‹ Les loisirs d'un campagnardChapitre 35 sur 51 · OCTOBRE · texte numérisé non relu

OCTOBRE

La fécondité des plantes; la dissémination des graines. Le feuillage d'automne. — Le jardin.

Nous voici en octobre. Ce mois est ainsi nommé parce qu'il était le huitième (en latin octo) dans le calendrier romain, et, quoiqu'il soit devenu le dixième dans le nôtre, 1l a conservé ce nom.

Pendant tout ce mois, suivant les pays et les terrains, on termine les labours et: les semailles, ainsi que la récolte des betteraves, des pommes à cidre et du houblon ; mais la plus importante est celle du raisin, la vendange, qui, sauf dans le Midi, où elle se fait en septembre, n’a lieu qu’en octobre dans la plus grande partie de la France.

Pendant ce mois, la végétation fait ses derniers efforts. Ce n’est plus ia saison des fleurs aux brillan- - tes corolles, c’est celle où la nature livre à l’homme et aux animaux les semences et les fruits nombreux müûris par le soleil d'été. Le fruit succède à la fleur; c’est le dernier produit de la végétation, le résultat vers lequel elle n’a cessé de tendre. C’est le berceau dans lequel le germe sommeille ; c’est lui qui renferme les graines d’où sortira l'embryon du nouveau végétal. L'amour que les animaux portent à leur progéniture,

leur instinct admirable pour la préserver des dangers ou pour subvenir à ses premiers besoins, leur force, leur courage, leurs ruses sont autant de moyens qui assurent la durée des espèces ; mais tout cela manque aux plantes, qui n'ont ni la sensibilité, ni le mouvement spontané. Aussi la nature leur a-t-elle donné en

Aigrettes du salsifis et du pissenlit.

compensation une extrême fécondité : un seul pied de maïs donne jusqu'à 2 000 graines ; on en a compté 32000 sur un pied de pavot, 360 000 sur un pied de tabac, et le nombre de celles que produisent certaines fougères étonne l'imagination. Et que de soins a pris la nature pour assurer la dissémination de ces graines et favoriser le développement des individus en empè-

chant qu’ils ne se rassemblent en trop grand nombre sur un terrain trop resserré !

Beaucoup de semences sont fines et légères comme des grains de poussière; les vents les emportentet les déposent sur les plaines, les montagnes, les édifices et jusque dans le fond des cavernes. Aucun réduit ne parait assez clos pour interdire l’entrée aux séminules impalpables des moisissures. Des graines et des fruits plus pesants sont munis d'ailes, qui les soutiennent dans les airs et leur permettent de franchir des distances considérables. La graine de l’orme est bordée d’une membrane circulaire ; celle du frêne se termine par une aile allongée ; celle de l’érable a deux grandes ailes latérales. D'autres ont des aigrettes comme de petits volants ; les filets déliés qui les garnissent, s’écartant par l'effet de la dessiccation, leur servent de parachute pour se soutenir dans l'atmosphère; les oraines de l’apocin, du pissenlit, du salsifis et d’une foule de composées forment d'élégantes aigrettes. Des fruits en forme de nacelle ou enfermés hermétiquement sont entraînés par les eaux, qui vont porter les espèces loin des lieux qui les ont vues naître : c’est ainsi que les courants de l'Atlantique amènent jusque sur les côtes de la Norwège les drupes du cocotier et les noix d’acajou. D’autres semences ont des griffes ou des crochets, au moyen desquels elles s’attachent aux vêtements des hommes, aux fourrures des animaux, et voyagent au hasard, soumises aux capricieux détours de ceux qui les portent. Des fruits s’ouvrent

doucement et disséminent leurs graines. Il en est d'irritables, qui séparent leurs valves avec fracas et projettent au loin les graines qui mürissaient sous leurs enveloppes protectrices.

Les animaux eux-mêmes travaillent inconsciemment à la dissémination des plantes. L'écureuil et le beccroisé sont très friands de la graine des pins; ils désunissent les écailles des cônes en les frappant contre les rochers, et, par ce moyen, ils en dispersent les semences. Les rats, les marmottes, les loirs, transportent des graines et des fruits dans les lieux écartés; ils en font des approvisionnements sous terre pour l'arrière-saison; souvent ces magasins sont oubliés et perdus, et les grains germent au retour du printemps. Les oiseaux avalent des baies, dont ils digèrent la pulpe ; ‘ils rendent les graines intactes et prêtes à germer. C’est ainsi que les grives et d’autres oiseaux déposent sur les arbres les graines du gui, qui, privées d'ailes et ne pouvant se développer sur la terre, ne se répandent que par ce moyen. On raconte que les Hollandais, voulant s'assurer le commerce exclusif de la muscade, détruisirent les muscadiers dans beaucoup d'îles sur lesquelles ils ne pouvaient exercer une surveillance active; mais, en peu de temps, les oiseaux repeuplèrent ces iles de muscadiers, comme si la nature n’avait pas voulu permettre cette atteinte à ses droits.

A mesure que les fleurs disparaissent, à mesure que s’efface cette brillante parure des beaux jours, un nou-

veau spectacle leur succède ; les gracieuses guirlandes du printemps sont remplacées par de nouvelles décorations. Les houx ont à l'extrémité de leurs branches

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