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La libellule.
séchée par les rayons brülants du soleil, se fend sur le dos, et de cette enveloppe sordide sort une briliante libellule au corps d'émeraude qui, déployant ses quatre ailes de gaze, prend son essor et donne carrière à ses instincts carnassiers en poursuivant les insectes qui voltigent en cherchant la fraicheur. De nombreux scarabées d'eau, dytiques et gyrins, viennent à la surface renouveler leur provision d'air, et plongent dans la profondeur des eaux pour y chercher une proie.
Les insectes ; leur rôle dans la nature. — Les auxiliaires du cultivateur. — Les oiseaux.
Dans ces jours d’accablante chaleur, où l'homme perd sa force et son énergie, des êtres vivants sans nombre, comme les grains de sable de l’océan, usent leur vie en quelques heures, naissent et disparaissent de la scène du monde. Ils ont obscurei l’air de leurs innombrables tribus, ils ont rempli l’eau des mares et des ruisseaux de leurs millions d'individus; ils criblent les plantes ; ils se logent partout, dans l’épaisseur d’une feuille, dans le pétale d’une fleur, et abri-
tent dans un fruit, qui pour eux est un monde, le ber-
ceau de leurs futures générations. Il en est qui courent sur le sable, d’autres parcourent les clairières, bourdonnent à l'ombre des forêts, plongent dans la corolle des fleurs qui distille pour eux le nectar parfumé. L'insecte peut choisir, chaque fleur est son domaine: ses palais sont innombrables, et leurs décors, renouvelés sans cesse, nè lui coûtent que le plaisir de voltiger. £
Là, la chenilleindustrieuse préparelacouche soyeuse du gracieux papillon qui doit en sortir à l’automne ; elle a rapproché deux feuilles par des liens solides, et, sous ce premier abri, elle a filé sa tente. Ayant ainsi assuré son repos, elle s'endort momentanément pour se réveiller sous une forme nouvelle, et parcourir, soutenue sur des ailes brillantes, les régions
de l'air. Fleurs mouvantes et aériennes, les papillons viennent animer ces solitudes. Celui-ci montre sur ses ailes de pourpre des yeux irisés qui lui ont valu le nom de paon de jour ; cet autre, le morio, aux ailes frangées d'or, étale en planant toute la splendeur de ses taches azurées, un troisième à les ailes d’un jaune doré qui le ferait prendre pour une fleur de genêt, lorsqu'il est posé, et lui ont fait donner le nom de soufré ; puis, c’est le vulcain aux ailes noires tachées de feu, et des nuées de papillons blancs qui croisent dans tous les sens leur vol capricieux.
J'ai toujours été frappé des transformations qui s’opèrent dans la chenille. C’est d'abord un ver, ou larve, se trainant lentement sur seize moignons qui lui servent à marcher, ou à se cramponner aux branches et aux feuilles. Son corps est formé d’anneaux, sa bouche armée de mandibules tranchantes et latérales, comme des ciseaux, et les jardiniers savent si elle s’en sert. Elle n’a pas d’yeux, à moins que l’on ne considère comme tels les petits points noirs qui, de chaque côté, garnissent sa tête écailleuse, et, comme les reptiles, elle change plusieurs fois de peau.
Lorsqu’elles ont atteint toute leur croissance, les chenilles cessent de manger, elles se retirent dans un coin, se suspendent par les pieds de derrière, comme les chauves-souris pour dormir, ou se tissent un cercueil de soie dans lequel elles se transforment en une espèce de momie, la chrysalide, corps informe, sans apparence de pattes, d'yeux, de bouche, renfer-
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mée dans une enveloppe, sorte de suaire qui lui est
adhérent de toutes parts. Cette enveloppe se brise, au bout d’un certain temps, et voilà qu’il en sort un papillon, dont l’organisation est toute différente ; il a six longues pattes, des antennes, de grands yeux à mille facettes, au lieu de mandibules courtes et tranchantes, une longue trompe qu'il déroule comme un ressort pour pomper le nectar au fond de la corolle des fleurs, et de grandes ailes, souvent plus belles que jamais peintre ni poète n’en a donné aux anges, des ailes où la nacre, l'émail, l'or et l’argent brillent sur un fond de velours, où parfois les broderies sont semées de perles, de topazes, d’émeraudes et de saphirs.
Et ces différences ne sont pas les seules. À un ver se traînant péniblement à terre, faisant son unique affaire de manger et de digérer, à une chrysalide inerte, succède un brillant papillon, vif, léger, agile, qui voltige dans l'air emporté par son caprice, qui semble, en volant de fleur en fleur, être attiré par le seul plaisir de savourer leur parfum, qui de sa trompe fine et délicate effleure, plutôt qu’il n’absorbe, le nectar embaumé.
Les chenilles sont, de tous les animaux, les plus nuisibles aux cultivateurs et surtout aux jardiniers. Les unes sont complètement nues, les autres plus ou moins velues. Quant à leurs couleurs, fort vives et agréables chez quelques-unes, elles sont plus souvent
de teintes sombres ou tout au moins propres à les
dissimuler aux recherches de leurs nombreux ennemis ; ainsi, telle chenille qui vit sur les écorces, revêt la couleur de ces écorces ou celle des lichens qui les couvrent ; telle autre qui vit sur les feuilles porte une nuance analogue à celle de ces dernières.
Toutes les chenilles, à très peu d’exceptions près, se nourrissent des différentes parties des végétaux ; généralement elles dévorent les feuilles, mais il y en a qui ne mangent que des fleurs, d’autres que des racines ; quelques-unes habitent dans les fruits ; il y en a d’autres qui vivent dans les tiges ou même dans le tronc des arbres. La plupart des chenilles sont solitaires sur différentes plantes, mais quelques espèces vivent en sociétés ou en familles nombreuses, et ce sont les plus nuisibles ; elles vivent sur les arbres fruitiers ou sur les arbres des forêts et commettent parfois des dégâts incalculables.
C'est un préjugé généralement répandu que les chenilles sont des animaux immondes et venimeux et qu'il suffit de les toucher pour être couvert de boutons ; cependant il n’a rien de fondé. Ce qu'il y a de vrai, c'est que les chenilles velues qui vivent en société sur les arbres et font de grandes toiles, telles que les processionnaires du chêne et celles du bombyx chrysorrhée qui s’établissent sur nos arbres fruitiers, sont parfois très incommodes, et l’on n’y touche pas impunément. Les poils secs provenant des vieilles dépouilles de ces chenilles renfermées dans le nid se réduisent en une fine poussière que le moindre vent
L'ÉTÉ. 211 enlève, et lorsqu'on la reçoit dans les yeux ou sur le visage, cette poussière détermine des démangeaisons insupportables, un gonflement des parties atteintes et de l’inflammation : mais ces effets sont dus à une action mécanique et nullement venimeuse. Il est pru-
Chenilles processionnaires et papillons.
dent, en tout cas, lorsqu'on veut débarrasser les arbres de ces hôtes nuisibles, de tourner le dos au vent, afin de n'être pas atteint par la poussière qui s'en dégage.
Dans les prairies inondées de soleil, la vie n'est pas moins active ; alors que la température élevée fatigue les autres animaux et flétrit la végétation, le
grillon des champs fait entendre son cri aigre et le
criquet agite sa crécelle ; des milliers d'abeïlles bourdonnent parmi les fleurs et en récoltent le miel, tandis que des troupes de petits papillons bleu d'azur se croisent dans tous les sens avec des myriades de mouches de toutes les couleurs.
Ne vous y trompez pas, les insectes, que leur petitesse semble devoir faire mépriser, constituent une des plus grandes forces de la nature ; c’est un des rouages les plus nécessaires à l’équilibre et à l’harmonie de notre monde. Chaque insecte, pris isolément, n’exerce qu'une bien faible influence, sans doute ; mais, lorsqu'ils sont réunis en multitudes presque infinies, ils deviennent une véritable puissance avec laquelle il faut compter. S'ils sont répandus partout en myriades innombrables, c’est, n'en doutons pas, qu'ils sont indispensables à l'équilibre de la vie sur notre globe.
Les insectes ont des rapports plus ou moins intimes avec les végétaux ; les uns pour assurer leur multiplication en contribuant à porter le pollen d’un individu mâle dans les fleurs d’un individu femelle, souvent placé fort loin du premier; -- des groupes entiers d'insectes semblent n’avoir pas d’autre destination, — la nature leur a donné, dans ce but, des brosses de poils, des palettes propres à ramasser le pollen et à le porter au loin.
Mais si un certain nombre d'insectes est destiné à cette mission de propagation, un nombre bien plus
considérable sert à régler la multiplication de ces
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L'ÉTÉ. 213 mêmes végétaux, afin de conserver de justes proportions entre tous les êtres répandus sur la terre, et qu'aucun ne puisse dépasser les limites qui lui sont assignées.
Les insectes ont encore d’autres missions : les uns sont destinés à replacer la matière dans la circulation générale, en ne permettant pas qu'elle reste un instant inutile, et ils concourent dans ce but avec d’autres agents physiques et chimiques. Beaucoup ont pour fonction de hâter la mort des animaux et des
végétaux malades; d’autres ont pour mission de com-
pléter cette œuvre et ne s’attaquent qu’à des êtres morts et décomposés; d’autres font disparaître les déjections des grands animaux, afin d'empêcher qu'elles n’infectent l'air. Tous changent ces matières, devenues inutiles, en un terreau fécond, et viennent contribuer à leur transformation en gaz vivifiants.
Toutefois, si les insectes sont indispensables pour maintenir l'équilibre parmi les végétaux dans la nature abandonnée à elle-même, ils deviennent dangereux, ils nuisent gravement à l'homme quand celuiei est intéressé à faire dominer certains végétaux indispensables à ses besoins. En propageant ces végétaux, en les multipliant outre mesure, il tend à rompre les harmonies de la nature, et celle-ci vient s’y opposer en multipliant dans les mêmes proportions les insectes destinés à empêcher cette perturbation.
En général, les insectes sont pour nos cultures des
ennemis d'autant plus redoutables que, par leur exiguité ou par leurs ruses, ils échappent souvent à nos investigations. Mais la nature a voulu qu'ils eussent leur place au soleil et le droit de s’asseoir au grand banquet de la vie. L'homme, qui s'intitule le roi de la création, a la vanité de croire que la terre a été créée pour lui seul; dans sa pensée, tous ses produits lui appartiennent et tout ce qui l’importune ou ne contribue pas à son bien-être est inutile. Mais le philosophe sait que rien n’est inutile ici-bas; il sait qu'aux yeux de la nature, la vie de l’homme n’a pas plus d'importance que celle du plus infime insecte, et
qu’elle ne tient pas à la conservation des individus, :
mais à celle des espèces. Quand celles-ci deviennent trop nombreuses, elle ouvre sa main puissante et laisse échapper les épidémies et les parasites, et chaque espèce rentre dans les limites qui lui sont assignées.
Les insectes, comme les animaux placés! plus haut dans l'échelle des êtres, ont aussi leurs épidémies. Dans certaines années, une grande partie des larves périt sans cause connue ou faute d’une nourriture suffisante. Ne voit-on pas souvent périr des essaims entiers d’abeilles par une maladie spéciale ? Guichardin nous apprend que, de son temps, il survint une maladie qui faisait périr presque toutes les abeilles, et que l'Église, se voyant sur le point de manquer de cire pour l'exercice du culte, ordonna des prières et des processions publiques pour conjurer cette épidé-
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L'ÉTÉ. 215 mie. Tous les sériciculteurs ne connaissent que trop la muscardine, qui tue les vers-à soie, et tout le monde a pu voir bien souvent des mouches mortes, couvertes d’une efflorescence blanchâtre, collées aux vitres ou aux boiseries où elles étaient venues se fixer avant de rendre le dernier soupir.
Outre les épidémies qui les déciment, les insectes ou leurs larves ont des ennemis excessivement nombreux dans toutes les classes d'animaux, et dans la leur propre.
Ces derniers peuvent être con-sidérés comme des auxiliaires très utiles à l’homme, car ils vivent d'insectes végétariens et les poursuivent dans leurs retraites les plus cachées. Les uns, comme les carabes, insectes vigoureux et fins coureurs, les forcent à la course. L'un des plus communs, le carabe doré, plus connu dans les campagnes sous le nom de couturière ou de vinaigrier, est un bel insecte, d’un joli vert doré à reflets cuivreux. Depuis le commencement du printemps jusqu’à la fin de l’été, on le voit courir à terre dans les jardins et les champs. Il est très vorace et fait une chasse incessante aux vers, aux insectes et aux chenilles. Non seulement le jardinier, le cultivateur, doivent le respecter et ne-lui faire aucun mal, mais je leur conseille même de recueillir tous ceux qu'ils trouveront par les che-
Le carabe doré.
mins et de les rapporter dans les champs ou dans les jardins. Comme cet insecte ne vole jamais, il s'y multipliera facilement. Il en est de même de ses congénères, le carabe bleu, le carabe vert, le carabe noir, qui sont moins communs que le précédent, mais non moins utiles.
Outre ces grandes espèces de carabes, il y en a une foule de petits, de couleur noire, bronzée ou cuivrée, qui tous vivent de proies et font une énorme destruction de larves et de petits insectes déprédateurs. Comme les carnassiers parmi les mammifères, comme les lions, les tigres, les panthères, ils unissent le courage et l’audace aux instincts du carnage et de la destruction; ils ne vivent que de leur chasse, font leur proie des petits animaux sur lesquels ils s’élancent et les déchirent à l’aide de leurs puissantes mâchoires. On les reconnaitra surtout à leur corps allongé, de forme ovale, porté sur de longues pattes très propres à la course, et, en effet, on les rencontre toujours courant rapidement dans les chemins en quête d’une proie, ou cachés sous les pierres pendant la grande chaleur.
Les staphylins sont également des insectes carnassiers très utiles. Comme les carabes, ils appartiennent à l’ordre des coléoptères ou insectes à quatre ailes dont les supérieures, nommées élytres, sont crustacées et recouvrent comme des étuis les inférieures, qui sont membraneuses et repliées dessous. Seulement, chez les staphylins, ces élytres sont courtes
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L'ÉTÉ. 217 comme celles des perce-oreilles. On dirait que la nature leur a refusé un habillement complet et ne leur a donné qu’une veste. Leur corps est long et étroit, leur tête, armée de fortes mandibules pointues et croisées, est séparée du corselet par un étranglement ou espèce de cou; le corselet, pas plus grand que la tète, est en carré plus ou moins long, à angles émoussés ; les élytres recouvrent à peine le tiers de l’abdomen. L'espèce la plus commune de cette nombreuse famille, et l’une des plus grandes — elle a 3 centimètres de longueur — est le staphylin odorant. Il est tout noir et court rapidement, en relevant, comme le scorpion, l'extrémité de son abdomen. Celui-ci porte à l'extrémité deux petites vésicules blanches, qui répandent, quand on veut le saisir, une forte odeur, comparable à celle de Le staphylin. l’éther.
Des insectes non moins utiles, mais appartenant à un autre ordre, sont les ichneumons. Ce sont des mouches à quatre ailes, comme les abeilles et les guêpes; mais bien reconnaissables à leur corps mince et très allongé, à leurs longues antennes toujours en mouvement et à la tarière qui termine leur abdomen, au moins chez les femelles, et qui se compose de trois filets d’une ténuité extrême. Dans quelques espèces, ceite tarière est plus longue que le corps de l’insecte qui en est armé ; dans d’autres, elle est plus courte.
Ce nom d'ichneumon leur a été donné par allusion au petit mammifère de ce nom, qui est propre à l'Égypte, et que les Égyptiens adoraient, parce qu'ils supposaient qu'il entrait par la gueule du crocodile pour lui dévorer les entrailles. Cette fable n'a plus cours de nos jours ; on sait que l’ichneumon, comme tous les carnassiers du même groupe, vit de rats, de mulots, de petits reptiles, etc. ; mais il rend d’importants services au bord du Nil, en détruisant les œufs de crocodilé dont il est très friand.
Nos mouches ichneumons, elles, ne pénètrent pas dans le corps de leurs ennemis et ne dévorent pas leurs œufs; mais, au moyen de la tarière dont elles sont munies, elles percent la peau des chenilles et des autres larves d'insectes, et y introduisent un ou plusieurs œufs.
La petite plaie se referme vite et la chenille ne parait pas en souffrir ; elle mange et vaque à ses affaires comme d'habitude. Mais, au bout d’un certain temps, l'œuf ou les œufs éclosent dans le corps de la larve qui a été piquée, et les petits vers qui en sortent vivent intérieurement aux dépens de la victime; et, comme l’ichneumon de la fable, lui dévorent réellement les entrailles. Celle-ci en meurt naturellement: cependant, il arrive quelquefois que la chenille conserve la vie assezlongtemps pour se métamorphoser en chrysalide.
Le sphex ichneumon,