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des tulipes que ni vendeurs ni acheteurs n’avaient jamais vues. Ainsi, par exemple, un courtier en tulipes demandait à un marchand de lui livrer, dans le délai de trois mois, dix oignons au prix de 1 000 florins chacun; au bout de ce terme, le prix de la marchandise avait éprouvé une hausse ou une baisse ; les contractants ne tenaient compte que de la différence ; quant à la livraison, ils ne s’en souciaient ni l’un ni l’autre, C'était done là un véritable jeu de bourse. Aujourd'hui :il existe encore de nombreux amateurs de tulipes, mais qui ne font plus de semblables folies. Ils ont encore toutefois leurs manies : ainsi les tulipes à fond blanc, désignées sous le nom de #wlipes flamandes, sont seules admises dans les collections d'élite; les autres, nommées bizarres, sont négligées comme de valeur inférieure. Une tulipe de mérite doit avoir sa tige droite et ferme, d’un beau vert, sa fleur orande, d’un cinquième plus longue que large, avec les pétales bien arrondis, et offrant au moins trois couleurs parfaitement tranchées. Quant aux tulipes d'une seule couleur, elles ne sont pas admises par les amateurs qui se respectent, non plus que celles à fleurs doubles.
Pour moi, qui ne cultive les fleurs que parce que je les aime et les trouve belles, et non pour leur rareté, je n'ai pas de parti pris. Je possède une douzaine de variétés de tulipes, des plus communes et que regarderait sans doute en pitié un amateur tulipier; mais cela ne les empêche pas de former un
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groupe charmant par leurs nuances vives et variées. L’une est d’un beau jaune, l’autre d’un rouge éclatant ; celle-ci est d’un blanc de lait, cette autre rosée;
La tulipe flamande.
il en est à fond jaune ou à fond blanc, panachées de
brun, de rouge ou de violet.
Les tulipes se multiplient par caïeux qui donnent
constamment une plante identique à celle dont ils proviennent ; c’est par les semences que l’on se procure de nouvelles variétés. Mais, outre qu'il faut quatre ou cinq ans pour qu'elles fleurissent, à peine en obtient-on une sur mille digne de figurer dans une collection d’amateur.
Non loin de mes tulipes s'élèvent d’autres plantes bulbeuses, parmi lesquelles des glaïeuls, qui dressent leurs feuilles tranchantes comme des glaives, d’où leur nom latin gladiolus, en français glaïeul. Un seul d’entre eux fleurit en mai, le glaïeul commun de notre pays ; ses belles fleurs rouges, roses, jaunes ou blanches, selon les variétés obtenues par la culture, forment d'un seul côté de la tige un long épi dressé, Les espèces étrangères, telles que le glaïeul cardinal, le glaïeul changeant et le magnifique, ne fleurissent qu'en été. Proches parents des iris, les glaïeuls appartiennent à la famille des iridées.
[ris est la messagère des dieux et laisse après elle une trace brillante, l’arc-en-ciel ; c’est par allusion à la vivacité de ses couleurs qu’on a donné son nom à cette plante. Peu de fleurs, en effet, peuvent le dis- .puter à l'iris pour l'élégance des formes, la grâce du port et la richesse du coloris. Du milieu de ses feuilles aiguës, dressées et rapprochées en éventail, s'élèvent des tiges chargées de fleurs. Voici l'iris d'Allemagne ou flambe aux grandes fleurs violettes ou bleues, l'iris de Florence à fleurs blanches veinées de jaune, dont la racine a l’odeur agréable de la violette, l'iris
d'Espagne à fleurs bleues tachées de jaune, C’est un des plus beaux groupes de fleurs qu'on puisse voir.
L'iris nain, haut à peine d’un décimètre, forme des bordures ravissantes où se marient les couleurs
L'iris d'Allemagne.
vives de ses fleurs violettes, purpurines, jaunes ou blanches, suivant les variétés. Au bord du ruisseau croissent les grosses touffes de l'iris des marais ou faux acore, dont les grandes fleurs, d'un jaune éclatant, s'épanouissent jusqu'en juillet.
Les bois et les prairies. — Les insectes et les fleurs. Le hanneton.
Vous est-il arrivé de courir les bois par une belle matinée de mai, soit pour tirer quelque lapin rentrant au gîte, soit pour relever quelques lacets ou des pièges à renard ?
Le ciel rougit à l'horizon, l'aurore s’allume peu à peu; déjà quelques trainées d’or traversent le ciel et le brouillard se pelotonne dans les ravins. Le chant de l’alouette a retenti, un vent, avant-coureur du jour, s’est élevé et le disque empourpré du soleil se montre lentement. La lumière se répand comme un torrent; tout respire la fraicheur et la joie, la nature est en liesse.
J'entre sous bois. La rosée couvre en abondance l'herbe et les fougères. Les corneilles poussent des cris et s’ébattent autour des hêtres au-dessus de ma tête, les sansonnets ne sont pas moins bruyants; les grives, les merles et les pinsons, lorsqu'ils ne chantent pas, sont occupés à construire leurs nids ou à
‘remplir leurs devoirs domestiques. Les lapins que la
peur arrache aux douceurs du repas matinal, courent se càcher dans leurs terriers et vous offrent, bien malgré eux, l’occasion d'exercer votre adresse. É Dans le parfum embaumé d'une matinée comme celle-là, on respire plus librement, les membres ont plus de souplesse. Le simple sentiment de la vie et du
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mouvement ranimé par la fraiche Here du printemps est plein de charmes.
Lorsque vous sortez du bois, la plaine n’est pas moins riante : la terre, ranimée par les rayons d’'ux soleil déjà chaud et par quelques douces pluies, manifeste avec exubérance son inépuisable fécondité. Les champs de blé et les prairies resplendissent de ce vert éclatant et joyeux qui n'appartient qu’au printemps et sur lequel se détachent si bien les têtes bleuâtres des saules, et les fuseaux dorés des peupliers qui bordent le ruisseau.
Rien n’est gracieux comme ces charmants tapis de verdure émaillés de mille fleurs où butinent à l’envi les abeilles et bien d’autres insectes avides de leur nectar.
On est émerveillé, devant ces délicieux parterres de la nature, de l’art admirable avec lequel elle trace ses tableaux, combine les couleurs, taille, découpe, contourne, festonne les fleurs. Il y en a de rondes et d'anguleuses, de droites et de courbes. Il en est de faites en forme de croix, les crucifères ; d'étoiles, les stellaires ; de soleil, les radiées; de rosettes, les rosacées; un grand nombre sont façonnées en grelot, les bruyères ; en cloches, les campanules ; en cornet, les liserons; on en voit de figurées comme des coupes, des urnes, des nacelles, des étendards et. même des bouches d'animaux, comme celles qu’on a nommées gueule de loup et mufle de veau. Les unes se présentent seules, les autres réunies en greupes ; on les
voit rangées en épis, en grappes, en corymbes, en ombelles, en bouquets.
Et avec quel art, quelle magnificence, ces fleurs
innombrables ont été coloriées! Toutes les teintes imaginables sont employées à leur parure. Là, des couleurs opposées contrastent avec éclat; ici, elles se fondent doucement l’une dans l’autre ; ailleurs, elles se coupent et se mêlent agréablement. Beaucoup de fleurs sont peintes avec une simplicité charmante, beaucoup avec une pompeuse magnificence. L'azur du ciel, le rose de l'aurore, la blancheur des neiges, le jäune de l'or, le rouge de la pourpre, les font briller sur la verdure des gazons, comme des bijoux sur une riche tenture. Du sein de la prairie monte une mer de fleurs et de parfums qui embaument l’air.
, Mais quoi ! est-ce donc pour l’homme exclusivement qu'ont été créées les fleurs? Est-ce pour flatter nos yeux, notre odorat, notre toucher, que leur ont été prodigués les couleurs brillantes, les formes variées, le parfum pénétrant et le tissu velouté que nous admirons en elles? Et n'est-il pas plus conforme à la raison de penser que ces qualités, que cette parure des plantes leur ont été données dans leur propre intérêt?
Tout le monde sait aujourd’hui que le plus grand nombre des fleurs portent, au centre de leur corolle, un organe de forme variée, le pistil, sorte de conduit qui communique avec l'ovaire renfermant les graines ; et que, autour de cet axe central, s'élèvent de minces
filaments, les étamines, terminées par de petits sachets qui renferment une poussière fécondante, le pollen. Dès que celui-ci est mûr, les sachets des étamines s'ouvrent, versent leur poussière sur l’ouverture du pistil qui la reçoit et la fait pénétrer jusque dans l'ovaire, où elle va féconder les graines, et celles-ci, sans son intervention, resteraient improductives.
Jusque-là rien que de très naturel ; ies choses vont toutes seules ; mais il n’en est pas toujours ainsi. Dans beaucoup de plantes, chaque fleur n’est pourvue que d’un seul organe, les unes portant le pistil et les autres munies d'étamines seulement. Dans quelques espèces, le melon, par exemple, les deux sortes de fleurs sont portées sur le même pied ; mais dans d’autres, comme le palmier, le dattier, le lychnis de nos prairies, les fleurs à étamines sont sur un pied et les fleurs à pistil sur un autre, et parfois ces deux pieds sont fort éloignés l’un de l’autre.
Comment, daus ces diverses circonstances, se fera le transport du pollen? Sera-ce le vent qui s'en chargera, et le pollen, dispersé par lui, ira-t1l à travers l’espace, comme par une sorte d'attraction, trouver la fleur qui porte les graines? C'est faire un peu trop large la part du hasard, et d’autres messagers guidés par l'intérêt rempliront mieux la mission.
Au moment où la fleur s’'épanouit, où le pollen devient mûr pour la fécondation des graines, beaucoup de plantes distillent au fond de leurs corolles un li-
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quide sucré, le nectar, dont les insectes sont très friands et qui sert aux abeilles pour faire leur miel. C’est ce nectar qui attire en foule autour des fleurs, pendant toute la belle saison, les papillons, les mouches, les bourdons et autres insectes qui pénètrent dans la corolle et se gorgent de la liqueur sucrée.
Remarquez l'abeille quand elle fait: sa récolte, elle pompe avidement le nectar ; mais son corps hérissé de poils se charge de la poussière dorée des étamines au milieu desquelles elle s’est glissée; bientôt elle prend son vol, disperse une partie de ce pollen audessus de la fleur, puis va picorer sur d’autres plantes, et, tout en pénétrant au fond de leurs fleurs, elle se frotte contre le pistil dont l’ovaire renferme les graines. N’est-il pas évident qu'il y a là un échange de services rendus, et que les insectes, pour payer le régal que leur offrent les fleurs, distribuent, dans l'hôtellerie où ils arrivent, le pollen recueilli dans l’hôtellerie qu'ils viennent de quitter? Quant à la corolle, si remarquable par ses formes, ses nuances, son odeur, elle est destinée à indiquer aux insectes le réservoir où ils pourront puiser le nectar, c'est l’enseigne éclatante à laquelle les insectes voyageurs savent reconnaître l’auberge où ils trouveront leur pâture, et chaque espèce a son hôtel préféré.
Les insectes sont donc de précieux auxiliaires pour la fécondation des plantes, soit en colportant le pollen d’une plante sur une autre, soit en favorisant la dispersion de ce pollen parmi les étamines d’une même
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fleur. On a depuis longtemps reconnu, d’ailleurs, que les fleurs fécondées au moyen de pollen pris sur une plante différente, donnent des produits beaucoup plus vigoureux que celles fécondées avec leur propre pollen. Ajoutons que chez certaines plantes, où la même fleur porte des étamines et un pistil, ces organes ne se développent pas en même temps, et que, par conséquent, le pollen des unes ne pouvant féconder les graines de l’autre, elles ne peuvent se reproduire que par l'intervention des insectes.
Voici justement que se passe devant mes yeux une de ces scènes qui ont un si vif intérêt pour ceux qui aiment à observer la nature. Assis sous mon berceau qu'abritent les larges feuilles d'une aristoloche grimpante, j'admirais les formes étranges de sa fleur d’un pourpre obscur, figurant assez bien une pipe orientale avec son long tuyau. Sa corolle en tube allongé, un peu évasée au sommet, un peu renflée à la base, présente à l’intérieur, sur sa partie moyenne, un rétrécissement fermé par des poils assez rudes qui se dirigent en arrière, de sorte que cette fleur ressemble beaucoup à ce piège à prendre les anguilles que l’on nomme une nasse. J’examinais la structure singulière de cette fleur, et me demandais comment le pollen des étamines, plus courtes que le pistil et placées beaucoup plus bas, pouvait atteindre le sommet de celui-ci. ;
J'en étais là de mes réflexions lorsque je vis une tipule se poser sur l’une des fleurs. Je compris que là
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était la solution du problème. En effet, la petite mouche, friande du nectar sécrété par la fleur, entra dans la corolle, força Ja barrière que lui opposaient les poils qui en obstruaient l'entrée, et gagna le fond où se trouvait la liqueur affriolante. Mais dès que les soies rudes lui eurent livré passage, en raison de leur élasticité, elles se rejoignirent vivement, emprisonnant linsecte. Or, quand la tipule, après avoir longuement savouré le nectar, essaye de sortir, elle rencontre les pointes des soies qui maintenant réagissent d'autant plus que l'insecte fait contre elles plus d’efforts. En appliquant mon oreille contre la fleur, j’entendais son bourdonnement aigu ; la tipule, impatiente de recouvrer sa liberté, s’irrite et se débat; la trépidation rapide de ses ailes soulève à l’intérieur de la corolle une petite tempête qui détache et disperse le pollen. Les graines sont fécondées et bientôt la corolle se flétrit et tombe, rendant au captif sa liberté. Admirable réciprocité de service qui se résume en festins délicieux pour l'insecte, en évolution embryonnaire pour la
fleur.
Mais il s’en faut que tous les insectes soient utiles aux plantes; il en est qui leur sont terriblement nuisibles. Je n’ai pour en être convaineu qu'à lever les yeux sur ces jeunes peupliers; quelques-uns sont à peu près complètement dépouillés de feuilles, et leurs branches sont littéralement enguirlandées de hannetons.
Qui ne connait le hanneton avec son corselet noir,
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