HILL
do
La maison que j'habite.
mousses. Au bout du jardin, au-dessous d’un grand saule, j'ai disposé un berceau pour m'abriter contre les rayons du soleil. Les branches inférieures du saule ont été abaissées pour former cette tonnelle, et sur ces branches grimpent le chèvrefeuille et la elématite. Les rossignols, les fauvettes et les roitelets aiment cet endroit; leur chant, se mariant au murmure éternel du ruisseau, forme un concert ravissant qui repose délicieusement l’esprit. Un jardin sans oiseaux ressemblerait à une maison sans habitants; aussi, bien loin de les écarter, je m’efforce de les attirer chez moi, trouvant que la petite dime qu'ils prélèvent chaque année sur mes fruits n’est qu'une légère rémunération des services qu'ils me rendent et du plaisir qu'ils me donnent.
Mars ouvre l’année. — Ses titres à la prééminence. E Théophile Gautier.
Les anciens peuples de l'Orient, les successeurs de Romulus et les Français eux-mêmes avant Charles IX faisaient commencer l’année au mois de mars, ordre bien plus conforme à la nature que celui de notre calendrier actuel. N'est-il pas rationnel, en effet, que l’époque du renouvellement de la nature soit l’époque du renouvellement de l’année? C'est en mars véritablement que l'hiver finit pour nos climats et que le soleil fait luire sur nous les premiers beaux jours.
Ce n’est point cependant que nous jouissions encore
d’une douce température; ce mois consacré au dieu Mars, est comme lui dur etrigoureux ; mais les travaux de lacampagnerecommencent alors. L’hiveret ses frimas ylacés résistent encore aux premiers souffles du printemps ; le combat s’établit dans l’atmosphère, et les divers incidents de la lutte produisent les giboulées. Les nuages emportés par le vent du nord reviennent sous une impulsion contraire, et la nuée entr’ouverte laisse échapper des ondées de grésil qui tournoient et qui tombent sur la végétation naissante.
Mais bientôt le calme se rétablit, le soleil brille et donne le signal du réveil à tout ce qui peut vivre et respirer. Mars n’est pas encore le printemps, mais ce n’est déjà plus l'hiver. Les jours commencent à devenir plus longs, la température plus douce, et dès qu'un rayon de soleil vient dorer la campagne, tout semble renaître. Dans les champs pointent déjà les seigles et les blés verdoyants, les bourgeons des arbres ouvrent leurs écailles et les dessous du bois commencent à jaunir.
Dans l’antiquité, c'était dans ce mois qu'on renouvelait sur l'autel de Vesta le feu sacré, pris au foyer même du soleil avec un miroir ardent, et qu’on célébrait les fètes Jrlaries (joyeuses), espèce de carnaval. Un concile a décidé que c’est au mois de mars, vers l’'équinoxe du printemps, que Dieu créa le monde, et les historiens juifs affirment que c’est à la même époque que s’effectua le passage de la mer Rouge par les Hébreux sous la conduite de Moïse. En voilà plus
qu'il n’en faut pour illustrer le mois de mars, quand même 1l n’aurait pas l'avantage, inappréciable à nos yeux, de clore l'hiver et d'ouvrir la porte au printemps. Voici comment Théophile Gautier exprime cette idée :
Tandis qu'à leurs œuvres perverses Les hommes courent haletants, Mars, qui rit malgré les averses, Prépare en secret le printemps.
Pour les petites pàquerettes, Sournoisement, lorsque tout dort,
Il repasse des collerettes Et cisèle des boutons-d'or.
La nature au lit se repose ;
Lui, descend au jardin désert, Et lace des boutons de rose Dans leur corset de velours vert.
Puis, lorsque sa besogne est faite
Et que son règne va finir,
Au seuil d'avril tournant la tête,
I dit : « Printemps, tu peux venir. »
En effet, dans les derniers jours de mars le soleil commence à prendre de la force, la terre s'échauffe, les premières feuilles paraissent et nos regards se reposent avec bonheur sur des rideaux de verdure; le printemps approche et déjà sa douce haleine se fait sentir.
La renaissance &es feuilles; leur rôle dans la nature. Les premières fleurs.
La renaissance des feuilles est peut-être, de tous les phénomènes de la nature, celui qui inspire le plus de plaisir et d’admiration ; chacun en attend, avec le retour des beaux jours, le brillant cortège des fleurs et des fruits qu’elles promettent. Si elles n’ont poiat le coloris séduisant et le parfum des fleurs, elles sont plus durables, plus nombreuses; leur couleur d’un vert gai repose agréablement la vue. Soutenues la plupart par une queue mince, légère, flexible, le pétiole, elles se jouent au gré de l'air, qu’elles purifient en l’aspirant, qu’elles renouvellent en le rejetant.
Les feuilles ne sont pas seulement destinées à faire l’ornement de nos bois, à nous procurer de l'ombrage ou à récréer nos yeux par la variété de leurs formes; elles ont des fonctions plus importantes à remplir dans l'acte de la végétation. Ce sont, avec les racines, les organes principaux de la nutrition des plantes. Criblées de pores à leur surface, elles servent à l’absorption des fluides nécessaires au développement de la plante ou à l’exhalation de ceux qui sont devenus inutiles. Ce sont des espèces de poumons dans lesquels pénètre l'air ambiant, au contact duquel les fluides contenus dans le végétal subissent les élaborations qui les rendent propres à la nutrition de la plante. Enfin, les feuilles, si utiles pour la conserva-
tion des végétaux, ne le sont pas moins pour celle de notre propre existence.
Tandis que l’air atmosphérique est continuellement altéré et vicié par notre respiration, par les décompositions putrides, par les vapeurs qui s'élèvent du sein de la terre et qui, en s’accumulant, porteraient dans les organes de la vie la destruction et la mort, les feuilles des arbres le purifient, le rendent salubre, en absorbant toutes ses parties non respirables, en les décomposant et en laissant échapper par leurs pores, surtout lorsqu'elles sont frappées par le soleil, une grande abondance d’air vital ou d'oxygène, si nécessaire à l'entretien de notre santé. Merveilleuse harmonie par laquelle les végétaux fournissent à la respiration des animaux l'élément nécessaire à leur existence et en reçoivent à leur tour les fluides indispensables à leur développement.
Bien peu de plantes encore osent ouvrir leurs corolles aux vents froids de mars; il en est cependant quelques-unes qui affrontent le danger et viennent charmer nos regards si longtemps attristés par les frimas. De ce nombre sont plusieurs arbres fruitiers dont les fleurs paraissent avant les feuilles : tels sont l’amandier, l’abricotier, le pêcher; déjà leurs fleurs, sollicitées par les rayons pénétrants du soleil, ont rompu leur enveloppe soyeuse.
L’amandier, originaire des pays chauds, a conservé l'habitude de fleurir de bonne heure; symbole de l’étourderie, sans s'inquiéter de la différence du climat
sous lequel on l’a transplanté, il répond le premier à l'appel du printemps et ouvre ses fleurs avant tout autre. Mais presque toujours les gelées tardives le punissent, sans le rendre plus sage. Ses fleurs sont de petites roses simples, à cinq pétales d'un beau blanc, formant comme une coupe d’albâtre du milieu de laquelle s'élèvent vingt à trente petites colonnes surmontées de chapiteaux d'or. Ces fleurs rappellent déjà l'odeur et le goût de l’amande qui se formera dans leur sein et mürira, si les gelées printanières le permettent; mais cela est bien rare sous le climat de Paris. Non loin de l’amandier commun, fleurit dans mon jardin l’amandier nain, qui vient de Géorgie : c’est un charmant arbrisseau dont la taille ne dépasse guère 1°,50, mais il se couvre au printemps de belles fleurs roses d'un effet charmant.
Voici qu'à leur tour l'abricotier se couvre de fleurs blanches et le pêcher de fleurs roses; mais:si l’on veut jouir de leurs fruits savoureux en été, il faut se hâter de les abriter contre les gelées blanches, si meurtrières en mars et avril.
Les violettes se montrent entre leurs petites feuilles arrondies et-embaument l'air de leur parfum délicieux. Elles ne se cachent pas tant qu'on l’a dit, et si elles s'abritent au pied des arbres et des buissons, c'est qu'elles craignent la trop grande chaleur aussi
bien que le froid. Mais en vain se cacheraient-elles
sous l'herbe, leur parfum les trahit et le bleu pourpré de leur corolle perce à travers le gazon. Malgré la
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modestie qu’on lui prête, la violette a exercé la verve des poètes presque autant que la rose; les princes de l'Église ont pris sa couleur, qui est aussi le deuil des rois ; enfin elle est la favorite des femmes. Les violettes bleues, blanches, lilas, violettes, couvrent tout au printemps : les bois, ies prés, les sentiers, les coteaux, le bord des ruisseaux ; mais ces diverses espèces ne jouissent pas toutes des mêmes dons. La violette odorante fuit l’intérieur des bois et semble se mettre partout à notre portée, dans les Jardins, au bord des chemins, sur la lisière des bois. La violette sauvage ou violette des bois n’a pas de parfum, non plus que la violette des prés à fleurs d’un bleu clair, ni la violette des Alpes à corolle jaune.
Les pensées sont sœurs des violettes ; la petite pensée sauvage, qui recherche les fourrés, est d’un jaune tendre, mais elle n’a pas les larges pétales et les riches couleurs que lui a donnés la culture. Observez bien ces jolies fleurs : les cinq pétales inégaux de sa corolle figurent, par la réunion de leurs onglets au centre de la fleur, une sorte de masque dont les grimaces variées sont des plus amusantes. Est-ce là ce qui leur a valu le nom de pensées ?
La pensée des jardins est une des plantes qui attestent le mieux l'influence modificatrice de la culture et en même temps la variabilité de certaines espèces. Aucune description ne saurait rendre toutes les combinaisons de coloris et la variété de tons qui ont été obtenus sur la corolle de la pensée. Sa forme,
la grandeur de ses fleurs, et jusqu'à un certain point le port même de la plante, sont également sujets à varier ; aussi les Dotanistes n’ont-ils pas encore pu s’accorder sur l’origine des innombrables variétés qu’elle nous présente.
La primevère, dont le nom rappelle qu’elle est une des premières fleurs du printemps, émaille déjà nos bois et nos prairies. Du milieu d’une rosette de feuilles ridées et velues s'élève une tige légère portant une grappe de fleurs penchées d’un beau jaune, tachées de rouge. Cette jolie plante, transportée dans nos jardins sur un sol plus substantiel, a donné une foule de variétés à grandes fleurs, de couleurs variées, qui font, en cette saison, l’un des premiers ornements des jardins. Les oreilles-d’ours, descendues des Alpes dans nos parterres, et si remarquables par leurs formes variées et les riches couleurs de leur corolle, sont des primevères.
Au bord de l’eau, le tussilage ou pas-d'âne ne montre encore que ses fleurs semblables à des houppes dorées : ses feuilles, rondes et larges comme le sabot d’un baudet, ne viendront que l'été. Près de lui, l'iris nain épanouit ses belles fleurs violettes à pétales élégamment recourbés. Les crocus printaniers ouvrent dans le gazon, parmi les petites étoiles blanches des pâquerettes, leurs fleurs en forme de lis, jaunes, violettes ou panachées, et la giroflée jaune brille comme un rayon de soleil au sommet des vieux murs.
Travaux du jardinier. — Les semailles. — Travaux des champs. Le tallage et le provignage.
Mais voilà le moment où les fonctions de jardinier commencent à n'être plus une sinécure. Le sécateur à la main, je parcours les bosquets et coupe sans pitié les branches qui gènent la vue ou détruisent par l’exagération de leur développement les proportions de la plante. Il ne faut pas imposer aux arbres des formes étranges, contraires à celles que leur donne la nature, mais il est utile de les aider à être beaux, bien faits, de les dégager de leur bois mort, de retrancher les branches trop vigoureuses, qui tirent à elles toute la sève et détruiraient l'harmonie. Il faut biner, fumer, butter ; c’est le moment de planter ses choux et généralement tous les légumes qui ne craignent pas trop les gelées. Lorsque celles-ci sont à redouter, il faut avoir soin de recouvrir les semis et plantations d'une couche de terreau ou d’un léger paillis. C'est aussi le moment de semer en bordures ou en touffes la julienne de Mahon, les pieds-d’alouette, le réséda, le pavot, les renoncules, anémones, etc., de tailler les rosiers les plus délicats, tels que bengale, thé, noisette; mais il est toutefois prudent d'attendre pour cela que les hâles de mars soient passés.
Mars est le mois des semailles; c’est l'époque où l’on sème presque tous les végétaux utiles : les blés, les seigles de printemps, l’avoine, les trèfles, les sain-
foins, le lin, l’œillette, les betteraves et bien d’autres encore. Aussi la plaine, couverte de travailleurs, présente le spectacle le plus vivant et le plus animé. Les blouses bleues des hommes, les fichus, les mouchoirs de tête rouges des femmes diaprent gaiement la marqueterie brune et verte des champs labourés, et çà et là on voit errer sur la prairie des chevaux bais et blancs.
— Mais, qu'est-ce là, père Mathurin ; vous laissez une vache paitre votre blé en herbe?
— Eh! oui, me dit le vieux paysan à demi courbé et s'appuyant sur son hoyau; c'est pour le faire taller ; mon blé poussait trop en herbe.
Et il m’expliqua comment, dès que le seigle ou le froment commencent à monter, on le renverse afin que la tige couchée sur le sillon et à moitié recouverte de terre produise de chacun de ses nœuds des racines et des rejetons. De même que, pour rafraichir une vigne en mars, oncouche les sarments dans une rigole, afin que de leurs bourgeons naissent de nouveaux ceps, ce que l’on appelle provigner. De même encore que des traçants ou stolons lancés naturellement de tous côtés reproduisent et multiplient les fraisiers. C’est ainsi que j'appris un axiome d'agriculture : «I n'est bon blé que de tallage. »
Les premiers oiseaux du printemps : l’alouette, le merle, le coucou.
Depuis longtemps déjà la gentille alouette s’est établie dans nos guérets.
Elle n’est pas le seul oiseau qui précède le printemps, le merle et le coucou font également leur apparition en mars. Dès l'aube, le merle, ce gai siffleur, chante dans les pommiers en fleur. Il niche de bonne heure dans les vieux lierres qui, en hiver, lui livrent leurs baies succulentes. De la mousse, qui ne manque jamais sur le tronc des arbres, du limon, qu'ils trouvent au pied ou dans les environs, tels sont les matériaux dont ils font le corps du nid; des brins d'herbe et de petites racines sont la matière d’un tissu dont ils le revêtent intérieurement, et le mâle et la femèlle y travaillent de concert avec une telle assiduité, qu'il ne leur faut pas plus de huit jours pour finir l'ouvrage. La femelle y pond cinq ou six œufs d’un vert bleuâtre tachés de rouille, et pendant qu’elle couve, le mâle pourvoit à sa subsistance. Le merle ne nous quitte pas l'hiver, maisil ne fait entendre sa voix qu’à l'approche du printemps et pendant une partie de la belle saison.
Le coucou est l’un des premiers à nous annoncer le printemps. Qui n’a pas entendu, en se promenant dans les bois vers la fin de mars ou dans le courant
d'avril, les deux notes en tierce mineure auxquelles
cet oiseau doit son nom? Mais si tout le monde connaît son chant monotone, bien peu connaissent l’oi-
Le coucou, mâle et femelle.
seau pour l'avoir vu. C'est que le coucou est d’une sauvagerie extrême, et que sa vue perçante lui permet de découvrir au loin ses ennemis.
J'ai pourtant eu cette bonne fortune, un jour que, couché dans l'herbe, je me tenais immobile, tout absorbé par mes réflexions. Un coucou vint se poser non loin de moi sur la branche d’un chêne, et son vol léger et doux me le fit d’abord prendre pour un petit oiseau de proie. Je me tins immobile comme un roc pour le bien contempler. Mon oiseau avait la grosseur el le maintien d’une pie, mais les pattes fort courtes. Son plumage brun cendré sur le dos, couleur de rouille au cou, d’un blanc sale marqué de raies transversales noires au ventre; son bec un peu recourbé, ses yeux ronds à iris jaune, la longueur de ses ailes et de sa queue, tout cela lui donnait un faux
air d'épervier. Peut-être est-ce cette ressemblance
qui a donné lieu à cette très ancienne croyance populaire que le coucou se métamorphosait en épervier. * Il n’est d’ailleurs pas de fables ou de contes qui n'aient été inventés ou répétés sur les habitudes si singulières de cet oiseau. Si l’on en croit Pline, celui qui entend le coucou au printemps doit aussitôt s’arrêter pour tracer un cercle autour de son pied droit ; la terre sur laquelle ce pied est posé est une poudre excellente pour empêcher les puces de se multiplier! Essayez-en, cela ne coûte rien. Un autre affirme que, cousu dans une peau de lièvre, cet oiseau procure le sommeil. En réalité, les mœurs du coucou sont assez
singulières par elles-mêmes, sans aller chercher ces
absurdités. :
L'amour pour ses petits est un instinct tellement
répandu chez les animaux, et l’on peut ajouter tellementnécessaire pourassurerla propagation delespèce, qu'on pourrait dire qu'il ne manque dans aucun. Eh bien, le coucou fait -exception à la règle et semble avoir été créé exprès pour mettre le philosophe et le naturaliste en garde contre les théories et les principes trop absolus.
Le coucou ne prend lui-même aueun soin de sa progéniture, il charge d’autres oiseaux du soin de couver ses œufs et d'élever ses petits. La femelle ne fait pas de nid, elle pond à terre un œuf qu'elle prend dans son bec et va déposer dans le nid de quelque petitoiseau insectivore, tel que fauvette, rouge-gorge, mésange, bergeronnette, ete. Chose curieuse à noter, les œufs du coucou sont très petits proportionnellement à sa taille, à peine plus gros que ceux de la fauvette, et leur coloration n’est pas constante ; ils sont tantôt jaunâtres, tantôt verdâtres, tantôt blanchâtres, tachetés ou non tachetés. C’est, je crois, le seul oiseau dont l’œuf puisse varier d'une teinte à l’autre.
C’est toujours furtivement et en prenant les plus grandes précautions que le coucou dépose ses œufs dans les nids, en épiant l'absence des propriétaires ; car il sait qu'il éprouverait de leur part une résistance opiniâtre. Et ce qu'il y a de plus singulier, c'est que ces mêmes oiseaux qui repoussent l’envahisseur avec acharnement, donnent à son œuf et à son petit les mêmes soins qu'aux leurs, bien qu’ils puissent facilement reconnaître qu'ils ne leur appartiennent pas.
Rien n'est curieux comme de voir ce gros poussin sans plumes remplissant à lui seul tout le nid — car presque toujours il en a éliminé ses infortunés frères de lait — ouvrant un large bec et piaillant sans cesse, au point d’étourdir ses parents adoptifs qui s’épuisent à apporter des aliments à ce nourrisson insatiable et plus gros qu'eux.
On a dit que le jeune coucou dévorait ses petits frères, c’est là une calomnie, le coucou est insectivore et non un oiseau de proie. Ce qu’il y a de vrai, c'est que, beaucoup plus gros et plus fort que les enfants du logis éclos en même temps que lui, et se trouvant à l’étroit dans ce petit nid, ses mouvements brusques jettent par-dessus bord ses compagnons. Peut-être même y met-il quelque malice et agit-il ainsi dans le but intéressé de son bien-être et de sa * conservation personnelle. Devenu assez grand pour s'envoler du nid et chercher lui-même sa nourriture, il quitte ses parents d'adoption sans retour.
Si l’on cherche la raison de ces habitudes anormales, on la trouvera dans les mœurs volages de cet oiseau, mœurs que lui à imposées la nature. Les coucous sont des oiseaux migrateurs qui arrivent dans notre climat isolément et successivement, les uns dès la fin de mars, les autres dans le courant d'avril, Les mâles, beaucoup plus nombreux que les femelles, vivent solitaires pendant tout l’été dans le canton qu'ils ont choisi; la femelle, au contraire, aussitôt arrivée, fait choix d'un époux et, dès qu’elle a confié
à un nid étranger le fruit de son union, elle part pour convoler à de nouvelles noces dans un autre canton, et fait ainsi quatre ou cinq pontes dans la saison; ce qui explique comment l’on trouve de jeunes coucous non seulement en mai et en juin, mais aussi aux mois de juillet et d'août.
C’est donc en raison de ses mœurs polygames que le coucou néglige de couver ses œufs et de nourrir ses petits, puisque ce dernier instinet l’obligerait à rester au nid tandis que le premier l’en éloigne.
Le coucou est d’ailleurs un oiseau utile à notre point de vue; il ne vit que d'insectes et nous débarrasse d’une multitude de chenilles nuisibles aux essences forestières; il recherche particulièrement les chenilles velues que la plupart des autres oiseaux insectivores ne mangent point, et nous rend ainsi de grands services.
La chasse du lapin. — Le furet.
Si la chasse est fermée, le chasseur fanatique peut s’en dédommager en fusillant quelques lapins, animaux dont les habitudes vicieuses ont fait autoriser la chasse en tout temps.
Quoique proche parent du lièvre, dont il ne se distingue guère que par les dimensions moindres de ses oreilles; de sa queue et de ses jambes de derrière et par son habit gris, le lapin a des habitudes très diffé-
rentes de celles de son congénère, On peut même dire qu'il y a antipathie entre les deux races, et que les cantons habités par l'une sont généralement peu fréquentés par l’autre.
Le lapin nous est venu d'Espagne à la suite des Maures, et, grâce à son étonnante fécondité, il s’est répandu presque dans le monde entier, au point de devenir en quelques pays un véritable fléau. Pline nous rapporte que le lapin a renversé des cités et que les habitants d'une des îles Baléares furent forcés de demander le secours d'une légion romaine contre l'invasion des lapins. Quoi qu'il en soit, cet animal, par ses habitudes et sa prolificité, est un dangereux ennemi pour le cultivateur et le forestier. Il ronge dans les bois les rejets et les jeunes plants, et sa dent est si meurtrière qu'il n’y a souvent d'autre remède que le recepage. En hiver, lorsque la neige couvre le sol, il s'attaque à l’écorce des arbres, et cause ainsi aux jeunes taillis des dégâts très sensibles. Il ronge
également la vigne, et se nourrit au besoin de graines,
de fruits, d'herbes, de légumes ; il exerce pendant l'hiver de grands ravages dans les blés verts. Quoique vivant également bien dans tous les terrains qui ne sont pas trop humides, le lapin préfère les sols sablonneux, dans lesquels il peut creuser plus facilement sou terrier. Ce terrier est un trou profond, à une ou plusieurs issues, et dans lequel il
vit en famille. C’est là qu'il passe la plus grande par-
tie du jour et qu'il cherche un refuge quand il est
poursuivi. En outre, il se choisit un gîte où il se rase quand il n’est pas au terrier; c'est ordinairement dans un buisson, sur le bord d’un fossé, dans les broussailles, sous des piles de fagots, parfois même au milieu d’un champ.
Le lièvre ne fait pas de terrier; mais il se choisit avec soin un gîte auquel il revient pendant quelque temps. A ces différences de forme et d’habitudes que nous avons constatées entre le lapin et le lièvre, il faut en ajouter une autre que je découvre dans un livre de cuisine. Ce respectable cordon bleu nous apprend que «le lapin demande à être écorché vif! » — singulier goût; — « mais le lièvre préfère attendre » : je comprends cela; mais ne discutons pas làdessus.
La femelle du lapin ou hase, comme on l'appelle, a, chaque année, quatre ou cinq portées, composées chacune de quatre à huit et même dix lapereaux. Ces petits sont en état de produire dès l’âge de six mois; or, comme le lapin peut vivre huit à neuf ans, on comprend la rapidité avec laquelle il se multiplie ; ce qui augmente encore le danger que sa présence fait courir aux bois qu'il habite et aux champs riverains. La femelle dépose ses petits non dans son terrier, où le mâle les mettrait à mort, mais dans un trou appelé rabouillère, qu’elle creuse à cet effet quelques jours avant de mellre bas et qu'elle recouvre de brins d'herbe sèche et de feuilles. La fécondité du lapin est si grande, qu'une seule paire de ces animaux ayant
LE PRINTEMPS. 25 été lâchée dans une île déserte où il n’en existait pas auparavant, ils’en trouva plus d’un millier au bout d'un an, et il est certain que ces rongeurs multiplient si prodigieusement dans les pays qui leur conviennent, que la terre pourrait à peine fournir à leur subsistance, si une foule d’ennemis n’en entravaient la trop grande propagation.
C’est précisément ce qui est arrivé en Australie, où le lapin, inconnu il y a un quart de siècle, est devenu pour les colons australiens un véritable fléau. Cet animal s’est trouvé là dans un milieu tellement propice, qu'il s’y est en quelque sorte transformé ; et y a pris des habitudes nouvelles. Ainsi, tandis qu’en Europe il ne se reproduit que pendant six ou huit mois, il reproduit toute l’année en Australie, où le climat lui est aussi favorable que la nourriture abondante, et où il compte beaucoup moins d’ennemis. Il y est devenu plus oros, plus remuant, moins timide. Un naturaliste anglais a été frappé d’étonnement en voyant les lapins dans la colonie de Victoria grimper aux murs, se hisser et se cacher dans le creux des arbres, comme le ferait un écureuil, se mettre à la nage et traverser des rivières comme des rats d’eau. On ne saurait se faire une idée, dit-il, des ravages que ce rongeur peut faire aux récoltes, et le danger est devenu tel, que le gouvernement a offert une prime de 10000 livres sterling à celui qui trouvera le meilleur moyen d'exterminer cette engeance.
Chez nous, la guerre acharnée que lui font les re-
nards, les martes, les fouines, les oiseaux de proie, et par-dessus tout l'homme, suffit pour maintenir dans d'assez justes proportions la propagation du lapin.
On chasse le lapin au fusil et au chien courant, au chien d'arrêt, au furet et en battue ; on le détruit également à l'affût, au piège, ou on le prend vivant au panneau. La chasse aux chiens courants se fait surtout à l’aide de bassets ; elle est fort amusante. Le chien basset est le plus lent de tous les chiens; sa perfide lenteur, qui fait que le gibier chassé le méprise et trottine devant lui au lieu de prendre parti, donne au chasseur tout loisir de tirer, surtout s’il est posté sous bois dans le voisinage des terriers. La principale manœuvre du lapin, quand il se sent poursuivi par les chiens, est de revenir au terrier. Il est donc important pour le chasseur de rester immobile à son poste et de conserver un silence absolu.
Quand on chasse le lapin au chien d'arrêt dans les jeunes taillis et dans les broussailles, on doit se tenir prêt à tirer dès que le chien tombe en arrêt, car le lapin part toujours avec une extrême rapidité, et cet exercice exige beaucoup de prestesse, de coup d'œil et d'habitude de la part du tireur. Souvent on se borne à tirer le lapin au sortir du terrier d'où l’expulse le furet, ou on le prend vivant avec des bourses, petits filets qu’on tend à l'ouverture des terriers.
Le furet est un petit carnassier de la famille des martes, au corps long, souple et vigoureux, comme tous les membres de la famille, et, comme eux, un
LE PRINTEMPS. 27 vrai buveur de sang. Originaire d'Afrique, d’où il est passé en Espagne avec les Arabes, il nous est venu de ce pays en compagnie de ses envahisseurs. Mais il ne peut exister dans nos bois en liberté ; le froid et l'humidité l’empêchent de vivre et de se reproduire. On l'élève en domesticité en ne lui donnant que du pain trempé dans du lait, et on le tient le plus chaudement possible dans des boîtes où il dort presque constamment.
c Le furet.
Malgré sa robe claire, le furet est la bête noire du lapin, et réciproquement : et l’homme a utilisé ses instincts sanguinaires pour opposer une barrière aux envahissements du rongeur.
. Lors donc qu’on veut fureter un terrier, que l’on a reconnu être habité par des lapins, on tend les bourses sur chacune des gueules du terrier, et, par l’une d'elles, on introduit le furet, Celui-ci, dès qu'il a senti sa proie, se glisse, fouille les galeries, y met le désarroi, en expulse tous les habitants, qui, cherchant
à fuir par une des issues, se précipitent dans les bourses. Le furet, avide de sang, n’a qu'une idée fixe, celle d’en acculer un dans une impasse ; et, s’il parvient à ce résultat, si l’on n’a eu soin de le museler, il égorge incontinent sa victime et lui suce le sang jusqu’à ce qu'il en soit ivre; et, comme il s'endort aussitôt qu'il est repu, on est obligé d’attendre son réveil pour recommencer plus loin le fouillage.
On cherche habituellement à le réveiller en tirant un coup de fusil à poudre dans un des trous; mais souvent ce moyen ne réussit pas. La chasse au furet se fait également sans bourses, ou en bouchant seulement quelques-uns des trous. Les lapins s’échappent par les gueules restées libres, et on les tire au débouché. Quelle que soit la méthode que l’on emploie, il faut observer le plus grand silence, car si le lapin entend le moindre bruit, il se laissera plutôt étrangler dans son terrier que d’en sortir.
On a peine à comprendre que, bien armé comme il l’est de puissantes incisives, capables de couper comme un ciseau, le lapin se laisse égorger sans résistance par le furet ou même par la belette, qui sont moitié moins gros que lui; alors surtout qu'il sait très bien se servir de ses armes naturelles contre les siens au besoin. [l faut croire que la vue seule de ses ennemis le paralyse et lui ôte jusqu’à la conscience de ses moyens.
La pêche.
Quant à la pêche, en mars, on peut, surtout dans la dernière quinzaine, si le temps est beau et que les giboulées ne soient pas trop violentes, prendre, pendant les heures du milieu du jour, quelques carpes, gardons, chevennes ou goujons. A cette époque, les poissons recherchent avidement deux choses : le soleil et la nourriture : c’est donc près du bord et sur les gués qu'il faudra pêcher, car c’est dans les endroits où 1l y à peu d’eau que le poisson ressentira plus directement les rayons bienfaisants du soleil; c’est là aussi que la carpe et les autres poissons herbivores vont chercher les jeunes plantes qui commencent à pousser et leur fournissent une pâture tendre et succülente. Le meilleur appât à employer en cette saison est le ver rouge ou ver de vase, dont le poisson est très gourmand. |
Les brochets et les perches commencent à frayer dans ce mois ; il est, par conséquent, inutile d'en tenter la pêche à la ligne ou au trimmer; car un poisson qui fraie est tout entier à cette importante occupation et ne mord pas.
Je ne parle que pour mémoire des truites et des saumons ; ces délicieux poissons, dont la pêche est si amusante et si pleine de péripéties, n’ont pas jugé les eaux de mon canton dignes de leurs ébats. Pour ceux plus heureux que moi, je dirai donc que ces
semblent pour retourner à la mer. Il est ee qu'àace 24 moment la pêche en est interdite, ef que, d'ailleurs, Le amaigris et languissants, ils Sr une Brpie facile, a
mais très médiocre. F5 :