‹ Les loisirs d'un campagnardChapitre 27 sur 51 · NOR PET · texte numérisé non relu

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L'ÉTÉ. 231 chauds. Tel est l’insecte dont la larve est connue à | Cayenne sous le nom de ver macaque. Cette mouche dépose parfois ses œufs sur les narines des hommes endormis en état d'ivresse, et les larves pénètrent dans les sinus frontaux et déterminent la mort à la suite d'horribles souffrances.

Tel est encore le redoutable tsetsé ou mouche zimb, qui règne en despote dans le centre de l'Afrique. A ne considérer que là petite taille de cet insecte, à peu près de la grosseur de notre mouche commune, on a peine à comprendre la frayeur qu'elle inspire aux plus forts animaux ; cependant son seul bourdonnement jette l’épouvante parmi ceux-ci. Dès qu’elle paraît, les troupeaux, saisis de terreur, se mettent à courir de tous côtés dans la plaine jusqu'à ce qu'ils tombent épuisés de fatigue. Le corps des animaux qu’elle a piqués se couvre de tumeurs qui s’excorient, se putréfient et entraînent infailliblement la mort. Tels sont les renseignements que nous a laissés le voyageur Livingstone sur ce terrible diptère dont l’existence est une des causes qui rendent si difficile l'exploration de l'intérieur de l'Afrique.

C'est du tsetsé dont parle Isaïe lorsque, prédisant la désolation de l'Égypte, il la menace de la mouche qni viendra d'Éthiopie à l'appel du Seigneur et dont les essaims couvriront la rive des torrents au fond des vallées et poursuivront les troupeaux dans les cavernes et sous l'ombrage des bois.

Par une étrange exception, cette piqûre est sans

danger pour Fhomme et pour la chèvre, et les peuplades qui habitent les deux rives du Zambèse, où abonde le tsetsé, ne peuvent avoir d'autre animal domestique que la chèvre.

L'imagination du plus brave ne serait-elle pas épouvantée par l’idée d’une bête féroce qui, au courage et à l’avidité sanguinaire du tigre, joindrait les ailes rapides de l'aigle et des instruments de dissection plus terribles que n’en a jamais fabriqué Charrière. Sans aucun doute il ne voudrait pas habiter la même contrée que ce monstre, sa patrie fût-elle le Paradis terrestre.

Eh bien, cet animal existe, il vit au milieu de nous et en troupes considérables; il s’élance sur notre corps, s’y cramponne avec ses griffes et plonge dans nos chairs palpitantes les affreux instruments à l’aide desquels il se gorge de notre sang. Seulement, et fort heureusement pour nous, la Providence, qui aurait pu lui accorder la taille du tigre ou de l'aigle, s’est contentée de lui donner des proportions microscopiques. Cet être malfaisant n’est autre, en effet, que le cousin. N’est-il pas heureux pour nous que là se soit bornée la fantaisie de dame Nature ? car si l'on observe la forme cruelle de ses armes empoisonnées; si l’on tient compte de sa voracité qui le fait s’exposer à la mort sans essayer de fuir, lorsqu'il suce notre sang ; si l’on considère le mal qu’il nous fait proportionnellement à sa taille, ne doit-il pas être regardé comme le plus féroce des animaux ?

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Si petit qu’il soit, le cousin est le fléau de l’humanité ; l’ombrage des forêts, la fraîcheur des eaux, l’intérieur même de nos alcôves sont également troublés par son bourdonnement aigu et ses piqûres douloureuses.

Sous le climat que nous habitons, et surtout dans les villes, le cousin ne paraît pas être un fléau si redoutable ; mais dans les régions chaudes et principalement dans les pays marécageux, où ces insectes pullulent, les souffrances qu’ils causent sont intolérables. On ne peut ni dormir un instant ni se reposer, sans s’entourer de voiles de gaze appelés moustiquaires. Les Caraïbes d'Amérique ne se frottaient le corps d’ocre rouge que pour éloigner les maringouins,

et c’est dans ce but que les Hottentots s'enduisent de

graisse et de beuse de vache ; peut-être est-ce à la même cause qu’il faut attribuer l'habitude de fumer le tabac, que les Espagnols trouvèrent établie chez les sauvages du nouveau monde.

On pourrait croire que les contrées du Nord, déjà si peu favorisées sous d’autres rapports, devraient être à l’abri de cette peste ; mais il n’en est rien. Les malheureux Lapons en sont tourmentés à ce point qu'ils sont obligés de se frotter le visage et les mains de graisse et de vivre constamment au milieu de la fumée. Pendant le voyage qu'il fit dans ces contrées, Linné vit des malheureux qui avaient perdu l’usage de leurs membres, devenus monstrueux par les piqûres réitérées de ces animaux.

« Comment décrire les souffrances que nous causait cette peste ailée? dit le capitaine Bach, dans son Voyage au pôle Arctique. Ges atroces persécuteurs s'élevaient en nuages et obseureissaient l'air. Parler et voir était également impossible ; car ils s’élançaient sur chaque point de notre corps qui n’était pas défendu, et y enfonçaient en un instant leurs dards empoisonnés. Nos visages ruisselaient de sang, comme si l'on y eût appliqué des sangsues. La cuisante et irritante douleur que nous éprouvions, immédiatement suivie d’inflammation et de vertige, nous rendait presque fous. Nos hommes, même les Indiens, se jetaient la face contre terre en poussant des gémissements semblables à ceux de l’agonie. »

Malgré sa méchanceté, le cousin est un assez joli petit être. Son dos, un peu bossu il est vrai, porte deux ailes de la plus fine gaze irisée; sa tête est ornée de deux belles aigrettes en forme de panaches, et ses yeux ont l'éclat de l'émeraude et du rubis. Mais ce qui doit surtout exciter l'admiration de l'observateur, c'est la délicatesse et la perfection de la trompe, instrument de notre supplice. Cet appareil de dissection, véritable trousse de chirurgien, consiste en einq petites lames semblables à des lancettes, les unes dentelées en scie, les autres seulement tranchantes, renfermées dans un étui. L'étui est un tube fendu dans sa longueur, très flexible, et terminé par une lèvre ou petit bouton.

Lorsqu'un cousin s’est posé sur votre main, il fait

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L'ÉTÉ. 235 sortir du bout de sa trompe une pointe très fine avec laquelle 11 tâte successivement plusieurs endroits de la peau, jusqu'à ce qu'il ait trouvé le point qui lui convient, c'est-à-dire un petit vaisseau dans lequel il puisse pomper le sang à loisir. Il a bientôt fait son choix, ce dont on est averti par la douleur que cause la piqûre ; car il fait tout à coup sortir son aiguillon de l’étui et le plonge tout entier dans la chair, en faisant jouer ses lames dentelées, afin d'élargir la plaie. À mesure que ces lancettes s’enfoncent, le fourreau, qui ne pénètre pas avec elles, mais est retenu au bord de la plaie par son ourlet ou bouton, se courbe en are de plus en plus aigu ; son rôle est de maintenir les lames minces et flexibles de l’aiguillon. Pour une trompe si délicate, le sang est un fluide encore trop grossier et, afin de lui donner plus de fluidité, le cousin y mêle une certaine liqueur vénéneuse qui détermine dans la plaie une irritation et une enflure plus ou moins considérables. La piqûre du cousin est par elle-même légère; mais c’est à la présence de ce liquide vénéneux qu'il faut attribuer la douleur cuisante qu'on en ressent.

Dans les chaudes soirées d'été, on voit les cousins former au-dessus des eaux de petits nuages, qui montent et descendent en s’entre-croisant, et semblent se livrer, sous les rayons obliques du soleil couchant, à des danses fantastiques. |

J’ai pu tout à loisir observer les mœurs des cousins ; Car 1l existe, au bout de mon jardin, un vaste

tonneau d'arrosage où toutes les cousines du canton semblent s'être donné rendez-vous pour venir y pondre leurs œufs. En effet, le cousin qui voltige dans l’air a d’abord été habitant de l’eau ; avant d’être ailé et empanaché, c'était un petit ver aquatique qui n'aurait pu vivre hors de son élément liquide. Aussi est-ce sur l’eau que la femelle va déposer ses œufs.

Ces œufs sont allongés, oblongs, pointus supérieurement et réunis en une masse qui a la forme d’un radeau et vogue à la surface de l’eau. Tous ces œufs sont posés perpendiculairement, et l’on se demande comment l’insecte parvient à les faire-tenir dans cette position, du moins les premiers, qui doivent nécessairement offrir trop peu de base par rapport à leur hauteur.

Voici comment il s'y prend : lorsqu'une femelle veut pondre, elle s’accroche au moyen de ses quatre pattes antérieures à quelque brin d'herbe ou à quelque petite aspérité au bord de l’eau, de manière à ce que l'extrémité de son abdomen effleure la surface du liquide ; puis elle allonge ses deux longues jambes postérieures qu'elle croise en X sous l'extrémité de l’abdomen, et pond alors son premier œuf qui reste maintenu verticalement par les jambes ; elle en pond alors un second qu’elle colle le long du premier, toujours en le maintenant avec ses pattes ; puis un troisième et ainsi de suite, et ce n’est que lorsqu'elle a pondu son dernier œuf qu’elle abandonne le petit radeau qui est alors en état de voguer sans risque.

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