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vague. Les derniers rayons du soleil de septembre sont d’une douceur extrême ; on peut en absorber une assez grande quantité sans en être incommodé. Il est fâcheux qu'on ne puisse les recueillir comme provision de combustible pour l'hiver. Peut-être cette découverte de l’emmagasinement de la chaleur solaire est-elle moins éloignée qu'on ne croit. Des savants, qui ne reculent devant aucun obstacle, ont déjà tenté la chose. S'ils avaient pu seulement emmagasiner celle, par exemple, qui a grillé l’autre jour les feuilles de mon céleri!
S'asseoir au soleil, entouré des résultats heureux de ses labeurs, est une des plus douces satisfactions du jardinage ; mais ce dolce farniente, si délicieux qu'il soit, ne doit pas vous faire oublier vos devoirs; le jardin réclame encore vos soins. Il vous faut épamprer la vigne pour découvrir les grappes aux approches de la maturité des raisins, et mettre en sac les plus belles et les plus mûres pour les garantir des oiseaux et des mouches ; enlever sur les pêchers et autres arbres fruitiers les feuilles qui empêchent les fruits de se colorer; arracher et repiquer le plant de fraisier ; achever la cueillette des graines. On récolte ses pommes de terre... Je viens justement de récolter les miennes. Arracher des pommes de terre est une occupation utile et paisible, mais peu poétique. Cela repose l'esprit, mais point le corps, car il faut courber l’échine pour ramasser ces tubercules, comme un Ccourtisan devant son maître, et c’est là
D PAU er ur
ie vilain côté de la besogne. Si je cueillais des roses, ce serait moins fatigant et plus poétique.
Il est singulier de voir qu'il existe parmi les plantes, comme chez les hommes, des classes privilégiées ; le rosier, le jasmin, la tulipe appartiennent à l'aristocratie végétale ; ils ont droit d’entrée dans tous les salons ; les poètes chantent leurs louanges; tandis que la pomme de terre, le haricot, le navet sont considérés comme des roturiers; les salons leur sont rigoureusement fermés, ils sont relégués à la cuisine. Essayez donc d'introduire la pomme de terre ou le haricot dans la poésie, ou mème dans une prose tant soit peu élevée. Et cependant, la pomme de terre et le haricot en pleine floraison sont de fort jolies plantes ; elles sont, en outre, au point de vue pra- tique, beaucoup plus utiles que la rose ou la tulipe; mais c’est justement là ce qui est cause de leur vulgarité. Le monde est ainsi fait; presque toujours il donne la prééminence à l’agréable sur l'utile. Cependant voici le melon qui certes, en été, est au moins aussi agréable qu'utile, eh bien, son nom est une injure, et il en est de même de tous les membres de la famille des cucurbitacées. Appelez un individu melon, concombre ou cornichon, et il se fâchera tout rouge, tandis qu'il s’enorgueillira des noms de Larose, . de Jasmin ou de Lafleur, noms chers aux valets roués de l'ancien régime. D'un autre côté, voici le pois qui n’est qu'un légume, et cependant l'expression /a fleur des pois exprime le nec plus ultra de la perfec-
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tion humaine. Pourquoi mon chou est-il un mot de tendresse, tandis que potiron serait un terme de mépris ?
La pomme de terre. — La pelouse et la taupe.
Quoi qu'il en soit, la pomme de terre est une plante précieuse et dont le mérite est aujourd’hui incontesté ; mais que d'efforts il a fallu, que de ruse et d'habileté ont été dépensées pour la faire accepter en France ! Originaire du Pérou, la pomme de terre fut importée par les Espagnols après la conquête ; elle passa par leur intermédiaire en Italie, dans les Pays-Bas, en Angleterre, mais resta pendant plus d'un siècle dans la catégorie des raretés et fut presque oubliée. Cependant, vers le milieu du dix-septième siècle, les agriculteurs de la Grande-Bretagne commencèrent à la cultiver; mais son introduction et ses progrès sur le continent furent beaucoup plus tardifs. En France surtout, de nombreux préjugés s’élevaient contre la pomme de terre; comme elle appartient à la famille des solanées, presque toutes douées de propriétés vénéneuses, les savants disaient que, de quelque manière que l’on apprêtât cette racine, elle serait toujours fade et dangereuse, et qu’on ne pourrait jamais la compter au rang des aliments agréables. Enfin, dans les dernières années du dixhuitième siècle, un homme, dont le nom est devenu célèbre, Parmentier, employa plusieurs années de sa
ae
L'AUTOMNE. 323 vie en efforts, dont une énergie de volonté peu commune et une conviction profonde pouvaient seules le rendre capable, pour propager parmi nous une plante
Parmentier.
qu'il savait être appelée à rendre les plus grands services. Il prouva, par des expériences répétées, que la pomme de terre n'avait aucune des propriétés nuisibles de la famille des plantes à laquelle elle appar-
tenait, qu'elle pouvait flatter les goûts les plus délicats, et, enfin, qu'on pouvait la cultiver dans les terrains les plus stériles.
Il fit part de ses idées au roi Louis XVI, qui les partagea et lui accorda sa protection; mais ie plus difficile était de rendre ces idées populaires et surtout d’intéresser à leur succès la mode. cette reine despotique, dont l'autorité domine même celle des rois. Sur le conseil de Parmentier, Louis XVI se montra dans une fête publique, tenant à la main un bouquet composé de fleurs de pommes de terre. Ces belles corolles blanches à anthères jaunes, disposées en corymbe et accompagnées de feuilles élégamment découpées, excitèrent la curiosité. On en parla à la cour et à la ville; on les imita pour les faire entrer dans les bouquets artificiels: elles furent adoptées par les fleuristes comme plantes d'agrément, et les seigneurs, pour faire leur cour au roi, en envoyèrent à leurs fermiers avec ordre de les cultiver. Néanmoins, cette première tentative resta stérile; malgré les ordres des grands propriétaires, les paysans ne les cultivaient qu'avec répugnance, ils refusaient d'en manger et l’abandonnaient à leurs bestiaux.
Convaincu que, si la pomme de terre finissait par entrer dans les usages et par suppléer le froment, toute famine deviendrait impossible, Parmentier n'hésita pas à consacrer sa fortune, son talent, sa
vie entière à cette œuvre immense de charité. Il.
acheta ou prit à ferme une grande quantité de ter-
ue. bride dun fe" ‘dei vis
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rains en friche, dans le voisinage de Paris, et y fit planter des pommes de terre. La première année, il les vendit à bas prix; peu de gens en achetérent. La seconde année, il les offrit pour rien; personne n'en voulut. Il eut alors une inspiration de génie. Il supprima les distributions gratuites et fit publier à son de trompe, dans tous les villages des alentours,
une défense expresse qui menaçait de toute la ri-
gueur des lois quiconque se permettrait de toucher aux pommes de terre dont ses champs regorgeaient. Les gardes champêtres eurent ordre d'exercer, pendant le jour, une surveillance active et de rester chez eux pendant la nuit. Dès lors, chaque carré de pommes de terre devint, pour les paysans, un jardin des Hespérides, dont le dragon était endormi. La maraude nocturne s'organisa régulièrement, et le bon Parmentier reçut de tous côtés des rapports sur la dévastation de’ses champs qui le comblaient de joie.
La pomme de terre avait acquis la saveur du fruit défendu, et sa culture s'étendit rapidement sur tous les points du royaume. On sait les services qu'elle rend aujourd’hui.
J'ai travaillé toute la saison pour me faire une pelouse. Il m'a fallu préparer le terrain, l'ensemencer, y passer le cylindre, mais aussi, une fois poussé, comme il réjouissait la vue. L'autre jour, je venais justement de passer la tondeuse sur ma pelouse et je me plaisais à en contempler la surface unie, quand
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je remarquai tout à coup une, deux, trois boursouflures de terrain fraîchement remué, et m’'avançant aussitôt, je découvris qu'une taupe était venue explorer mon gazon. En moins d’une nuit, elle avait creusé et soulevé le sol comme l’eût fait un sanglier. Je découvris ses traces et me plaçai en sentinelle la bêche à la main. Je restai là quelques minutes immobile, et, de guerre lasse, j'allais me retirer, lorsque je vis un mouvement dans la terre de l’une des taupinières. J'enfonçai alors vivement le fer de ma bêche dans le monticule et, la faisant aussitôt basculer, je fis sauter en l'air et la terre et la taupe.
C’est un fort joli petit animal que la taupe, avec son épaisse fourrure d’un beau noir velouté et son museau rose. Puisque nous la tenons, nous pouvons Fexaminer de près : son museau est allongé en boutoir et armé à l'extrémité d'un petit osselet qui lui sert comme de tarière pour percer èt soulever la terre, ce qui ne nuit en aucune façon à la délicatesse de son odorat. Quant à l'œil, il est si petit et si bien caché sous les poils qu’on ne le voit pas, et bien que sa vue doive être très faible, la taupe n’est pas complètement aveugle, comme on le croit généralement. Pour déchirer la terre et la rejeter de côté, elle a reçu de la nature des instruments merveilleusement appropriés à leur destination; ses pattes de devant, courtes et vigoureuses, sont terminées par une main à large paume tournée en dehors, à doigts très courts, mais armés d'ongles robustes, plats et tranchants.
A l’aide de ces instruments, la taupe s’avance quel-
quefois si rapidement dans la terre qu’elle semble y nager.
La taupe est un architecte habile : elle construit
une vaste chambre voûtée, surélevée, d’où partent
en rayonnant de nombreuses galeries qui communi-
< La taupe (tiers de grandeur).
quent entre elles par des couloirs. L'ensemble de ses travaux peut être comparé au réseau souterrain des égouts d'une grande ville. La taupe se nourrit exclusivement de vers, de larves d'insectes et de petits animaux, et c'est à la poursuite de sa proie qu'elle creuse ces innombrables galeries. Elle a un appétit insatiable et détruit une quantité considérable de lombrics, de courtilières, de iarves de hannetons et
d’autres ennemis de nos cultures. Elle ne ronge pas les racines des plantes pour s’en nourrir, comme on l’a dit; mais elle ne peut creuser ses nombreuses galeries sans qu'il lui arrive parfois de briser ou de déchausser quelques racines, et lorsqu'elle rencontre sur son chemin une plate-bande ou un potager, elle y produit quelques dégâts. Cependant, si l’on met en balance la quantité d'insectes nuisibles qu’elle dévore, les petits désordres qu’elle cause se trouveront largement compensés. Dans les prairies, au contraire, la taupe ne rend que des services ; car, en même temps qu'elle les débarrasse d’une foule de ronseurs, elle exécute un excellent drainage et ramène à la surface une terre substantielle qui renouvelle la couche supérieure du sol. Aussi ce petit animal. st longtemps considéré comme la bête notre du cultivateur, compte-t-il aujourd’hui de nombreux protecteurs, et les agronomes les plus instruits le rangent parmi nos plus utiles auxiliaires.
L’alouette ; ses mœurs; chasse aux alouettes.
Dès les premiers beaux jours qui succèdent aux brumes et aux froids de l'hiver, la joyeuse alouette fait entendre son doux ramage. Son chant d’allégresse devance le printemps et salue le ever du soleil ; ses accents sont les premiers qui frappent l'oreille du culüvateur vigilant. Le chant matinal de l’alouette est pour Jui le signal de commencer son travail; mais
elle se tait lorsque le ciel est couvert et le temps pluvieux ; elle chante, du reste, pendant toute la belle saison.
De même que dans presque toutes les espèces d'oiseaux, le chant est un attribut particulier au mâle: il chante en volant. On le voit s'élever presque perpendiculairement et par reprises, et décrire en s’élevant une courbe en forme de vis; il monte souvent fort haut, toujours chantantet forçant sa voix à mesure qu'il s'éloigne de la terre, de sorte qu’on l'entend encore aisément, lors même qu'on peut à peine le distinguer à la.
vue. Il se soutientlongtemps .
en air cet: 1l redescend lentement jusqu'à 3 ou 4 mètres au-des-
L'alouette.
sus du sol, puis il s’y précipite comme un trait; sa voix s’affaiblit à mesure qu'il en approche et il de-
-vient muet aussitôt qu'il s'y pose. La femelle reste à
terre, regarde attentivement le mâle suspendu en l'air et, voltigeant avec légèreté vers la place où 1i va se poser, semble applaudir par ses battements d’ailes à ses chansons.
Ce n’est que vers la fin d'avril que la femelle con-
struit par terre, entre deux mottes ou au pied d’une touffe d'herbe, avec de petits brins de paille, de menues racines et du crin, un nid plat ou très peu concave et presque sans consistance. Elle y pond quatre ou cinq œufs tachetés de brun sur un fond grisâtre. Après quinze jours d’incubation les petits éclosent et quinze autres jours suffisent à l’activité de la mère pour élever et instruire sa couvée et la mettre en état de se soustraire aux poursuites de ses nombreux ennemis. Mais longtemps encore on voit cette tendre mère voltiger au-dessus de sa couvée sans expérience, la suivre de l’œil avec sollicitude, diriger tous ses mouvements, pourvoir à tous ses besoins, veiller à tous ses dangers. Heureusement pour elle, l’alouette n’est plus rangée dans la catégorie des oiseaux de passage et la fermeture de la chasse lui assure une certaine sécurité.
L’alouette est cependant un des oiseaux les plus utiles à l’agriculture; elle débarrasse nos champs d'une foule de vers et d'insectes rongeurs, et, dans le Levant, où les sauterelles ne sont pas un fléau moins destructeur que la peste et la famine qui marchent à leur suite, cet oiseau est en vénération et protégé par la loi ; que n’en est-il de même chez nous, où l’on reconnait les services éminents qu'il nous rend en lui faisant une guerre de destruction qui tend à en faire disparaitre l'espèce ?
Au mois de septembre, lorsque le temps du chant et des soins maternels est passé, les alouettes volent
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peu ; elles profitent de l’abondance de Ja nourriture et prennent bien vite cet embonpoint, cette chair succulente qui les fait accueillir si favorablement par les gourmets sous le nom de mauvrettes, et à laquelle les pâtés de Pithiviers doivent leur réputation. C'est alors aussi que la destruction commence, la chasse est ouverte ! et le massacre se poursuit avec activité jusqu'à la fin de l'hiver. Comme l'oiseau est petit, ce n’est pas aux individus, c’est aux masses que l’on s'attaque, et nul autre n'offre plus de prise par sa confiance, la douceur de ses mœurs, sa sociabilité, et surtout par sa curiosité, aux ruses et aux stratagèmes des ennemis acharnés à sa perte.
Tout le monde connaît le miroir à alouettes : c’est une espèce de disque en bois peint en rouge et parsemé de boutons-d’acier ou de petits morceaux de glace, porté par-une tige de fer, et que l’on fait tourner au moyen d’une ficelle. On le place au milieu d'un champ, et le chasseur se cache à bonne portée derrière une haie de broussailles ou un talus.
Dès que l'instrument est mis en mouvement et que les facettes scintillent sous les rayons du soleil, on voit les pauvres oisillons, cédant à une sorte de fatalité d’instincet, accourir presque de l’autre bout du ciel, venir papillonner autour de cet objet nouveau et s’offrir aux coups du chasseur sans que les détonations ni la mort de leurs compagnons aient fe pouvoir de les sauver d’une perte assurée.
Si le temps est sombre et froid, le ciel couvert, ou
encore le soir, après le coucher du soleil, les alouettes volent par troupes sans s’élever et en rasant la terre, et lorsqu'on les force eiles marchent longtemps avant de se lever, et se laissent conduire au gré des chasseurs sous de vastes filets que supportent quelques fourchettes et qui, fixés à terre par trois côtés, ne leur offrent qu'une entrée sans issue et se referment sur elles dès qu'elles y sont engagées. Cette chasse destructive est prohibée ; mais elle n’en est pas moins pratiquée en tout temps par les braconniers, qui emploient également le traîneau, les collets et les gluaux.
La question de savoir si les alouettes sont ou non des oiseaux de passage a été longuement controversée ; mais il paraît établi que, au commencement de l'hiver, l'espèce tout entière se partage en deux bandes, celle des voyageuses et celle des résidentes. Les premières traversent la Méditerranée et vont se répandre en Syrie, en Égypte et en Nubie, d'où elles reviennent au retour de la belle saison. Mais au départ comme au retour, elles trouvent dans le Midi des milliers de chasseurs qui en font un vrai massacre.
Les sédentaires, très nombreuses au commencement de l'hiver, se rassemblent en troupes et quittent les plaines élevées qu'elles habitent de préférence pendant la belle saison, pour chercher des lieux plus abrités. Durant les jours rigoureux de l'hiver, surtout si la terre est longtemps couverte de neige, leur misère devient extrème ; elles se rapprochent alors des grands chemins, des lieux habités et perdent même
le soin de leur conservation au point de se laisser tuer à coups de bâton et presque prendre à la main sans chercher à s'enfuir.
L’alouette est un des oiseaux qui chantent le mieux ; sa voix si pure et si mélodieuse, loin de s’éteindre dans l'esclavage, s'y conserve et s’y embeilit, surtout si on la prend jeune et qu’on l'élève avec soin. Elle charme non seulement par ses accents naturels, mais encore par sa prodigieuse mémoire, qui lui permet de retenir et d'imiter ceux des autres oiseaux et tous les airs qu'on veut lui faire apprendre.
C'est à l'automne que l’on doit prendre celles que l’on destine au chant; elles ne tardent pas à s’habituer à l'esclavage et deviennent familières au point de manger dans la main. La cage où on les renferme doit être recouverte de toile par le haut, sans quoi, obéissant à l'instinct qui les porte à s'élever perpendiculairement, elles ne tardent pas à se tuer en se brisant la tête contre le plafond. On doit, en outre, en revêtir le fond d’une épaisse couche de sable fin où ces oiseaux puissent se rouler et chercher un soulagement contre les petits insectes qui les tourmentent. Il est inutile de mettre des bâtons en travers de leur cage, car les alouettes ne perchent pas, à cause de la conformation de l’ongle postérieur, très long et droit; mais il est bon de placer dans un coin du gazon frais et de le renouveler souvent.
On nourrit les jeunes que l’on prend dans le nid avec de la graine de pavot mouillée, et lorsqu'elles
mangent seules, avec de la mie de pain aussi humectée ; mais dès qu’elles commencent à faire entendre leur ramage, il faut leur donner du cœur de mouton ou du veau bouilli, haché menu avec des œufs durs; on y ajoute de la graine de pavot, du blé, de l'orge, du millet, du chènevis écrasés, mais cette dernière graine ne doit pas leur être prodiguée, car elle fait noireir leur plumage.
C’est ordinairement la seconde année que la voix des jeunes mâles est complètement développée. Ils chantent en cage durant toutes les saisons, et leur vie s'y prolonge dix à douze ans et plus.
La pêche au brochet.
Vers la fin de septembre, un de mes voisins, pêcheur enthousiaste, vint me trouver et me proposa pour le lendemain malin une expédition sérieuse. On l'avait prévenu qu’en un certain endroit de la rivière se tenait cantonné un couple de brochets, qui dépeuplaient les eaux. Il s'agissait de délivrer de ces brigands le peuple aux écailles d'argent.
Nous partimes donc au jour dit, de bon matin, armés de toutes pièces, c’est-à-dire le carnier sur l'épaule, la canne à pêche ployée dans son fourreau sous le bras; le portefeuille bien garni d’ustensiles : hamecons, soie de Chine, cordonnet poissé, etc., etc. ; dans une boîte de fer-blanc; comme amorce, une douzaine de petits poissons, un peu salés, couverts de son.
Nous arrivons bientôt sur les lieux. De vieux saules au feuillage glauque et des buissons de coudrier ombrageaient la rive, bordée elle-même de roseaux et de hautes graminées, dont les panicules se balançaient à l'air comme des panaches; tandis que, le pied dans l'eau, les sagittaires dressaient leurs feuilles en fer de flèche, et les iris jaunes ouvraient leurs dernières fleurs d’or. Au-dessus des fleurs aquatiques voltigeaient de gracieuses libellules, dont les fines ailes de gaze soutenaient des corps d’émeraude, de turquoise ou de rubis; et, surpris par notre approche, le martin-pêcheur, déployant ses ailes bleues, s’élançait d'une rive à l’autre d'un vol droit et rapide comme celui d’une flèche, en poussant un cri aigu. La scène était charmante et faite pour consoler au besoin d’un insuccès. La journée était d’ailleurs tout ce que l’on pouvait désirer : quelques nuages gris tachaient le ciel et servaient d'écran aux rayons d’un ‘soleil encore chaud, et un léger vent de sud-ouest soulevait de petites rides à la surface de l’eau.
La rivière faisait un coude en cet endroit; le courant n’y était pas très fort, et, à quelque distance de la rive, s'élevait un ilot d'herbes assez touffu, qui, probablement, servait de retraite aux brochets. Nous nous arrètämes à quelques pas du bord, pour faire nos apprêts; puis, après avoir emmanché nos cannes, monté nos lignes sur moulinet et amorcé celles-ci d’un petit poisson, nous approchâmes doucement de la rive, en faisant le moins de bruit possible ; car,
malgré sa gloutonnerie, le brochet est très défiant ; et nous fimes descendre nos lignes, en promenant l'amorce çà et là, à peu de distance des herbes.
Je faisais voyager mon poisson depuis un bon quart d'heure, et, voyant que rien ne mordait, j'allais le tirer de l’eau, lorsque soudain se produisit un mouvement dans l'onde, une sorte de tourbillon, et, comme un trait noir, parut le dos du brochet, qui, d'un élan puissant, disparut de nouveau dans les profondeurs. Un petit choc m’apprit qu'il s'était emparé de l’appât, et je me hâtai de lui donner du champ, en dévidant vivement le moulinet. Ma flotte, qui d’abord filait rapidement, s'arrêta tout à coup, puis elle fila de nouveau, pour s'arrêter encore, et une forte secousse me fit ferrer vivement. Il ne faut pas perdre de vue que le brochet n’engloutit pas sa proie à la première attaque; il saisit d’abord le poisson en travers et s'enfuit en l’entraînant ; puis, à peu de distance, il s'arrête, repart et s’arrête encore, pour repartir une troisième fois. C’est pendant cette dernière course que, par un mouvement de la mâchoire, il fait pirouetter sa proie de façon à l’avaler la tête la première. C'est à ce moment qu'il faut ferrer vivement, mais non avant, sinon on lui enlèverait l’appât de la bouche avant qu'il l'eût ingurgité.
Mon brochet était pris ; je le sentais à la tension de la ligne, et il s'agissait maintenant de l’amener au rivage, ce qui ne pouvait se faire sans une certaine stratégie, car l'animal était disposé à lutter pour sa
La r dls 2 à Te
vie. Il importait surtout de l'empêcher de regagner les herbes. d'où ie n'aurais pu le tirer, et il n’en était qu’à quelques mètres. Je tirai donc doucement, en rempelotonnant la ligne sur le moulinet et en m'’éloignant pas à pas de l'ilot herbeux. Mais le voilà qui reprend son élan et se remet à courir ; heureusement la soie est solide et il est bien accroché; mais je suis obligé de tenir ma canne à deux mains. Il faut cependant agir avec prudence, car un relâchement du fil, un frottement un peu vif sur queique pierre, et tout peut être perdu. Après ce premier élan, mon brochet
Le brochet.
plonge dans la profondeur de l’eau, espérant se débarrasser du fatal crochet, et, n’y parvenant pas, il file de nouveau jusqu’au milieu du courant, en faisant jalür l’eau comme une pluie autour de lui.
Mon compagnon avait lâché sa ligne et restait spectateur de ‘la lutte qui semblait lélectriser; il s’agitait comme un possédé en me donnant des conseils.
— Donnez-lui du champ, n’exposez pas votre ligne à être rompue; là, il se fatigue et s’arrête ; tirez-le doucement et continuez ce manège jusqu’à ce que
vous l’ayez attiré à la surface, et alors tirez ferme. Attention, le voilà qui repart avec une nouvelle ardeur, lâchez-lui de la ligne; mais pas assez pour qu’il puisse gagner les herbes. Ah! le voilà qui s’arrèête de nouveau; tâchez de le conduire là-bas où l’eau est de niveau avec la terre ; c’est un excellent endroit pour le mettre hors de l’eau. Là, tirez toujours et tâchez de lui faire boire l'air. Ah! le voilà qui saute comme une torpille ; voyez comme il montre
ses grandes mâchoires, ses dents pointues et son.
large gosier. C’est vraiment un beau poisson.
Moi je ne disais mot; mais J'étais fort ému, je l'avoue, je serrais ma perche à la briser, et de grosses gouttes me coulaient du front; je craignais à chaque instant de voir rompre la ligne. Ah! si c’est là ce qu'on appelle un amusement contemplatif! J'avais bien le temps vraiment de me livrer à la contemplation. Enfin, après l'avoir bien fatigué et lui avoir fait boire l'air à diverses reprises, je l’amenai sur un banc de sable où il ne pouvait plus éviter son destin. Cédant à une traction irrésistible et qui ne se ralentit plus, il manœuvra en décrivant des courbes dans la direction du rivage, mèêlées par moments de mouve-
ments brusques, mais sans résultats, jusqu'à ce que, -
me penchant en avant, je l’enlevai vivement et le jetai sur le gazon.
C'était vraiment un beau poisson; il pouvait avoir 70 centimètres de longueur et pesait bien 4 kilogrammes. Son dos noir était taché de gris, son ventre
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blanc lavé de jaune, ses nageoires et sa queue bruñes ponctuées de noir. Sa large gueule, fendue jusque près des yeux, laissait voir deux rangées de fortes dents acérées et recourbées en arrière, dont je me gardai bien d'approcher les doigts; je me contentai de couper l’empile pour dégager ma ligne, et après avoir amorcé de nouveau, nous allâmes jeter nos lignes de l’autre côté de l’ilot. Cette fois ce fut mon
compagnon qui amena un second brochet; mais un
peu moins gros que le mien, et pensant avec raison qu'il ne pouvait, y en avoir d'autre en cet endroit, nous partimes en triomphateurs, le carnet bien chargé.
En général, les animaux exclusivement carnassiers vivent seuls. En effet, il leur faut un terrain de chasse sans concurrence pour satisfaire leur puissant appétit. Cette loi naturelle se retrouve aussi bien chez les poissons que chez les mammifères et les oiseaux. Le brochet vit solitaire dans les eaux comme le lion dans ses forêts et l’aigle au haut des montagnes. Tout au plus ils s'associent leur compagne, comme c'était le cas pour nos brochets.
Le brochet, que l’on a surnommé le requin des eaux
douces, n’est pas dangereux seulement par la gran-
deur de ses dimensions, la force de ses muscles, le nombre de ses armes, il l’est encore par son audace et par les finesses de la ruse. Sa férocité est telle qu’il s’élance sur de gros poissons, sur des serpents, des grenouilles, des oiseaux d’eau, des rats ou même de
petits chiens tombés ou jetés dans l’eau, et que si l’animal dont il veut s'emparer lui oppose une trop grande résistance, il le saisit par la tête, le retient avec ses dents nombreuses et recourbées jusqu'à ce que la portion antérieure de sa proie soit ramollie dans son large gosier, en aspire ensuite le reste et l’engloutit.
La croissance du brochet est très rapide et il parvient souvent à la longueur de 2 mètres et jusqu’au poids de 18 à 20 kilogrammes. Dès la première année il atteint 2 décimètres ; dès la seconde, 4 décimètres; et à six ans il peut mesurer à mètre et plus. On cite quelques exemples de brochets monstrueux : le naturaliste anglais Willougby en vit pêcher un qui pesait 43 livres; Brandt en prit un qui avait 7 pieds de long, et Bloch rapporte dans son Histoire des poissons que l’on prit, en 1497, à Kaiserslautern, dans le Palatinat, un brochet qui avait 19 pieds de long et qui pesait 300 livres. Il ne dit pas si c'était au 1% avril. On peignit ce merveilleux poisson dans un tableau que l’on conserva au château de Lautern, et son squelette se voyait au musée de Mannheim. L’empereur Barberousse, dit la légende, l'avait fait mettre, en 1230, dans un étang, en lui faisant attacher un anneau d’or qui pouvait s’élargir au moyen d'un ressort. Il fut donc pêché deux cent soixante-sept ans après; longévité non moins extraordinaire que sa taille. Il est permis de se demander, sans trop de scepticisme, comment on nourrissait un pareil monstre,
Hs ÿ | L'AUTOMNE. s41 qui devait avoir D duoute longtemps dépeuplé l'étang.
+ Le brochet fraye de février à avril, et pendant cette
€ re il ne prend pas l’appât. Ses œufs, comme | ceux du barbeau, passent pour malsains, et l'on prétend que les oiseaux, et particulièrement les hérons,
quand ils les avalent, sont purgés et les rendent sans
4 ‘avoir pu les digérer, ce qui expliquerait l'apparition FAN de brochets dans des eaux qui n’en possédaient pas nr auparavant.