‹ Les loisirs d'un campagnardChapitre 15 sur 51 · CUP OT CE PE CI · texte numérisé non relu

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Ces insectes se montrent certaines années en nombre tellement considérable, que les jardins et les bais sont dépouillés de leur verdure.Affamés alors par leurs propres ravages, ils se réunissent, comme les sauterelles d'Afrique, en nombreuses légions et se transportent à des distances plus ou moins considérables pour trouver une nouvelle pâture. C’est ainsi que, il y à quelques années, des nuées de hannetons s’abattirent tout à coup sur les vignobles du Mâconnais et y causèrent de grands dégâts.

Mais quelque considérables que soient les ravages des hannetons dans leur état parfait, ils ne peuvent être comparés à ceux que commettent leurs larves ; celles-ci dévastent les jardins maraichers, font périr sur pied les récoltes de blé, d'avoine, de luzerne, etc., dévorent les racines des arbres fruitiers et causent en un mot des dommages incalculables.

On a proposé divers moyens pour détruire les hannetons et leurs larves. Le premier, qui est infaillible, est de les écraser.

Le meilleur temps pour leur faire la chasse est le matin, lorsqu'ils sont encore engourdis par le froid de la nuit et la rosée; ils tombent alors à terre sans prendre leur vol, dès que l’on secoue l’arbre sur lequel ils sont réfugiés. |

Les chroniques rapportent qu’en 1479, à la suite d’une famine qu’ils avaient amenée, les évêques lancèrent contre les hannetons les foudres de l’ex-

communication. Ils furent cités devant le tribunal

ecclésiastique de Lausanne et on leur nomma un avocat d'office pour les défendre. Malgré l’éloquence de celui-ci, les hannetons furent bannis du territoire; mais on ne dit pas s'ils se soumirent à l'arrêt.

Les jardiniers emploient des moyens moins orthodoxes : la fleur de soufre enterrée au pied des arbres où l'on soupçonne leur présence est un excellent moyen, car les émanations sulfureuses les tuent sûrement. Les vers blancs ont également une grande répugnance pour le goudron de houille, et il suffit, dit-on, de jeter dans les trous destinés aux plantations deux ou trois feuilles de chène sèches trempées dans ce goudron pour tenir les mans à distance respectueuse. Ver blane ou man est le nom sous lequel les cultivateurs désignent la larve du hanneton.

Quant aux grandes cultures, il est fort difficile de les préserver des ravages du ver blane, à cause de la profondeur à laquelle se tient cette larve aux époques des principaux labours. Cependant, lorsqu'on met la charrue dans une luzerne, un trèfle, ou un sainfoin, auxquels doit succéder une semaille de céréales, le labour, qui dans ce cas est très profond, ramène à la surface une multitude de vers blancs. On peut faire suivre la charrue parune bande de dindons ou d'oies, qui en sont très avides et n’en laisseront pas échapper un seul. Mais c’est encore la taupe qui en détruit le plus grand nombre en creusant ses galeries souterraines.

Tous les moyens ci-dessus ne sont, il faut le re-

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connaître, que de légers palliatifs ; un bien plus radical serait le hannetonnage pratiqué en grand, dès la première apparition des hannetons, et rendu obligatoire par une loi comme l'échenillage. Sous le règne du roi Louis-Philippe, vers 1835, je crois, un homme très intelligent, et réputé pour son esprit, Romieu, préfet de la Sarthe, fit recueillir les hannetons en les payant 25 centimes le boisseau ; il fit anéantir ainsi 155 millions de hannetons dans son département, et fut pour ce fait, pendant longtemps,en butte aux plaisanteries des journaux, bien que, par cette mesure, il eût peut-être sauvé des millions à l’agriculture. Mais telle est notre légèreté de caractère, en France, que, par esprit de plaisanterie ou par ignorance, nous avons l'habitude de tourner en ridicule les choses les plus sérieuses. A combien de facéties de mauvais goût, le grand popularisateur de la pomme de terre, l'illustre Parmentier, n’a-t-1l pas été exposé !

Les hannetons recueillis dans des sacs, on les tue en les plongeant dans l’eau bouillante. Une fois qu'ils sont morts, ils peuvent être employés comme engrais. On en extrait aussi une huile grasse excellente pour lubrifier les engrenages; en outre, séchés et réduits en poudre et mêlés avec du grain ou de la pomme de terre, on en fait une sorte de pâtée pour nourrir la volaille et surtout les faisans.

Élevage du faisan et de la perdrix; les œufs de fourmi.

C'est au commencement du mois de mai ou à la fin d'avril, si la saison est favorable, que les faisans et les perdrix commencent à pondre, et comme ces oiseaux montrent une prédilection particulière pour les prairies naturelles et les champsdeblé et d'avoine, dont ils mangent les jeunes pousses, c’est le moment de recueillir leurs œufs si on veut les élever. Cette précaution est aussi fort importante pour le propriétaire de bois et de terrains de chasse au point du vue de la reproduction du gibier; car s’il les y laisse, les couvées risquent fort de devenir la proie des renards, des fouines et des oiseaux rapaces, et, à leur défaut, le fer des faucheurs ne les épargnerait pas lors de la fenaison qui a lieu vers le 15 juin; car ce n’est qu’à la fin de ce mois que faisandeaux et perdreaux commencent à voler.

Tout le monde connaît le faisan; ce bel oiseau au plumage chatoyant est originaire des bords du Phase, fleuve de l’ancienne Colchide, appelée aujourd’hui Mingrélie. C’est à cette origine qu'il doit son nom : de Phasianus, oiseau du Phase, nous avons fait faisan.

Introduit en Grèce à la suite de l'expédition des Argonautes, il s’est de là répandu dans toutes les parties tempérées de l’Europe.

Les habitudes du faisan laissent cependant peu d'espoir de l’acclimater jamais complètement dans nos

contrées. Son passage fréquent des bois à la plaine, l’usage où il est de se brancher pendant la nuit, sont pour lui des causes incessantes de destruction. Les cris qu'il pousse en allant au gagnage et en se branchant appellent l'attention de ses ennemis. En outre, les couvées déposées par terre sans aucune précaution, sont à la merci de tous les animaux de proie.

La poule faisane construit son nid soit dans un buisson, soit en plaine, dans un champ de blé ou d’avoine, soit dans une prairie. Elle le garnit de quelques herbes sèches et y dépose dix à douze œufs, rarement plus; ces œufs sont d’un vert olive clair marqué de points blancs. Les faisandeaux naissent après une incubation de vingt et un à vingt-trois jours, revêtus d’un duvet brun, et ils ne tardent pas à suivre leur mèêre.

La chasse active que leur font l’homme et les animaux carnassiers en aurait bien vite fait disparaître l’espèce, si, pour combler les vides, on n'avait soin d’en élever en grand nombre. On appelle aisanderie le liéu consacré à élever des faisans et même des perdrix. La faisanderie libre s'organise en entourant de murs ou de hautes palissades une portion de bois taillis, contenant des clairières bien gazonnées et, s’il se peut, traversée par un filet d’eau courante. On lâche dans cet enclos quatre ou cinq familles de faisans, composées chacune d’un mâle et de cinq ou six femelles. Il faut avoir soin de casser le fouet de l’aile aux mâles pour les empêcher de s'envoler; tant que

ceux-ci restent dans l’enclos, il n’y a pas à craindre que les femelles s’en éloignent. Là les choses se passent tout naturellement : chaque poule faisane se choisit un canton, pond, couve et promène sa famille. Le seul soin à prendre est de veiller à ce qu’ils ne manquent ni d'eau pure, ni de grains, surtout pendant la mauvaise saison ; dans les beaux jours, ils trouvent suffisamment de fruits et d'insectes pour subsister. Mais tout le monde ne possède pas une assez grande étendue de bois pour pouvoir en distraire les 4 ou 5 hectares nécessaires à la faisanderie libre. On se contente alors d’une faisanderie domestique, eù les faisans sont trailés comme oiseaux de basse-cour, en leur affectant un local entièrement séparé. Une cour carrée, close de murs ayant de 10 à 12 mètres de côté, suffit pour quatre coqs faisans accompagnés chacun de quatre ou cinq poules faisanes. L'espace qu’on leur consacre doit être divisé par des cloisons de treillage ou de grillage de fil de fer, en autant de compartiments qu’on entretient de familles de faisans ; car ces oiseaux sont très jaloux et se livrent à l’époque des pariades des combats furieux. On fait circuler dans une rigole en pierre ou en briques un filet d’eau courante à travers tous les compartiments, ou, si ce moyen n’est pas praticable, on enterre de petits baquets ou des terrines de grès dont l’eau doit être renouvelée tous les jours. On dispose au fond de chaque compartiment ou parquet une petite cabane en bois destinée à servir de refuge aux oiseaux en cas de pluie, et, du

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