JUILLET
Travaux et productions du mois. — Fruits et fleurs du jardin. Le lis, l'iris, le pavot.
Juillet, septième mois de notre calendrier, était Le cinquième de l’année romaine — celle-ci commençant en mars — et s'appelait guëntihs. Il prit le nom de Julius sous le consulat de Marc Antoine, en l'honneur de Jules César, réformateur du calendrier romain, qui était né le 12 de ce mois.
Le poète Ausone représente juillet sous l'emblème d’ün homme nu, dont le soleil a hâlé les membres, et dont les cheveux roux sont entrelacés de tiges et d’épis ; il tient une corbeille remplie de mûres.
Ce mois était consacré à Neptune, en l'honneur duquel on célébrait des jeux nautiques. Le vingt-huitième jour, on offrait à Cérès un sacrifice de vin et de miel, et l’on égorgeait quelques chiens roux à la canicule, dans l'espoir de détourner les trop grandes chaleurs.
Juillet est le premier mois de l'été, qui apporte à l'homme des champs l'abondance, le travail et la joie. Il se repose pendant les chaleurs accablantes du midi; mais, levé avant l'aurore, il jouit de la brise,
cette douce fraîcheur des matins et des soirs qui vient d'elle-même sous le chaume que la clématite et la vigne ont revêtu de leurs riantes draperies. Au village, chacun se prépare à la grande action du mois d’août; le charron, le bourrelier ne savent plus où donner de la tête. Chacun prépare ses armes; celui-ci martelle sa faux, celui-là aiguise sa faucille, cet autre met des dents à son râteau. Au nord de la Loire, les blés ne sont généralement récoltés qu’en août; mais dans le Midi, dans ces régions favorisées du soleil, la moisson se fait au mois de juillet. Les travailleurs sans occupation s’assemblent au jour fixé sur la place de l'Église, vont entendre là messe, et, après la bénédiction, se mettent en route le paquet sur l'épaule et la faucille pendue près de la gourde, pour offrir leur concours à ceux qui en ont besoin. Ils parcourent ainsi la contrée, fauchant, moissonnant, faisant la récolte des olives, des glands, des châtaignes. A la même époque, on récolte les colzas et la navette, dont on exécute le battage sur une bâche, et l’on fait partout la moisson du seigle, puis des avoines d'hiver ; le froment ne vient qu’en dernier.
Le jardin potager fournit abondamment toutes sortes de légumes et le verger commence à s'enrichir. Outre les fraisiers des quatre saisons, qui continueront à nous donner leurs fruits jusqu'aux premières gelées, on cueille sur les arbres, en pleine maturité, des figues, des abricots, des guignes, des bigarreaux, des framboises, des groseilles à grappes et à maque-
L'ÉTÉ. 193 reau, du cassis, quelques pêches hâtives, des grosses prunes bleues couvertes de leur fleur et les reinesclaudes juteuses et sucrées, les plus savoureuses de toutes les prunes, obtenues au château de Blois et baptisées par la reine Claude, femme de François I”. On récolte aussi des poires telles que le muscat Robert, le rousselet hâtif, la Madeleine.
Pendant cette longue série de beaux jours, le mois de juillet continue l’évolution des plantes estivales. Les espèces alors fleuries sont innombrables; près d’un millier se montrent ensemble sur la scène, où elles viennent figurer en donnant le majestueux spectacle des merveilles de la création. Le jardin est resplendissant.
Les roses les plus suaves et les plus gracieuses ont disparu avec le mois de juin ; mais les roses du Bengale, les roses noïsette et celles dites perpétuelles embellissent encore nos parterres.
A leur tour, les roses trémières, les dahlias, la balsamine du Japon attirent les regards. Les belles-denuit ouvrent le soir leurs corolles parfumées blanches et roses. Les cinéraires, les coreopsis, les campanules, les fuchsias, les gardénias, les hortensias, le laurier-rose, le myrte, les œillets, les phlox forment un coup d'œil magique par leur beauté et la variété de leurs couleurs. L’aconit dresse son magnifique épi -de fleurs bleues en forme de casque, et son port élégant lui fait pardonner ses propriétés funestes. Il en
estde même du datura, autre empoisonneur, qui épa-
nouit à côté ses grandes fleurs blanches en long cornet plissé.
Mais voici les lis qui élèvent leur tige altière audessus des autres fleurs, ils charment les veux par la beauté et la grandeur de leur corolle. Le chef de la famille, le lis blanc, est originaire d'Orient. Ses belles fleurs, d’un blanc éclatant, couronnent la tige de leurs grappes odorantes, qui parfument au loin l'air F. que nous respirons. Mais cette odeur exquise devient | nuisible dans un lieu clos, et des lis conservés pendant la nuit dans la chambre à coucher peuvent occasionner des accidents d’une certaine gravité. Le lis est le symbole de la grandeur et de la majesté et, comme tel, figure sur les armoiries de plusieurs souverains et notamment dans les armes de France. Saint Louis avait pris pour devise une marguerite et un lis, la première faisant allusion à la reine, le second aux armes de France. Le lis blanc est également regardé comme l’emblème de la candeur et de l'innocence. Les peintres ont très souvent placé une tige fleurie de lis entre les mains de la Vierge ou de leurs saintes. Près du lis blanc s'élève le superbe martagon ou lis tigré, dont les grandes fleurs d’un rouge orange ponctué de pourpre et de brun recourbent leurs pétales en dehors. Il donne des variétés à fleurs doubles de couleur pourpre ou d’un Jaune brillant. Le lis du Japon, surnommé le magnifique, incline nonchalamment ses longues fleurs roses tachées de pourpre.
Les lis, comme les tulipes, les jacinthes, les crocus, les fritillaires, ete., proviennent d’un oignon qu'il faut relever dès que la plante est desséchée, pour le replanter en automne ; cependant les bulbes des lis et des fritillaires peuvent rester trois ou quatre ans en terre.
Les fleurs de lis qui figurent dans le blason de nos
anciens rois n'ont pas été
prises sur le lis blanc de nos jardins, le seul qui fût connu à cette époque ; on n'a qu'à le regarder pour voir qu'il ne lui ressemble en aucune façon, tandis que la forme héraldique rappelle plutôt l'iris des marais dont les grandes fleurs jaunes et les feuilles dressées en glaive garnissent le bord du ruisseau. Mais si réellement cette plante a eu l'honneur de figurer dans les armes de
Le lis.
France, elle a joui d’une bien mauvaise réputation pendant les siècles superstitieux du moyen âge, et a servi bien souvent d’instrument au crime et à la cupidité. L’iris des marais, qu'on nomme aussi glaïeul des marais où faux acore, a une racine rampante, épaisse, rougeûtre, d'un goût âcre et irritant, dont la sorcellerie faisait usage pour accomplir ses malé-
fices. Elle entrait dans la composition de l’onguent dont on s’oignait avant de partir pour le sabbat.
« Cueillez du glaïeul à minuit, disent les livres de magie etentre autres le Dragon rouge; râpez sa racine fraiche, et mettez immédiatement cette râpure dans de l'huile blanche; puis mêlez cette huile avec du suc de pavot réduit à l’état de pâte, et vous vous en frotterez le front, les aisselles et autres parties du corps. Après quoi vous tomberez dans un sommeil profond, et, à votre réveil, vous vous sentirez si léger, que vous n’aurez plus qu’à enfourcher un bâton et à partir pour le rendez-vous de minuit. » Ce mélange de glaïeul et de pavot agissait-il comme une sorte de haschisch, qui troublait la raison des soi-disant sorciers et leur causait des rêves étranges et des hallucinations? C'est bien possible. Les jeteurs de sort employaient aussi la racine de glaïeul pour décimer les troupeaux de leurs ennemis, ou pour accabler ceux-ci de maux.
Voici encore une des plus belles plantes que je connaisse, mais, aux yeux de beaucoup d'amateurs, elle a ‘un défaut capital, c'est de n'être pas rare. Je veux parler du pavot. En effet, il croît partout; les moissons en sont parsemées et, dans le nord, on en cultive des champs immenses. Le pavot des jardins a une figure pittoresque et un port superbe; sa belle tige ronde, chargée d’un fin duvet, porte des feuilles qui l’embrassent de leur base élargie, leur limbe ondulé se découpe en longs festons et forme les contours les plus gracieux. Avant l'épanouissement, les bou-
tons à fleurs sont penchés ; mais aussitôt que leur calice s'ouvre, que leurs pétales se développent, ils se
redressent comme pour mieux offrir à la vue l'éclat des couleurs de la fleur et la beauté de sa forme. Il y en a de rouges dans toutes les nuances, depuis le rose le plus tendre jusqu’au pourpre le plus foncé; il y en a de blancs, de violets, de panachés. Il n’y en a pas de jaunes; ce que l’on appelle vulgairement pavot jaune, n'est pas un vrai pavot, bien -qu'il appartienne à la même famille ; son véritable nom est glaucion. Ses grandes fleurs jaunés rappellent celles du pavot, mais sa capsule a la forme d'une longue gousse arquée, ce qui le fait appeler parfois pavot Cornu.
Malheureusement chaque fleur dure peu; le même jour la voit naïître et la voit presque flétrir; mais on
Le pavot.
en est dédommagé par le développement successif des autres fleurs portées sur la même tige. Du sein de cette fleur sort un ovaire, sorte de petite capsule piriforme, coiffé d'une calotte festonnée sur les bords et portant à sa surface des galons de velours qui rayonnent du centre à la circonférence. Cette capsule, d'abord verte, grossit rapidement, devient d’un brun clair ou jaunâtre, et constitue ce que l’on appelle Za tête de pavot. Cet ovaire énorme renferme d’innombrables graines, plus de 30 000, dit-on — je ne les ai pas comptées — mais si toutes germaient, la terre entière en serait couverte avant la cinquième génération. Ces graines, qui ne participent pas aux propriétés narcotiques de la plante, fournissent une huile alimentaire excellente en même temps que précieuse pour la peinture; on la désigne dans le commerce sous le nom d’Auile d'œllette.
Les Romains et les anciens Égyptiens pétrissaient ces semences torréfiées avee du miel, et en faisaient dés gâteaux et autres friandises. Cet usage s’est conservé de nos jours dans quelques contrées de l’Allemagne et de l'Italie. De la capsule incisée découle un suc blanc comme du lait, qui change de couleur en se coagulant, et passe à l’état d’opium, poison mortel en même temps que médicament inappréciable. L’excès habituel d’opium a pour conséquence les désordres les plus graves, les plus effrayants. Les Tures et les Chinois ont une véritable passion pour cette substance; ils l’avalent ou la fument pour se procurer