DÉCEMBRE
Le jardin d'hiver. — Soins à donner aux plantes.
Bien qu’appartenant à l'automne dans le calendrier astronomique, décembre est en réalité un mois d’hiver; au moins dans nos régions tempérées. C'est le mois où les jours sont le plus courts; le froid entrave les travaux des champs qui, d’ailleurs, ne consistent qu’en labours et en défrichements. Tous les soins du cultivateur se portent alors sur les réparations et l'amélioration du matériel et de l'intérieur.
Il n’y a guère plus à faire dans le jardin et le verser que dans les champs pendant le mois de décembre. Tout est désolé, tout est nu. Novembre a fait disparaître les dernières fleurs de la saison; les dahlias, les asters, les chrysanthèmes sont flétris et resteront jusqu’au printemps dépouillés de leur vert feuillage. Il n’y a plus dehors une seule plante qui verdoie, si ce n’est les rustiques arbres verts sur lesquels la vue s'arrête encore avec complaisance.
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Mais, quelque séduisants qu'ils puissent être, vous ne vous en contentez pas, et d’ailleurs il n’est pas toujours agréable de descendre au jardin se geler les doigts et se rougir le nez. Depuis longtemps on a rentré en serre les plantes vivaces, et là vous pouvez jouir encore de la beauté de leurs corolles et de leur doux parfum.
Mais j'y pense, peut-être n'avez-vous pas de serre ? — ni moi non plus — et il serait injuste de ne nous occuper ici que de ceux qui ont la bonne fortune de posséder un véritable jardin d'hiver. Combien de personnes en sont privées ! Combien même n’ont pas de jardin, qui, cependant, aiment les fleurs et en cultivent sur leurs fenêtres ou sur leur balcon !
Pour ceux-là vont commencer, avec l'hiver, de grandes difficultés, soit pour conserver le petit nombre de plantes qui, pendant la belle saison, ont réjoui leurs regards, soit pour maintenir en santé celles qu’ils achèteront en fleurs chez l’horticulteur ; car, trop souvent, hélas! ces fleurs, si fraiches, quand elles sortent des mains du jardinier, ne tardent pas à perdre leur éclat, et, au bout de quelques jours, les pauvres plantes ne sont plus que des cadavres décolorés.
À qui la faute ?
Généralement l’acheteur s’en prend au jardinier, et Dieu sait ce dont il l’accuse. Parfois même il va jusqu’à lui reprocher de mettre au fond de chaque pot de la chaux, non seulement pour hâter la florai-
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son, mais encore pour brûler les racines de la plante et l’obliger ainsi à en acheter d’autres. En vain le pauvre jardinier protestera de son innocence, et lui dira que ce qu’il prend pour de la chaux n’est autre que des platras ou du gravier, qu’il met au fond du vase afin de faciliter l'écoulement de l’eau, qui, en séjournant trop longtemps, pourrirait les racines. L'acheteur n’en croit rien, et, pour débarrasser ses plantes de cette substance soi-disant nuisible, il les dépote en pleine végétation, met leurs racines à nu, et s’étonne de voir ses pauvres fleurs s’étioler et mourir.
Même quand il n'agit pas ainsi, ses plantes peuvent dépérir, sans qu'il y ait de la faute de l’horticulteur. En effet, si elles fleurissent, malgré la saison, c’est srâce à des soins que, trop souvent, l'amateur ne sait pas leur donner. Lorsqu'il les a prises chez le jardinier, elles sortaient de la serre, maintenues à une température égale, ou de dessous des châssis, qui, en les abritant, activaient leur végétation. Là, suivant leurs
besoins, elles étaient entourées.de tous les soins né-
cessaires. Maintenant, exposées au froid, soumises à des arrosements trop copieux ou insuffisants, privées de soins bien entendus, elles souffrent, dépérissent et meurent.
Voiei quelques conseils à suivre pour éviter ces désastres.
Les plantes cultivées sur les fenêtres, les balcons, les terrasses, se plaisent toujours beaucoup mieux dans les rues larges, bien aérées, que dans les rues étroites
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ou sur des cours où ne pénètrent Jamais les rayons du soleil. En général, les cultures en pot ne demandent pas une très grande chaleur ; elles ne prospèrent pas au midi, au moins en été. Toutefois l'exposition du nord leur convient encore moins. Le levant et le couchant sont les expositions que l’on doit préférer, surtout la première.
En été, les plantes exposées en plein sud ayant à supporter, pendant une grande partie de la journée, la chaleur dévorante du soleil, on voit leurs fleurs se faner rapidement ; à peine a-t-on le temps de jouir de la beauté de leurs corolles et de leur suave parfum. Il faut donc avoir soin, lorsqu'on a cette exposition, de les rentrer chaque jour dans l'appartement de onze heures à quatre ou cinq heures de l'après-midi, ou de leur procurer, au moyen d’une tente, un abri artificiel.
Pendant l'hiver, au contraire, toutes les fois que la température le permet, on doit exposer les plantes à l’air libre le plus longtemps possible, c'est-à-dire tant’ que la gelée ne se fera pas sentir. Mais il faut avoir soin de les rentrer chaque soir, quelque doux que soit le temps; car on ne sait jamais ce que vous réserve une nuit d'hiver.
Il est très important de maintenir vos plantes dans un état de grande propreté, et souvenez-vous que la poussière est leur pire ennemie; car les feuilles étant les organes destinés par la nature à la respiration et à la transpiration des végétaux, vous comprenez que si
leurs pores, qui sont imperceptibles à l'œil, se trouvent bouchés par des corps étrangers, ils ne peuvent plus remplir leurs fonctions, et la plante meurt par asphyxie. Ayez donc soin ou de retirer vos plantes, lorsque l’on fait l'appartement, ou de nettoyer leurs feuilles au moyen d’une éponge légèrement humide. I] faut aussi enlever les feuilles mortes et faire tomber celles qui sont jaunies ou gâtées, non seulement parce qu’elles déparent le sujet, mais encore parce qu'elles font du tort à sa végétation en lui enlevant une nourriture utile.
Si vous tenez, d'ailleurs, à avoir des plantes élégantes et bien faites, il est bon de les pincer de temps en temps. Pincer une plante, c'est couper avec les ongles l'extrémité de la tige principale. Cette opération, que pratiquent-journellement les horticulteurs, a pour but de forcer les plantes à pousser des branches latérales. Si celles-ci prennent trop d'extension, un les pince à leur tour, comme on l’a fait pour la branche mère. Par ce moyen, on donne aux plantes un port élégant ; on leur fait, comme on dit, une jolie tête.
Dès que les fleurs de vos plantes sont fanées, il faut les couper, sans attendre que les graines mürissent ; car, pour mürir, celles-ci enlèvent les sucs nutritifs de la plante et l’'épuisent. D'un autre côté, les semences prises sur les plantes cultivées en pot mürissent difficilement et ne sont jamais aussi bonnes que celles récoltées sur des plantes de pleine terre. Le but de
toute plante étant de produire des graines pour sa reproduction, elle s'efforcera de développer de nouvelles fleurs pour remplacer celles que vous aurez enlevées. [Il est toujours bon de donner à vos plantes, surtout à celles qui doivent atteindre une certaine élévation, un tuteur dès leur jeune âge. Sans cette précaution, les plantes prennent en poussant de fausses directions, de vilaines formes; souvent même leurs tiges s’étalent sur la terre et sont salies par la pluie ou l’arrosage, C’est là un des grands secrets des jardiniers, et, comme vous le voyez, il n’est pas difficile de les imiter.
Beaucoup de personnes achètent des arbustes en pot, et les y laissent indéfiniment, quel que soit le développement qu’ils prennent ; puis elles s’étonnent que, au bout d’un certain temps, ces plantes deviennent chétives, souffrantes, remplies de bois mort. Les plantes exigent naturellement des pots proportionnés à leur développement ; il faut donc les rempoter chaque année ou au moins tous les deux ans. Le rempotage consiste à donner aux plantes des vases plus grands, en rapport avec le développement qu'elles ont pris pendant l’année, et, en même temps, à remplacer par une terre neuve celle qu'elles ont épuisée. L’époque la pius favorable au rempotage est le printemps; cependant beaucoup de jardiniers font cette opération en automne. Avant de dépoter la plante, il faut préparer le vase plus grand destiné à la recevoir. Une recommandation essentielle est de ne pas régliger de
mettre au fond du pot soit un lit de petits cailloux, soit quelques tessons placés sur le trou. Cette opération, fort simple, mais très utile, a pour but, en empêchant les pots de se boucher avec la terre, de faciliter l'écoulement des eaux, puis aussi d'empêcher les vers de s’introduire dans la terre, et les racines de passer à travers le trou. On le remplit ensuite de bonne
terre à moitié, un peu plus, un peu moins, suivant la
srosseur de la motte à rempoter, et l’on s'occupe de dépoter celle-ci. Voici comment on opère : on place la main gauche sur la terre, de manière que la tige passe entre les doigts; puis on renverse la plante la tête en bas, et, en soutenant le pot de la main droite, l’on frappe légèrement le bord sur un point d’appui. Une fois la motte sortie du pot, on l’examine ; on supprime les racines rompues ou pourries ; on fait tomber une partie de-la vieille terre, en grattant légèrement ; puis on la place dans le pot qu'on lui destine, en la maintenant bien au milieu. On coule alors de Ia terre entre la motte et les parois du pot ; on la tasse avec les pouces, afin qu’il n’y ait aucun vide, et en ayant soin de laisser la surface de la terre d'environ 1 ou 2 centimètres plus basse que les bords du pot, afin de recevoir l’eau des arrosements. Cela fait, on arrose convenablement, et l’on place la plante à l’ombre pendant quelques jours, pour en faciliter la reprise.
La question de l’arrosement des plantes a une grande importance; car elles souffrent autant d’un excès d'hu-
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midité que d’une trop grande sécheresse. Quand l’eau séjourne dans les pots, elle pourrit les racines; surtout lorsque la plante est succulente. En thèse générale, on peut dire que les arrosements doivent être proportionnés aux progrès de la végétation : ainsi, une plante en fleur demande plus d’eau que celle qui commence à végéter. Ils doivent être, en outre, plus ou moins abondants suivant la température. Pendant les chaleurs de l'été, l'heure la plus favorable pour arroser les plantes est après le coucher du soleil ; mais, au printemps et à l'automne, où les nuits sont souvent froides, les arrosements doivent se faire le matin.
La meilleure eau, pour arroser les plantes, est l’eau de pluie ou de rivière ; celle des sources et des puits, étant froide et très crue, doit être tirée d’avance, afin que sa température se rapproche de celle de l'air et que le sédiment calcaire qu’elle contient puisse se déposer. Une eau troublée par les détritus végétaux ou animaux, loin d’être nuisible , augmente la vigueur des plantes. Lorsque vous apercevez même une plante dont la végétation est languissante, dont les feuilles jaunissent, arrosez-la de temps en temps avec de l’eau à laquelle vous aurez ajouté un peu de noir animalisé, de poudrette ou même de crottin de cheval ; presque toujours vous la verrez reprendre ses couleurs et sa santé.
Lorsque vous arrosez des plantes en potouen caisse, ayez toujours soin de vous servir d'un arrosoir muni de sa pomme; autrement le jet, trop abondant, bat la
L'HIVER. 393 terre et la délaye, et, de plus, elle entraine avec elle une partie de l’humus que contient la terre. Une excellente manière de maintenir la terre des pots dans une humidité convenable, c’est de placer ceux-ci dans des assiettes à moitié remplies d’eau. La terre aspire l’eau peu à peu et porte aux racines la fraîcheur dont elles ont besoin. Les arrosements doivent ètre très modérés pendant l'hiver ; il est même des plantes qu'il ne faut jamais arroser dans cette saison : ce sont les plantes grasses, telles que les cactus, les aloës, les ficoïdes, les yuccas, etc.
En tout temps, la conservation des plantes dans les appartements exige de grands soins ; mais plus encore en hiver que dans toute autre saison. Les conditions essentielles pour les maintenir en bonne santé sont les suivantes : les placer non pas où elles font le meilleur effet, sur un meuble, mais là où elles recevront plus directement la lumière; celle-ci étant absolument indispensable à la vie végétale — entretenir à l'intérieur la température entre 10 à 12 degrés; néanmoins, exposer les plantes à l’air extérieur toutes les fois que la température le permettra — enfin arroser le moins possible et avec une eau dont la température soit à peu près égale à celle de l'appartement.
Conservez toujours vos plantes dans leurs pots en terre poreuse; rien ne leur est plus nuisible que ces vases en porcelaine ou en terre vernissée, qui s'opposent à l’évaporation et à l’action de l’air sur les racines. Si vous employez des caisses ou des jardinières, je vous
conseille d'y placer vos plantes en pot, ce qui n’empêche pas de les disposer selon votre goût et suivant leur taille et la couleur de leurs fleurs. Cela vaut toujours mieux que de les exposer aux mauvaises chances d'un dépotage et d’une reprise douteuse. Dans tous.
La bruyère éclatante.
les cas, ces caisses ou ces Jjardinières devront toujours avoir leur fond percé | de trous, pour que l’eau n’y séjourne pas.
Si vous me demandez maintenant quelles sont les plantes que l’on peut conserver l'hiver avec quelques chances de succès, je vous répondrai :
n'achetez jamais de plantes forcées, si vous désirez en jouir quelque temps ; con-
tentez-vous de celles qui peuvent fleurir dans la saison, et des plantes à feuillage ornemental; elles sont encore assez nombreuses. Parmi les premières, je vous indiquerai de préférence les bruyères, les cinéraires, les chrysanthèmes, les cyclamens, les
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fuchsias, les giroflées, les cypripédiums, les géraniums, l’héliotrope d'hiver, le jasmin, les jacinthes, les crocus, les pensées, la primevère de Chine, les renoncules, le réséda, les hépatiques, les rosiers du Bengale, etc. Parmi les secondes, je vous recommanderai les dracænas, les
aralias, les yuccas,
les petits palmiers
(chamærops, lata-
nia, aspidistra), les
aloès, les phormium,
les bégonias, et la
plupart des mem-
bres de cette grande
famille des cactus,
qui semblent crééstout exprès pour fi-
gurer sur des éta-
gères dans les appar-
tements.
Lorsqu'on dispose d’une terrasse ou d’un balcon, on peut ajouter aux fleurs et aux arbustes d'agrément quelques arbres fruitiers nains, tels que cerisiers, abricotiers, pommiers, ceps de vigne, groseilliers, fraisiers, etc. Ces arbres nains ou arbustes viennent très bien ; ils sont d’une culture facile et donnent d'excellents fruits. Ce mode de cul-
Le cypripédium.
ture, emprunté aux Chinois, est déjà fort répandu en Angleterre, où, sur les tables riches, on présente les fruits sur l’arbre.
Les conditions essentielles du succès sont de plan-
ter en pot les jeunes arbres fruitiers, en supprimant
les grosses racines, mais en leur laissant assez de chevelu pour qu'ils puissent se nourrir. Comme le volume de terre dans lequel plongent les racines est relativement peu considérable, on doit en augmenter la fertilité par des arrosages d’eau mêlée de jus de fumier ou de guano délayé.
Quant aux travaux des champs, ils sont fort res- ITÉIALIS €
En ce mois, on fait leslabours d'hiver, qui ont pour but d'exposer la terre à la gelée, si toutefois ils sont praticables, car parfois, en décembre, les pluies cu la fonte des neiges détrempent le sol et le trarsforment en marécage. Dans ce cas, il est important de visiter fréquemment les champs semés en blé, en colza et
autres plantes hivernales, et de procurer aux eaux un
facile et prompt écoulement. 11 faut en agir de même dans les terres argileuses qui doivent être cultivées et ensemencées de bonne heure au printemps; car, si l’eau y séjourne pendant l'hiver, cela retardera l'époque où la terre se trouvera en état de recevoir une bonne culture.
A l’intérieur, on s'occupe du nettoyage et de la réparation des outils et des instruments ; de la restauration des bâtiments. Ceux qui ne l’ont pas encore fait, pro-
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cèdent au battage, et beaucoup de petits fermiers réservent même cette opération pour cette époque, où, chaudement enfermés dans leur grange, ils font jouer le fléau du matin au soir, et narguent le froid ou la pluie.
Dans le potager comme dans le jardin d'agrément, les travaux de pleine terre se bornent à des défoncements, au labour et à la fumure des carrés vides. On démolit les anciennes couches et on en prépare de nouvelles, soit pour les nouveaux semis, soit pour repiquer les semis du mois précédent. Toutes les eultures précoces ou forcées doivent être soigneusement garanties du froid par de la litière ou de bons paillassons.
En fait de légumes, la pleine terre n'offre plus guère que des choux de Bruxelles et de Milan, des salsifis, des mâches, des épinards, du cerfeuil et du persil. Mais les couches et châssis donneront des radis, des laitues, des choux-fleurs, du céleri, des cardons, ete.
Les poires et les pommes sont les fruits du mois de décembre; et le fraisier des quatre saisons peut donner de nouveaux produits si on le couvre de châssis. En fait de fleurs, la rose de: Noël et quelques pensées fleurissent encore dans les endroits abrités, si la saison n’est pas trop rigoureuse, et l’on peut mettre en place les saxifrages à fleurs roses, à feuilles épaisses, dont la verdure résiste aux froids de l'hiver.