‹ Les loisirs d'un campagnardChapitre 18 sur 51 · JUIN · texte numérisé non relu

JUIN

Fleurs des champs et fleurs des parterres.

Les légumineuses.

Juin, en latin junius, était consacré à Junon suivant

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les uns, à Junius Brutus, fondateur de la liberté romaine,

suivant les autres. Le 21 Fi

est le jour le plus long de l’année et le premier de l'été.

Dès le commencement de juin, la végétation acquiert, sous notre climat, son plus beau développement. On voit encore une grande partie des fleurs du mois précédent et un grand nombre de nouveaux acteurs paraissent sur la scène. Les bluets et les co-

Le bluet.

quelicots ouvrent leurs fleurs parmi les blés encore verts ; les adonis étalent aux feux du jour leurs pétales

écarlates et les ferment à l’astre des nuits et au serein du soir. Les liserons qui s’accrochent aux buissons les décorent de leur corolle rose et blanche : la campanule, si poétiquement nommée mwroër de Vénus, ouvre ses fleurs violettes, qui, le soir, se ferment avec symétrie ; le caille-lait ou gratteron s'associe aux chardons et à l’ivraie pour infester les champs. Mais ce sont surtout les légumineuses qui dominent ; la campagne est bariolée des fleurs blanches papilionacées des pois et des haricots, des fleurs jaunes des genèts, des fleurs roses des ononis; les prairies artificielles de luzerne, de trèfle, de sainfoin, sont d’un vert charmant diapré de mille couleurs, et de leur sein s'élève le doux parfum des mélilots, Toutes les légumineuses ont une fructification en gousse, comme le pois et la fève, c'est là le véritable légume d’où dérive le nom de la famille, et c’est à tort que, dans le langage vulgaire, on étend ce nom à toutes les plantes alimentaires et aux racines telles que les carottes, les navets, les poireaux. La fleur doit à ses pétales étalés comme les ailes d’un papillon le nom de papihonacée. Une foule de plantes alimentaires et fourragères appartiennent à cette famille. Beaucoup d’autres ont des propriétés médicales très prononcées; il nous suffira de citer la casse et le séné, les baumes et les gommes. C’est aux légumineuses qu'appartiennent les indigoüers, le bois de Campèche, le bois de Fernambouc et beaucoup d’autres plantes tinctoriales. Nos pares et nos jardins paysagers doivent une partie de leurs ri-

L'ÉTÉ. 115 chesses à cette famille où l’on compte les acacias, les faux ébéniers, les mimosas, les genêts, les cytises, le sophora, et une foule d’autres plantes, soit en arbres, soit grimpantes, qui se font remarquer par l’élégance de leur feuillage et le parfum de leurs fleurs.

. La Saint-Médard. — L'orage ; la pluie; la grêle.

Dans les premiers jours de juin, un orage a éclaté et a amené une suite de jours froids et pluvieux qui se prolongent au-delà du 8, jour de la Saint-Médard. Or, l’on connaît le dicton populaire :

S'il pleut le jour de Saint-Médard, Il pleut quarante jours plus tard.

Fort heureusement cette croyance n’est pas mieux fondée que celle de, la lune rousse. Dès le 11, en dépit du vent du nord-ouest, le soleil, perçant les nuées, commence à dorer la plaine; les marguerites étalent de nouveau leurs rayons sur la pelouse; les graines du pissenlit voltigent en ouvrant leur petit parasol ; le grillon chante dans les blés ; voilà le beau temps revenu.

Il est bon de remarquer que c’est pendant les mois de mai et de juin qu'il tombe la plus grande quantité de pluie en France; c’est là un fait constaté par les observations que l’on fait chaque jour dans les observatoires météorologiques. Si, par conséquent, la température et le vent sont favorables à la pluie, il y a

des chances pour que le mauvais temps dure quelques jours; mais le proverbe n’en est pas moins faux ainsi que l'intervention du saint.

Un savant météorologiste, le docteur Bérigny, a eu la curiosité de relever, sur les tableaux quotidiens de l'Observatoire de Paris, le temps qu'il a fait chaque jour du mois de juin pendant quarante années consécutives. Or, pendant cette longue période de temps, le proverbe ne s’est pas réalisé complètement une seule fois. Pendant les quarante années dont il est question, il a plu vingt-deux fois le 8 juin, et deux seules années ont donné, l’une trente-deux jours de pluie, l’autre vingt-sept, à la suite d’une Saint-Médard pluvieuse ; la moyenne des jours de pluie pour chacune des autres années n’a été que de neuf jours et un tiers. Done, lorsqu'il pleut le jour de la Saint-Médard, il ne pleut pas quarante jours plus tard; et la statistique nous apprend, en outre, que la moyenne des jours de pluie et des jours de beau temps, après la date du 8 juin, est restée sensiblement la même, qu’il ait plu ce jour-là ou que le temps soit resté beau.

C’est bien ennuyeux, la pluie ! De tous les météores, c'est le plus insupportable, le plus nuisible à notre existence en plein air. Elle change subitement les conditions non seulement de l’atmosphère, mais du sol. Nous avons des vêtements contre le froid, nous n'en avons pas qui nous garantissent commodément de la pluie, et surtout de ces ondées orageuses que nous réserve souvent le mois de juin. Outre les ennuis

‘que nous cause la pluie, elle nous dérobe la lumière

du soleil, change la terre en un marais, noie la nature dans la tristesse, et va même jusqu'à nous imposer la mélancolie en même temps que la gêne et le malaise, caractère si fâcheux qu’en tous pays c’est la pluie qui signifie juste l'opposé du beau temps. Elle tombe le jour comme la nuit, trop abondamment à des époques où elle est inutile ou même nuisible, en trop petite quantité, au contraire, dans des lieux et des temps où elle serait nécessaire ; en un mot, tout au rebours des lois que nous lui dicterions si elle était à notre disposition. Mais voilà; ce qui ferait l'affaire de l'un ne ferait probablement pas celle de l’autre. Le citadin, lui, n’aime pas la pluie, le campagnard la supporte, le paysan l’apprécie, pourvu qu'elle vienne en son temps.

Après quelques jours de sécheresse, de chaleur torride, les plantes, tristement penchées vers la terre, semblent à l’agonie : dans nos jardins, nous pouvons un peu les soulager par des arrosages fréquents, quoique toujours insuffisants ; le sol brûlant absorbe rapidement le mince filet eus dont nous avons fait l’aumône aux racines et l'humidité à la surface s’évapore bien vite sous les rayons d'un soleil dévorant; mais, dans les prés, dans les champs, les pauvres plantes n’ont même pas ce léger délommagement; leurs tiges amollies laissent pendre tristement leurs feuilles et leurs fleurs ternies ; elles paraissent mourantes.

C’est alors qu’est bienvenu le gros nuage noir, dont: la masse épaisse couvre l’horizon; il s’avance rapidement et semble vouloir s’abaisser jusqu'à terre. Le soleil se voile et un souffle d’air chaud annonce l'orage en soulevant des tourbillons de poussière et de feuilles desséchées. Déjà Les oiseaux ont prévu la lutte qui se prépare; ils ont cessé leurs chants et se sont enfuis sous l’épaisse feuillée des bois; les insectes ont replié leurs ailes et cherchent partout un abri. L'éclair brille, les nues entr'ouvertes montrent un ciel de feu, et la pluie tombe par torrents; l’étincelle électrique court d’un nuage à l’autre, et les éclats du tonnerre font retentir au loin ies échos ; c'est un vacarme effroyable et tout tremble ici-bas.

Mais l'orage est un bourru bienfaisant, qui, dans nos climats tempérés au moins, fait plus de bruit que de mal. L'électricité qui se dégage des nuages purifie l'air en engendrant l'ozone ; l’eau, qui tombe à torrents du ciel, redonne la vigueur à la terre. Rien n’est comparable à cet instant de réveil et d'espoir qui succède à l'orage : les arbres redressent leurs rameaux appesantis par la pluie vivifiante; les fleurs relèvent leurs tiges courbées par la sécheresse et mêlent aux vapeurs qui sortent de la terre humectée les cffluves parfumées de leurs corolles. Ce gros nuage noir, grâce à son onde bienfaisante, a rendu à la végétation la force, l'éclat et le parfum; jardins, potagers, champs et bois, tout a recouvré sa grâce et sa fraîcheur. Aussi les paysans disent-ils que ce sont des

L'ÉTÉ. 119 pièces de cent sous qui tombent. Des zones de pluie estompent encore dans le lointain le paysage, et l’arcen-ciel aux brillantes couleurs étend son écharpe lécère comme un gage de paix.

Le ciel a recouvré sa sérénité, le calme est revenu, et, avec le premier rayon de soleil, la mélodie des oiseaux et le bourdonnement des insectes -recommence partout; de nouveau l’hirondelle glisse audessus de la prairie et saisit les moucherons, qui recommencent aussi leurs danses fantastiques.

Mais souvent, au lieu d'une onde bienfaisante, c'est la grêle que le nuage recèle dans ses flancs, la grêle, le météore le plus redoutable pour le cultivateur, qui sait bien reconnaître son approche, mais ne peut rien pour l’éviter.

Comme il est généralement admis que l'électricité joue un rôle capital dans la production de ce phénomène, on a cherché à préserver les cultures de ses terribles effets au moyen des paragrèles, sortes de perches pointues plantées Gans le solet destinées à soutirer l'électricité des nuages orageux. Ces instruments n’ont aucunement atteint le but pour lequel on les avait imaginés. En effet, la présence d’une pointe de paratonnerre à la surface du sol empêche le point où 1l se trouve d’être atteint par une étincelle électrique; mais c’est un effet purement local : il n’y a pas en réalité soustraction notable de fluide à la masse nuageuse électrisée; mais seulement, l’accumulaüon électrique ne pouvant se faire à la pointe, celle-ci

ne saurait être le siège d'une étincelle. Pour empécher la grêle de tomber, il faudrait l'empêcher de se former, etc'est là ce qu'aucun moyen connu ne nous permet d'obtenir ni même d'espérer jusqu'à présent; aussi est-ce avec un véritable effroi que le paysan voit s’avancer ce gros nuage d’un gris cendré, déchiqueté sur les bords, à franges cuivreuses, qui semble tourbillonner dans l’espace et fait entendre un crépitement lugubre.

Le nuage entr'ouvre ses flancs et, comme une mitrailleuse, lance ses grêlons meurtriers. Si c’est une petite grêle, le moindre dégât qu’elle cause est de hacher les feuilles, les fleurs et les fruits; la grosseur ‘d’un pois est déjà calamiteuse; mais lorsqu'elle atteint celle d’une noisette ou même d’une noix, c’est une véritable désolation ; rien n’y résiste et la terre est complètement dépouillée. C’est surtout au mois d'août que le désastre est irréparable pour les vignerons. À la veille de la récolte, alors qu'ils rêvent de leurs futailles au ventre rebondi et qu’ils supputent le nombre de pièces qui garniront leurs celliers, ils voient en quelques instants les belles grappes de leurs ceps réduites en bouillie.

Outre les dégâts matériels que cause la grêle par son poids et la violence avec laquelle elle tombe, on lui attribue une action délétère sur les végétaux ; c’est au moins une croyance très répandue dans les campagnes, et à ce point que beaucoup de cultivateurs ne | donneraient pas à leurs bestiaux des végétaux en-

L'ÉTÉ, 121 dommagés par la grêle. Des vétérinaires partagent cette opinion rustique, et de savants agronomes en ont admis la possibilité, sans l'expliquer.

On ne connaît pas encore bien complètement les causes du double phénomène de la formation et de la suspension des grèlons au sein des nuages. Ce qui ne saurait être révoqué en doute, c’est le rôle important que joue l'électricité dans la formation de la orèle, La présence de plusieurs couches distinctes de nuages, lorsque se produit ce météore, avait donné à penser à l'illustre Volta que les grêlons étaient successivement attirés d’un nuage à l’autre à la façon de ces boules en moelle de sureau que l’on fait danser entre deux plateaux électrisés, dans tous les cours de physique, expérience connue sous le nom de danse des” pantins. Le bruit qui précède toujours la chute de la grêle confirmerait cette manière de voir. D'autre part, ies ascensions aérostatiques expérimentales, faites dans ces derniers temps, ont fait reconnaitre qu'il règne, dans ces régions élevées, de violents courants d'air glacé, et l’on pense que c’est à l’action de ces masses d'air froid, venant condenser subitement les parties supérieures des nuages et congeler la vapeur aqueuse autour des flocons neigeux, qu'il faut attribuer la formation de la grêle. L'observation démontre, en effet, que les grèlons sont constitués par un noyau neigeux et opaque qu'enveloppe complètement une couche de glace diaphane. Mais passons à des images plus riantes.

Les produits du jardin. — Les roses; leurs variétés. Greîfte, bouture et marcotte.

Le soleil, s’élevant dans sa course, darde sur notre hémisphère ses plus chauds rayons et reste plus longtemps sur l'horizon; les longues journées sont à peine séparées par des nuits sans ténèbres; le crépuscule du soir atteint presque l'aurore du matin.

Le jardinier vigilant ne se repose guère pendant ce mois riche et chaud; car si les plantes travaillent pour nous, il faut travailler pour elles. Que de soins à prendre pour qu'elles aient tout ce dont elles ont besoin ! Il faut arroser sans cesse; donner des tuteurs aux plantes fragiles; couper les fleurs fanées pour ménager la sève, excepté celles que vous réservez comme porte-graines ; faucher les gazons; ratisser les allées; biner les massifs ; faire une chasse active aux limaces et aux chenilles et sarcler, sarcler sans relâche les mauvaises herbes qui, souvent, poussent en une seule nuit. C’est à n'en plus finir, et à peine si l’on a le temps de s’essuyer le front. Mais aussi l’on récolte le prix de ses labeurs.

Les produits de juin en légumes et en fruits sont des plus variés. On peut dire qu’il n°‘y a presque pas un légume dont on ne puisse jouir en ce mois. Après les asperges, qui sont déjà rares, voici venir les pois; on a du céleri, des artichauts à profusion, ainsi que des choux-fleurs ; après le chou d’York vient le chou

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cabus; puis ce sont les haricots, les fèves de marais; des laitues, des romaines et la chicorée d'été. Les aubergines etles concombres élevés sur couche sont en plein produit, et les tomates commencent à rapporter.

Déjà les fruits nous offrent leurs prémices. Tous les fraisiers sont en plein rapport, ainsi que les amandiers, les framboisiers, la plupart des cerisiers et quelques groseilliers. A la fin du mois commenceront à müûrir les poires de petit muscat et la prune mirobolan. On doit visiter les espaliers pour enlever les feuilles roulées en cornet, qui renferment des chenilles et des larves, et si, comme il arrive assez souvent, les fruits ont noué en trop grand nombre et que les arbres en soient surchargés, il ne faut pas hésiter à en sacrifier une partie pour assurer le grossissement ebxla parfaite maturité du reste.

Sous les rayon$ du soleil, qui deviennent de jour en jour plus ardents, la végétation prend une vigueur extrême ; nos parterres, qui ont conservé une partie des richesses de mai, voient éclore des fleurs nouvelles. Ce sont les lis, les mufliers, la gesse odorante ou pois de senteur, qui se marie sur les treillages aux tiges grimpantes des liserons et des volubilis aux clochettes brillantes :

Cette plante qui grimpe et se pend aux murailles, Et comme un réseau vert entrelace ses mailles De feuilles et de fleurs.

Ce sont les œillets qui, par leur beauté, la variété

de leurs couleurs et la suavité de leur odeur, tien- .

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