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L'ÉTÉ. 187 eaux vaseuses ou tourbeuses ont un goût terreux, qu'on leur fait perdre d’ailleurs en les mettant pendant quelques jours dans une eau pure à fond de sable.
La brème, autre Cyprin, se rapproche de la carpe par sa forme large et aplatie; mais elle en diffère par sa couleur argentée, par l'absence de barbillons et par sa queue plus large, en forme de croissant, On
La brème,
peut dire de la brème ce que nous avons dit de la tanche, que la bonté de sa chair dépend des eaux qu’elle habite; cependant elle recherche moins que cette dernière les fonds vaseux, et se tient assez généralement entre deux eaux.
Ainsi l’on peut dire que, dans un étang, la brème habite le premier, la carpe le rez-de-chaussée et la tanche le sous-sol.
La brème est en somme un poisson assez délicat lorsqu'elle est bien nourrie et atteint une certaine
taille. On la tenait même autrefois en assez grande estime, si l’on en croit ce vieux dicton français :
Qui a brème en son vivier, Peut ses amis convier.
Les carpes, les tanches et les brèmes occupent donc les trois premiers bassins, alimentés, comme nous l'avons dit, par un petit ruisseau dont le courant entretient une eau toujours pure et fraîche, condition des plus favorables à la production du poisson.
Le quatrième étang ou bassin est réservé aux perches, que leurs appétits carnassiers ne permettent pas d'associer aux autres membres de la république aquatique. Comme le brochet, ce poisson vorace attaque tous les êtres plus faibles que lui et fait de grands ravages dans les étangs et les bassins d’alevinage où on l’introduit, et, s’il est moins redoutable que le brochet, c’est qu'il n’en a ni la taille ni les terribles mâchoires.
La perche ne se reproduit que lorsqu'elle a atteint sa troisième année; elle fraie en avril ou mai, selon la température, et fixe ses œufs en nombreux chapelets aux herbes du rivage, où ils forment de longs rubans repliés sur eux-mêmes et retenus par un enduit visqueux semblable à celui du frai de grenouille. Ces œufs ont la grosseur d'une graine de pavot,et chaque femelle en pond de quarante à cinquante mille.
Comme pour les carpes, on a eu soin de remplacer la végétation des rivages par des frayères artificielles,
L'ÉTÉ. 189 et, lorsque la ponte a eu lieu et que les œufs ont été fécondés, on recueille ces frayères et on les dépose dans les corbeilles à incubation, dont nous avons parlé, pour les mettre à l'abri de la voracité des rats d’eau et des oiseaux aquatiques, qui en sont très friands. En même temps que les perches, on met dans ce bassin un certain nombre de gardons, de vérons, de goujons et-poissons blancs qui, par leur fécondité de reproduction, fournissentune nourriture abondante aux jeunes perches
La perche.
La perche adulte est un beau poisson au corps oblong un peu comprimé, long de 35 à 40° centimètres. Son dos est d’un vert brun; ses flancs dorés sont
- marqués de bandes transversales noirâtres ; ses nageoires inférieures sont rouges ; sa dorsale, très épineuse, est marquée en arrière d’une tache noire. Lorsqu’elle peut se procurer facilement la nourriture qui Jui est nécessaire et qu’elle vit dans les eaux qui lui sont favorables, la perche est d’un goût exquis; les anciens la recherchaient dans un temps où le luxe de
leur table était porté au plus haut degré, et Ausone, dans son poème de /a Moselle, compare sa chair à celle des meilleurs poissons de mer et la nomme deces des festins.
La perche nage toujours entre deux eaux, et avec une grande vitesse; on la voit souvent s'arrêter, rester presque immobile ; puis se porter vivement dans une direction quelconque et reprendre presque aussitôt son immobilité première. Lorsqu'il fait très chaud, on la voit s'élever à la surface du bassin et s’élancer avec agilité pour saisir les moucherons qui se pressent par milliers au-dessus des eaux. Ce poisson est extrêmement vorace, il se précipite sur toute proie qui s'offre à lui, et dévore indistinctement les petits poissons, les tritons, les têtards et même de jeunes grenouilles. Parfois aussi sa gloutonnerie lui est funeste ; lorsque, se jetant sur une épinoche, celle-ci redresse ses fortes épines et les enfonce dans le palais de la perche, qui, dès lors, ne pouvant ni la rejeter ni l’avaler, périt victime de sa voracité.
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