SEPTEMBRE
Les travaux des champs. — Les fleurs. — Les champignons. Les fruits. — Le parterre.
Le mois de septembre, ainsi nommé parce qu'il était le septième du mois de l’année romaine, voit continuer et terminer les récoltes si activement commencées dans le mois précédent. Les labours, les ensemencements. d'automne et surtout la préparation de tout ce qu’il faut pour la vendange dans les pays vignobles, ne laissent pas le cultivateur manquer d'occupations. C’est à la même époque qu'on récolte les pommes de terre, les haricots, les féveroles, le safran, le houblon et les betteraves.
L'arrivée du mois de septembre est marquée par un abaissement de température; les brouillards commencent à humecter la campagne. Dans les prés et les bois, les fleurs sont devenues plus rares, il n’en reste qu’un petit nombre, dont la terre sera bientôt dépouillée. L’œillet superbe étale encore dans les bois les franges roses de ses pétales ; l’aster-amelle
élève sur les coteaux ses boutons-d'or entourés de rayons bleus, près des corymbes orangés du lynosyris. Une fleur pâle, qui paraît souffrante, se montre partout dans les prairies : c’est le colchique, dont les corolles lilas, évasées comme celles des tulipes, naissent sans feuilles et sans abris. L'herbe seule | les protège contre les vents d'automne, car la fleur appartient à un oignon profondément enfoui dans la terre et chaudement enveloppé de tuniques superposées.
Mais alors le sol des bois, qui conserve une chaleur humide, remplace ces fleurs par une immense variété de champignons, dont les formes bizarres et les couleurs souvent brillantes ne le cèdent en rien à celles de leurs charmantes devancières. Au premier rang
Le colchique.
se trouve la délicieuse oronge, dont le large chapeau orangé se distingue de si loin. Tantôt complètement épanouie, elle montre le jaune doré de ses feuillets, tantôt enfermée dans une membrane d’une blancheur éclatante, elle découvre seulement le sommet de son dôme doré. Près d'elle se dresse, en rivale, la redoutable fausse oronge, au port élégant, aux lames d'ivoire, dont le chapeau écarlate
est relevé de nombreuses mouchetures blanches. Ailleurs,on trouve en abondance l’agaric poivré, au vaste
parasol d’un blanc pur, et qui laisse couler de ses blessures un lait corrosif et brûlant; non loin croissent les agarics sanguin et émétique, qui offrent toutes les nuances du violet et du carmin. L'agaricsoufréélève son chapeau jaune, dont
L’amaaite oronge.
l'odeur est infecte, près de l’agaric rosé qui répand un parfum de noisette. Les bolets sont encore plus
nombreux que les agarics; ils atteignent d'é-normes proportions; quelquesuns attachés aux arbres y forment comme un auvent : tel est le champignon dont on fait l’amadou, et qui atteint
L'amanite fausse oronge.
jusqu'à 50 et 60 centimètres de largeur. De grands espaces sont occupés par la mérule corne d’abondance,
qui tire son nom de ses tubes rembrunis évasés par en haut. Elle s’aligne en longue série au milieu des mousses et contraste avec la chanterelle orangée,commune dans les mêmes localités. Des champignons charnus, fauves ou chamois, paraissent çà et là, en groupes nombreux et ressortent par leurs jolies nuances sur le vert velouté des mousses, tandis que la clavaire-corail fait briller au loin ses touffes buissonnantes et parfumées d’un rouge vermillon.
Dans ces journées radieuses de la fin d'août et du commencement de septembre, la nature arrivée à un calme équilibre semble jouir et se reposer dans son œuvre; passé cette époque, elle suit une pente naturelle qui descend. Quel repos enchanteur! Les tomates, lasses de müûrir, commencent à se flétrir; les melons musqués couverts d’une dentelle délicate de : filaments entrelacés sont prêts à se détacher de leur. tige, signe infaillible de maturité. Le raisin, pénétré de ce fluide doré que lle soleil répand autour de lui, commence à tourner; les grappes prennent des teintes pourprées, mais elles ont encore plus d'apparence que de goût. Les poires commencent à se colorer et à grossir; on en voit quelques-unes apparaître à travers les feuilles aussi vermeilles que les joues d’une fraiche brunette. Outre la fraise des quatre saisons qu’on a toujours sous la main, on a encore la cerise du Nord, les figues d'automne; c'est dans ce mois que mûrissent les meilleures pêches et beaucoup de prunes excellentes. On a en abondance toutes sortes
de légumes, et même avec plus de facilité que dans les deux mois précédents, parce que, la chaleur étant devenue plus modérée, toutes montent moins vite et exigent moins d’arrosements.
Nos parterres, pour s'être appauvris, ne sont cependant pas déserts, tant s’en faut. Nous y voyons encore la plupart des fleurs qui brillaient au mois d'août et quelques plantes nouvelles, dont les plus gracieuses sont : la ketmie arborescente, l'amaryllis belle-dame, le jasmin des Açores. Elles sont accompagnées d’un grand nombre d’asters, de soleils, de verges d'or, de coréopsis et de plusieurs autres radiées auxquelles se joint la nombreuse tribu des
dahlias, tous plus éclatants les uns que les autres.
Les reines-marguerites, les balsamines, les œillets d'Inde brillent au premier rang sur les parterres. Comme travaux de jardinage, on n’a guère que ceux d'entretien et de propreté et la surveillance des graines, afin de récolter chacune au moment de sa maturité. Les arrosements doivent être d'autant plus modérés que la chaleur est plus diminuée, et il vaut mieux les faire le matin que le soir. Parmi les arbres fruitiers, les pêchers seuls exigent quelques soins; il faut pincer et palisser les branches les plus vigoureuses. Quant aux autres, il suffit de découvrir les fruits trop ombragés.
J'aime à me promener ou à rêver dans mon jardin pendant les belles journées de l'été. J'entends par rêver être assis au soleil et regarder dans le
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