires? Oui, à la façon du paysan qui crucifie les chouettes et les chauves-souris. Il tue les oiseaux et détruit les œufs. Dans mon village, les gamins luttent à qui dénichera le plus d'œufs ; ils en font des chapelets dont ils ornent la cheminée. J'avoue que je me mets en colère et que j'admoneste les parents lorsque je rencontre chez eux ces trophées de lignorance et de l’imprévoyance humaines. S'ils savaient ce que leur coûtentces meurtresetces destructions barbares ! Enfin, aujourd’hui que tout enfant passe par l’école, espérons que les instituteurs feront comprendre à leurs élèves l'utilité de l'oiseau et le tort qui doit résulter pour eux de sa destruction. Et puis, humain envers les bêtes, l'enfant sera un jour dévoué à ses semblables et charitable à ses frères.
Les fleurs de mai. — Les tulipes, les iris et les glaïeuls.
Le spectacle le plus digne de l'admiration d’une âme sensible aux merveilles de la nature est, sans contredit, celui d’une campagne ou d’un jardin au mois de mai; c'est une profusion de fleurs magnifiques dans lesquelles s'offre réuni tout ce qu'il y a de plus brillant, de plus vif et de plus varié en couleurs. Et avec quel art ces couleurs sont mélangées! Jamais de ces constrastes heurtés, de ces réunions disparates qui choquent l'œil. Sur un fond de verdure différemment nuancé, la nature a disséminé ses groupes de couleurs avec une variété qui saisit d’admiration. Les fleurs sont un des plus beaux objets que la nature puisse offrir à limitation des peintres et on ne peut guère leur comparer que le plumage brillant de certains oiseaux et l'aile des plus beaux papillons.
« La fleur donne le miel, dit Chateaubriand ; elle est fille du matin, le charme du printemps, la source des parfums, la grâce des vierges, l'amour des poètes; elle passe vite comme l’homme; mais elle rend doucement ses feuilles à la terre. Chez les anciens, elle couronnait la coupe du banquet et les cheveux blancs du sage; de nos jours, elle est de toutes les fêtes ; elle orne le berceau de l'enfant et décore la tombe de ceux qui nous furent chers. Dans le monde, nous attribuons nos affeetions à ses couleurs : l'espérance, à sa ver-
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dure ; l'innocence, à sa blancheur ; la pudeur, à ses teintes de rose; il y a des nations entières où elle est l'interprète des sentiments; livre charmant qui ne renferme aucune erreur dangereuse, et ne garde que l'histoire fugitive des révolutions du cœur. »
Au mois de mai, les fleurs sont si nombreuses et si variées qu'il serait impossible de les énumérer toutes. Nos bosquets voient fleurir les grands lilas à gros bouquets dressés, qui répandentune odeur suave, et les lilas de Perse aux feuilles en fer de lance, dont les branches souples se penchent sous le poids de leurs panicules fleuries, d’un pourpre clair. A côté d'eux s'élèvent le groseillier de Colombie, qui laisse pendre ses longues touffes de fleurs d’un rose vif, et l’'ébénier, dont les gracieuses grappes dorées font le plus bel effet. Les rhododendrons ou roses des Alpes ouvrent de toutes partsleurs larges corymbes de fleurs roses où d'un pourpre violet. Le marronnier d'Inde épanouit ses fleurs en thyrses roses ou blancs ; l'arbre de Judée couvre ses branches, encore dépourvues de feuilles, de bouquets de fleurs roses, et les corètes du Japon constellent les murs de leurs innombrables petites roses jaunes.
Ma belle glycine est dans toute sa beauté; ses grappes d’un bleu violacé sont tellement nombreuses qu’elles se touchent et forment sur le mur comme un épais rideau, laissant à peine voir ses jeunes feuilles poilues et blanchâtres. Les tiges sarmenteuses des vignes vierges, des bignonias, des jasmins et des
chèvrefeuilles montent jusqu’au premier étage et préparent aux fenêtres des encadrements de fleurs pour
L'aristoloche-siphon couvre mon berceau de ses larges feuilles en cœur, entre lesquelles se dressent ses singulières fleurs pourpre, qui ont la forme d’une pipe orientale, et le jasmin-jonquille à fleurs jaunes, d'une odeur suave, serpente au travers.
Dans les plates-bandes s'épanouissent les juliennes blanches et violettes, l’asphodèle jaune ou verge d'or, les charmantes azalées, l’aspérule odorante qui, lorsqu'elle est desséchée, sert à parfumer le linge ; les pivoines, si jolies et si variées, les renoncules, la valériane rouge, les tendres pervenches, les silènes à fleurs roses, les Ivehnis laciniés, le muguet, dont les fleurs si mignonnes, si gracieuses, plaisent tant aux femmes à cause de leur douce et suave odeur. Toutes ces plantes et mille autres, épanouissant leurs fleurs pendant le mois de mai, concourent, par la variété de leurs couleurs et de leurs formes, à donner à nos jardins l'aspect le plus enchanteur.
Je ne vous parle pas des roses, cette reine de nos parterres, bien que, par une vieille habitude, on donne au mois de mai le nom de nos des roses. A l'exception des roses du Bengale et de deux ou trois variétés précoces qui se montrent en mai, c'est au mois de juin que fleurissent les innombrables variétés de rosiers qui embellissent et parfument nos jardins. Cette erreur vient de ce que nos poètes, ayant trouvé
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cette jolie image dans les auteurs grecs, latins et “ orientaux, l'ont adoptée sans s'inquiéter autrement 3